‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 149 sur 326 · INTERPRÉTATION DES CVRVCTKRES PRINCIPAUX · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES CVRVCTKRES PRINCIPAUX

des raisonnements déjà faits, et, dans certains cas, on pent démontrer qu'il en est ainsi.

Reprenons nos exemples. Vous vous rappelez cette personne qui avait vu une toufTe de jasmin blanc sur un mur noir, auprès d'une grande maison ? Or, après une enquête minutieuse de la Société psychique de Londres, il fut démontré qu'il v avait en effet à Londres une maison qui avait tout à fait cet aspect, et que la personne en question l'avait vue. Elle avait passé à côté en pensant h autre chose, mais elle l'avait vue. Quant à l'histoire du numéro, il fut démontré que dans la journée la personne avait changé un billet de banque, et que ce numéro était celui du billet. 11 est bien probable que ce numéro avait été vu, mais il n'avait pas laissé de souvenirs conscients parce que d'ordinaire on ne se préoccupe pas du numéro d'un billet de banque.

Arrivons enfin à cette révélation singulière de la mort d'un ami. Cette pauvre voyante dut perdre un peu de son orgueil, lorsqu'on trouva dans la maison un numéro d'un journal accroché devant la cheminée comme paravent. Or sur le côté visible s'étalait en toutes lettres l'article en question, avec les mêmes caractères, la même forme qu il avait revêtue dans le cristal : voici donc une sensation ([ui a été enregistrée dans le souvenii', et qui réapparaît.

Ce sont là des coïncidences, direz-vous. Mais, dans certains cas, lorsqu'on a affaire à des malades, on arrive à des résultats encore plus précis. Voici queh^ues-unes de mes expériences personnelles : Un malade, un somnaminde, se lève la nuit de son lit, fait toutes sortes de sottises, et en particulier écrit une lettre menaçante à une personne, etc. La lettre lui est prise; on me donne ce document à l'insu du malade. D'ailleurs le malade ;i son réveil ne se rappelait plus rien. Ce ne fut que quelques jours plus tard que j'eus loccasion de répéter sur lui l'expérience delà boule de verre. Comme il prétendait voir des lettres écrites : « Vous allez, lui dis-je, prendre une plume et du papier et copier ce que vous vovez dans le miroir. » Il copia mot à mot, en passant seulement des mots ([u'il ne pouvait pas lire. 11 avait l'air de copier des phrases sans les comprendre le moins du monde, et il le disait d'ailleurs. Or le résultat fut qu'il écrivit exactement, en paraissant copier, la lettre qu'il avait déjà écrite pendant l'accès de somnambulisme nocturne et que j'avais déjà en ma possession.

On peut faire bien d'autres expériences, et je n'insisterai pas.

',is 11 M.l.l CIN VTIONS SUncONSClRNTF'.S

Les hvslL'ii([in'S, |);u- exemple, oui soiiveiil la peau en apparence insi'iisible. \Lh bien, clans hien des circonstances, j'ai reproduit celle exj)cricnce: On prend Findi'X du malade et on lui demande ce (inOn lui l'ail. Il répond ([u'il n'en sait rien. Mais si on le met en prcsence de la boule, il voit la main qui pince son index et il sait alors ce qu'on lui fait. Si vous détournez ses regards et que vous déplaciez ses doigts, il ne le sent [)as ; mais dans la boule, il verra la i)Osition que vous avez donnée à ses doigts.

Je n'insiste pas sur ces faits qui ne sont au fond qu'une variante de mes expériences publiées, en 188G et 1887, dans la liei'iie phi- /usophique, et <|ui ont pour but de mettre en évidence la persistance d'un cerlain degré inférieur, d'une certaine forme de la sensation malgré l'anesthésie hystérique.

Donc, par toutes sortes de procédés, on peut constater que ces phénomènes ne sont pas réellement du doinaine de l'inconnu. Est-ce vrai pour tous les cas ? Messieurs, c'est à vous de faire des recherches : si vous voyez des choses merveilleuses, cherchez si c'est aussi merveilleux que vous le croyez, si c'est vraiment une découverte. Peut-être le miroir permet-il à quelques personnes de manifester une lucidité étonnante... Généralement, ce n'est pas la rèr'l(> ; mais enfin, des faits de ce genre sont souvent décrits. Voici un cas. Une personne voit apparaître un petit tableau très délicat : trois narcisses blancs réunis par un ruban et placés sur un fond bleu. A cela, elle ne trouve pas d'explication. Quinze jours [)lus lard, à l'occasion d'une fête, elle reçoit d'une de ses amies intimes une [)einture sur satin bleu figurant trois narcisses léunis par un ruban. Dans l'ouvrage où cet exemple est cité, on le représente comme une transmission de pensée merveilleuse : c'est possible ; quelquefois le sentiment fait des miracles. Mais peutêtre s'agit-ll tout simplement d'une petite indiscrétion aggravée et amplifiée [)ar la boule de verre. Rn tout cas, le champ des recherches est ouvert...

