‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 157 sur 326 · INFLUENCE DE L.V SUGGESTION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L.V SUGGESTION

laquelle la suggestion posthvpnotique s'exécute correspond assez exactement chez les différents sujets à cette période que je viens de décrire sous le nom de période d'influence somnambulique. Les sujets qui, comme T..., ont une période d'influence de vingt-quatre heures, n'exécutent que des suggestions à échéance de vingt- ([uatre heures et les sujets qui exécutent des suggestions à échéance de six semaines sont ceux qui, comme Justine, ont des périodes d'influence de six semaines.

A cette observation, qui établit d'une manière assez nette la relation entre la suggestion et l'influence, nous pourrions ajouter d'autres petites remarques. Les sujets, comme on sait, ont à l'état de veille une aptitude très inégale à recevoir des suggestions, et chez le même sujet cette suggestibilité varie encore suivant le moment où on l'observe. Si on étudie les sujets immédiatement après le réveil on constate qu'ils sont étonnamment suggestibles et obéissent immédiatement à celui c[ui vient de les endormir. Si on répète la même expérience sur le même sujet huit jours ou quinze jours plus tard, sans hypnotisme intermédiaire, bien entendu, on constate que certains sujets sont encore aussi suggestibles et que d'autres ne le sont plus. Dans un cas tout particulier cette vérification est très rapide; on sait que les hystériques atteintes d'anesthésie profonde tactile et musculaire ont une disposition à laisser leur bras dans des postures cataleptiques quand il est soulevé par leur hypnotiseur. Il s'agit là d'un phénomène suggéré qui reste tout à fait subconscient. Ce fait, très net après le réveil, disparaît chez plusieurs sujets au bout de quelques jours; à ce moment, le bras soulevé par Thypnotiseur retombe flasque comme s'il était soulevé par une personne étrangère. Enfin la production du somnambulisme est chez les sujets accoutumés un véritable fait de suggestion, le sujet s'endort immédiatement au moindre signe. Eh bien, ce somnambulisme n'est ainsi facile que pendant quelques jours après le somnambulisme préc(''dent. G..., qui vient d'être réveillée, peut être rendormie en un instant; il en sera de même demain et après demain; mais dans quelques jours tout est cliangé, il va être long et difficile de la rendormir, le signal ne suffira plus et il faudra recourir aux procédés classiques. A de certains moments même, Marguerite, dans les journées qui précèdent ses attaques, devient iMip()ssif)lo ;i hypnotiser. Cette période de suggestibilité, de calalepsic partielle, d'hvpnotisalion facile, correspond encore, on le devine, à la période d'influence

444 INFLUENCE SOMNAIMIU I-inlE

dont les caraclôrcs se prrcisetit de plus on plus, c\ on pourrait prosquo (lire que cette période est Tceuvrc de la suggestion.

(l('lt(> solution simple est ecpendaiil loin de me satisfaire compli'teinenl. Rn elVet on constate, et pendant la période (rinfluence et pendant la période de passion qui la suit, bien des faits (jui n'ont pas été suggérés. J'ai défendu ;i Marguerite d'avoir des attaques et e'(>st tout, et e(>pendant sa sensibilité, sa mémoire, ses mouvements, tout son caractère et toute sa conduite ont été modifiés. Bien souvent il m'est arrivé d'endormir Justine en évitant de lui faire aucune suggestion, et le bien-être de la période d'influence n'en a pas moins existé. Il faudrait au moins ajouter qu'il y a des auto-suggestions, des idées spontanées du sujet qui se transforment en suggestion et il faudrait chercher quelles sont ces idées. D'autre part il y a dans ces périodes des choses contraires à la suggestion, par exemple leur durée limitée. On suggère toujours au sujet d'être sage le plus longtemps possible; si tout dépend de la suggestion elle-même, pourquoi tous ces phénomènes disparaissent-ils au bout de peu de jours? Pourquoi ces suggestions faites toujours de la même manière ont-elles une influence et une durée si inégale chez les difTérents sujets ?

Faut-il croire que cette limite à l'action thérapeutique, ces modifications dans l'action des suggestions ont été elles aussi suggérées? Faut-il croire ([ue par maladresse, j'ai toujours suggéré, sans m'en apercevoir, à tant de sujets atteints de maladies difTérentes et dans des conditions si dififérentes les phénomènes désagréables delà passion somnambulique ? Que de fois, cependant, n'ai-je pas souhaité d'être débarrassé de malades perpétuellement identi(jues à eux-mêmes et que de fois n'ai-je pas fait tous les efforts possibles pour rendre la suggestion définitive et supprimer le besoin de la ri'qx'ter sans cesse. Une simple réflexion peut, je crois, trancher cette question : s'il en (Hait ainsi, s'il suffisait de suggérer un peu mieux que je ne l'ai fait pour éviter définitivement toute rechute, toutes les hystériques qui avant d'entier ;i l'hôpital ont passé entre les mains d'une foule de médecins auraient été guéries depuis longtemps et il ne serait jamais nécessaire de les conseiver ;i 1 hôpital, (^ui ne connaîl au contraire la frc(|ii('iicc et la facilite d(''sesp(''rante des rechutes chez ces malades. O sont ces rechutes (jue j'ai étudiées, ce sont ces rechutes bien connues qui prennent sous l'influence

du traitement hypnotique l'apparence de la passion somnambulique. Cette limitation des suggestions et surtout des suggestions thérapeutiques à une période d'une longueur donnée, variable suivant les sujets, ne me paraît donc pas un fait accidentel dépendant de la suggestion elle-même. C'est un fait opposé à la suggestion, contre lequel elle se heurte sans pouvoir le modifier, bien loin de le déterminer.

Enfin, non seulement la suggestion n'explique pas tous les faits, mais, comme je l'ai souvent répété, elle demande elle-même à être expliquée. Ce qui rend les sujets suggestibles, c'est leur faiblesse de pensée, ce sont les lacunes de leur mémoire, de leurs perceptions, de leurs sensations, je ne reviens pas sur cette discussion générale', mais pourquoi sont-ils tellement suggestibles pendant une période et non pendant une autre et surtout pourquoi sont-ils tellement sensibles à l influence d'une personne déterminée tandis qu'ils n'obéissent à aucune autre ?

En un mot la suggestion proprement dite explique une petite partie des phénomènes que nous avons décrits, la guérison de certains accidents particuliers dont la disparition qui a été expressément suggérée. La suggestion n'explique pas complètement d'autres phénomènes, le bien-être, le développement intellectuel, la sécurité qui accompagnent cette guérison et qui dépassent les faits expressf'-ment suggé-rés. La suggestion ne peut aucunement expliquer des faits qui sont en contradiction avec elle, je veux dire, les rechutes rc'gulières et inévitables, la limite d'action de la suggestion et cet état d'aboulie et de confusion mentale qui survient régulièrement chez tant de sujets quand on les abandonne à euxmêmes.

Pour comprendre ces états psychologiques singuliers qui se présentent dans rintervalle des somnambulismes, 11 est nécessaire de chercher encore d'autres phénomènes psychologiques qui accompagnent llnflucnce somnandjulupie.

Pour comprendre en quoi consistent linfluence et la passion somnambuliques, il faut toujours comparer ces périodes avec la

1. \on-. Jcciilo/its inciilaux des hysicrùincs. ISÎI'i. p. 17.

Page 1