Dom Calmot, op. cit., T
2. Ri'giiarii, De l/i sorcellriii', 188", 51. Cf. Mémoires de s(euv Jeaniio des ailles, 181.
La difTérence entre ces anciennes expériences sur les diables et les nôtres c'est que les exorcistes s'efforcent de parler dans un latin plus t)U moins correct et tout à fait conventionnel ou même dans un grec de fantaisie que les religieuses de ce temps comprenaient ou devinaient assez bien. J'ai pu aussi faire au diable d'Achille quelques suggestions très simples en latin de cuisine, elles ne réussirent pas trop mal : « da mihi dextram manum, applica digitum tuum super nasum », mais, après quelques tentatives, il (ut évident que le diable et moi nous préférions causer en français. Il v a donc sur ce point une modification dans la possession qui tient au changement des milieux et des époques. Les autres caractères, les commandements faits au diable, la résistance du démon, son obéissance finale, les mouvements qu il fait exécuter au corps du possédé contre la volonté de celui-ci et même à son insu, les sensations mêmes et les hallucinations que le diable, sur Tordre de l'exorciste, fait éprouver au patient, tous ces faits essentiels sont restés exactement les mêmes.
Grâce aux procédés précédents, j'ai pu aller plus loin encore et faire ce que les exorcistes ne songeaient pas à exécuter. Je demandai au démon comme dernière preuve de sa puissance, qu'il voulût bien endormir Achille dans un fauteuil et l'endormir complètement sans qu il put résister. J'avais déjà essayé mais en vain d'hypnotiser ce malade en m'adressant directement à lui, tout avait été inutile ; mais cette fois, en profitant de sa distraction et en m'adressant au diable, je réussis très facilement. Achille essava en vain de lutter contre le sommeil qui l'envahissait, il tomba lourdement en arrière et s'endormit complètement.
Le diable ne savait pas dans quel traquenard je l'avais attiré. Le pauvre Achille qu'il avait endormi pour moi était maintenant en mon pouvoir. Tout doucement je l'amenai à me répondre sans se réveiller, à me raconter ses souffrances et j'appris ainsi toute une série d'événements que tout le monde ignorait, dont Achille luimême quand il était éveillé ne se rendait aucunement compte et qui jetait un jour tout nouveau sur sa maladie
Mais avant d'étudier ces faits nouveaux et le rôle qu'ils ont joué dans la guérison du malade, il est nécessaire de rappeler certains faits aujourd'hui bien connus, certaines théories de psychologie pathologique qui vont nous permettre de mieux comprendre le récit du malheureux possédé.
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