‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 146 sur 326 · llM.l.l CINATIONS SUIiCONSCIENTES · texte numérisé non relu

llM.l.l CINATIONS SUIiCONSCIENTES

Ilot, les objets, tout s'ellnco ; tout deviont sombre ; la boule semble se recouvrir d'une vapeur; c'est le bon moment. Le nuage s'épaissit de plus en plus et au milieu de c(> nuage il voit apparaître des dessins, des figures d'abord très simples, des étoiles, des lignes, par exemple, des barres noires sur fond blanc, mais aussi qutdquelois d(>s lignes plus précises et plus intéressantes, (•()nim(> des lellr(>s, des chinVes. Au bout de ([iieUpu^s instants encore, il aperçoit des figuics colorées, des p(>rsonnages, des animaux, des arbres, des fleurs. 11 regarde avec émotion, il se complaîl dans ce petit spectacle, d'autant j)Ius (ju'il y a des variantes. Che/, quelques personnes, les images sont immobiles ; chez d'autres, elles remuent, disparaissent, réapparaissent, se saluent, parlent : il y a même des sujets r[ui entendent ces conversations, ce qui devient tout ii fait intérc^ssant !

Enfin, fjuelquefois le phénomène est encore plus précis et plus compliqué. Le plus souvent, quand vous avez constaté ces visions et ([ue vous vous détournez un peu, tout s'efface, et quand vous regai'dez de nouveau, les visions n'y sont plus: il faut une nouvelle préparation pour les voir réapparaître. Chez d'autres personnes au contraire, les visions ne disparaissent plus : quand ces ])ersounes regardent de nouveau le cristal après s'être détournées, le paysage, par exemple, est resté toujours le même. Certaines d'entre elles s'éloignent même de la boule pour aller chercher une loupe; à hnir retour elles retrouvent le même spectacle, le regardent avec la loupe et voient les images se développer et les détails apparaître de plus en plus nets. Quelquefois même, certaines personnes arrivent sans loupe au même résultat : elles voient les images se développer spontanément, envahir tout l'espace qui est devant elles. .)'ai même vu une personne qui pouvait faire sortir ces images de la boule, les objectiver sur un papier et suivre sur ce papier avec un crayon le dessin de son hallucination. C'est très rare, mais cela existe. Quant à vous. Mesdames, vous avez chance d'arriver, avec de l'exercice, tout au moins au premier degré.

Voilà donc le fait : il est réel ; et nous pouvons dire que Grecs, Egyptiens et autres qui fixaient leurs regards sur une tache brillante ou sur un miroir voyaient réellement cpudque chose : leurs devins ne mentaient pas absolument. Reste à savoir ce (juils V vovaient.

Il faut, à mon avis, considéicr le fait à deux points de vue :

DESCRIPTION DE L'EXPÉIUENCE 413

1° l'examiner en lui-même tel qu'il se présente, en d'autres termes, examiner le contenu des visions ; 2° considérer les conditions psychologiques dans lesquelles le phénomène se développe. Ce second point de vue est du reste plus dillicile à étudier et plus curieux que le premier.

En effet, le fait, en lui-même, est en somme assez simple. Que voit-on ? Mais on voit des choses assez communes et banales. Ce sont, par exemple, nous l'avons observé souvent, des personnes, des figures de connaissance. Ce sont encore des arbres, des fleurs, des scènes de la vie de tous les jours. (( Ce sont tout simplement des souvenirs, direz-vous, et rien autre chose. )) Pour vous en convaincre, permettez-moi de choisir un exemple.

J'ai observé plusieurs personnes qui se livraient à cet exercice et, dans plusieurs cas, j'ai pris la précaution suiyante. Je priais le sujet d'avoir la complaisance de ne pas être égoïste, de ne pas garder pour lui ce qu'il verrait, mais de parler tout haut et de raconter au fur et à mesure tout ce qui apparaîtrait. De mon côté, j'écrivais sous sa dictée, en notant même les réflexions plus ou moins bizarres que j'entendais. Voici les résultats de cette expérience faite sur deux personnes.

La première regarde et parle ainsi : « Tiens, la boule est très noire. Il v a des barres lumineuses qui se croisent. C'est une fenêtre. 11 y a une tête d'homme qui regarde. Non, ce sont des personnes debout avec les cheveux dans le dos. Elles s'asseoient près d'un jet d'eau. Plus de jet d'eau. Un bonnet blanc. Un tas de feuilles. Une statue. Un arbre. Ça me fait mal aux yeux maintenant : je ne vois plus très bien. Tiens ! un drapeau tricolore, des soldats, des zouaves qui passent, avec des voitures d'ambulance, le général Saussier h cheval. Tiens, c'est tout noir maintenant ! On dirait un bois. C'est un peintre devant son modèle, etc., etc. ))

La deuxième maintenant: « Oh ! je vois des fleurs... des montagnes, une belle rivière, on dirait un bateau ! Un beau jardin. Oh ! cette femme qui s'y promène, elle a l'air de pleurer. Un tourbillon d'enfants bleus et roses ! Du rouge, couleur de sang; j'y plonge mes mains; c'est l'abattoir!.. Un brouillard qui s'élève en l'air sur cette petite ville ; une femme marche dans la rue avec une petite fille, tiens, elle s'endort. Elle est morte ! Oh ! le beau caveau : il me semble que j'y descends ; il y fait froid. Le

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l;i(' (le (iciit'vc. In ^hicici' ; des (himcs (|iii moiilcnl. Cr;K' ! tout le monde lonihc ;ui lond... Ils sont l)i<Mi hcnnuix : Ils sonl morts. . . l'k". , fie. »

Analysons Cfci en drtail. \ ous me diicz : « Ce sont des rèvorios (|iii s'('\pli(jn('nt assez bien par rassociation des idées. Ce sont, dans le premier cas, par exemple, des barres qui amènent ridée d une lent-tre, pnis de la tèle d'un homme qui est à la fenêtre. Le drapeau ti'icolore est produit par les reflets lumineux de la boule; après, tout naturellement ce sont des troupes qui passent : pour une petite Parisienne, c'est la revue du 14 juillet, puis l'ambulance, des chevaux, etc. »

La personne ([ui s'est jjretc'e à la seconde expérience est en proie à dc's idées mélancoliques : tous ses personnages meurent. Llle les voit entr(>r dans des caveaux, v descend avec eux ; elle les voit monter sur une montagne, puis tomber ; ils sont toujours morts. Ce ne sont donc que des souvenirs et des associations d'idées banales dont le sens est déterminé comme toujours par les sentiments prédominants. Beaucoup des exemples qui ont été décrits se rapportent bien à ce groupe. Des personnes disent C|uc c'est très amusant : « Je ressemble à un enfant devant un guignoL Je regarde les personnes remuer ; cela m'amuse de voir ce qui va arriver. » Si vous êtes surpris de voir ces associations d idées, ces romans, ces rêveries prendre une forme aussi précise et constituer en réalité de véritables hallucinations visuelles, je vous ferai remarquer que les choses ne se passent ainsi que chez un petit nombre de personnes très disposées à se représenter les choses de cette manière à penser par des images visuelles. On ponriait dire avec un psvchologue américain, M. Newbold', que le miroir incomplètement éclairé joue le rôle d'un excitant visuel ; il piésent(^ un espace vid(> et invite l'imagination à le combler. Il n'y a rien lit de partietdièiement incompréhensible.

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