Quant au caractère involontaire de ces phénomènes, sur ce point l'étonnement ne doit plus rester aussi grand. Vous savez cpie bien des phénomènes involontaires se passent dans notre conscience : il y a souvent de la mécanique mentale dans nos pensées. N'y a-t-il pas d'ailleurs un gros fait qui se produit chez tout le monde ? Ce sont les rêves, tout simplement, (pii nous présentent une foule d'images se succédant sans que nous puissions diriger leur cours et quelquefois nous révélant des choses que

INTEHPKF.TATION DES CARACTÈRES PRINCII'AUX ',iri

nous croyons ignorer (coninio une maladie latente, une préoccupation (juelconque, etc.). Un auteur anglais raconte certain rêve qui semble presque se rattacher aux phénomènes que nous étudions. Un individu dans une promenade a perdu un bouton de manchette auquel il tient beaucoup. Ceci l'afflige profondément ; on passe la journée l\ chercher son bouton de manchette, sans le trouver, et il se couche désespéré. Il a un rêve : il voit son bouton de manchette au coin d'un arbre, dans un endroit très précis ; il y va le lendemain matin et l'y retrouve en effet. A-t-il eu de la lucidité, ou une espèce de souvenir ?

M. Charles Richet m'a raconté ce fait curieux : une personne voulait se réveiller à une heure très matinale: on y parvient quelquefois assez facilement, comme vous en avez pu faire l'expérience. Dans le cas présent, la personne se mit à rêver à une horloge eff'ravante de grandeur qui marquait une certaine heure. Ce spectacle la réveilla, or c'était juste l'heure à laquelle elle voulait se lever et que sa montre marquait en réalité. Je ne vous fais remarquer pour le moment que ceci, c'est que pendant le sommeil, la préoccupation latente de se réveiller à une certaine heure prend la forme d'un rêve survenant automatiquement et envahissant l'esprit.

Enfin voici un autre fait qui se rapproche beaucoup des précédents : c'est l'écriture automatique du médiiun qui est également involontaire. Permettez-moi à ce sujet de vous rappeler le cas de possession dont je vous entretenais ici il y a deux ans. Ce personnage présentait, comme je vous l'ai dit, une écriture automatique très remarquable qui nous servit beaucoup pour comprendre et pour traiter sa maladie. Cette écriture était déterminée par un ensemble de pensées, de remords, de réflexions qui avaient lieu dans l'esprit du pauvre homme, mais dont il ne se rendait aucunement compte. Donc, le caractère mécanique, automatique de ces images ne nous sur[)rend pas outre mesure, car il existe dans beaucoup de phénomènes pathologiques et même de phénomènes normaux qui ont lieu dans l'esprit humain.

Reste le dernier caractère, qui demanderait quelques études que nous ne pouvons pas faire ici d'une manière complète. Comment ces phénomènes oubliés presque inconscients en réalité se présentent-ils tout d'un coup à la conscience d'une façon si nette et si précise. En général, les choses ne se passent pas ainsi et les médiums, par exemple, ne savent pas ce que leur main éciit: si

V?(l IIM.I.LCINATIONS SL lUJONSGII'lM'KS

on Iciii' (Milevc le [);i[)lt'r, ils l'ignoreront constamment. ()rclinaircment, des phénomènes de ee genre restent inconnus du sujet, ne sont pas conscients. Ici ces mêmes phéiiot.nènes inconnus de notre esprit el invtdontaires deviennent complètement conscients; il V a donc là une complication psjchologi([ue particulière.

Pour le comprendre, revenons à l'étude psychologique du médium. Dans le cas le plus simple, cet individu, qui est, ne l'oublions pas, un malade, a la peau de la main plus ou moins insensible, au moins au moment où se produit sou écriture subconsciente ; il tient sa plume sans la sentir et sans se rendre compte des mouvements qu'exécute sa main, dans ce cas, il n'a aucune conscience de ce (ju'il écrit. Dans le deuxième cas, le plus fi'éf[uent, le médium n'est plus réellement anesthésique, il pourrait sentir les mouvements de sa main, mais il pense à autre chose et par une sorte de distraction bien spéciale, il néglige de percevoir ces sensations ; aussi son état est-il momentanément analogue à celui du premier, il ignore cette écriture automatique qui se développe à son insu. Mais, dans un troisième cas, les choses ne sont plus aussi nettes, le médium peut accorder une certaine attention aux mouvements de sa main, les sentir sans les airèter. Il vous dira par exemple, comme une personne ([ue j'observe en ce moment: « Je sens que ma main écrit un M, qu'elle écrit un A, je ne sais pas quel mot elle peut écrire ni à quelle idée cela correspond, mais je sens le mouvement qui s'exécute. » Ce fait a son analogue dans la vie normale, et des sentiments qui se développent en nous sans que nous nous en rendions compte peuvent se manifester h notre conscience par certains mouvements, certaines images que nous percevons. Vous lisez, je sup[)ose, un livre : vous ne vous rendez pas bien comjDte si cette lecture vous amuse ou non ; mais tout d'un coup, voilà votre bouche qui s'ouvre malgré vous et vous bâillez. Cette fois-ci, vous êtes renseigné, vous l'êtes même très bien. Les sentiments mal connus se révèlent par un fait qui vous prouve que vous vous ennuyez. Certains phénomènes inconnus de l'esprit aboutissent en fin de compte à certains faits ([ui, eux, sont palpables en un mot et deviennent conscients.

C'est lii probablement ce qui se passe chez les personnes qui voient des images apparaître dans la boule de verre. Ce sont des personnes tlisposées au rêve, à la rêverie presque inconsciente ; la fixation prolongée de cette boule favorise cette disposition, elle

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