‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 165 sur 326 · LE BESOIN DE DIRECTION CHEZ LES DOUTELRS · texte numérisé non relu

LE BESOIN DE DIRECTION CHEZ LES DOUTELRS

et mieux portante, aussi retourne-t-elle chez rauniônier à qui elle demande conseil pour ses moindres actions. Elle va le voir tous les jours sans que ses parents, qui trouvent ces visites si fréquentes fort suspectes, puissent parvenir à les réduire. Depuis le jour où elle a vu ce prêtre elle n'a plus aucun accident et il ne l'a certainement ni hypnotisée ni suggestionnée. Xe..., jeune femme de 30 ans, vit avec un homme qu'elle déteste et ne peut se décider il le ([uitter pour en épouser un autre qu'elle aime beaucoup. C'est que cet amant c[u'elle n'aime pas lui est indispensable pour la débarrasser de doutes et de scrupules; il la domine tellement qu'elle répète toute la journée, à la façon d'un tic du langage, des jurons et des obscénités qu'il a dit devant elle. II n'a jamais essayé de lendormir et d'ailleurs je crois la malade difficilement hypnotisable. Ces deux malades conservent la pensée constante de leur directeur improvisé et ne font rien sans penser à lui. Ne... est arrêtée par la pensée de son amant quand elle veut se rapprocher de celui qu'elle préférerait, exactement comme une hystérique hypnotisée.

Quelquefois, ces malades qui ont tellement besoin dune affirmation étrangère tourmentent un de leurs proches pour obtenir cette direction jusqu'à lui rendre la vie insupportable. C est à sa sœur que Ls... demandait si ses enfants seraient damnés et elle la poursuivait de ses questions fatigantes. Bu..., un homme de quarante-cinq ans, craint à chaque moment pour sa vie et il n'est rassuré que si sa femme lui assure qu'il n'y a aucun danger: aussi ne peut-il faire un pas sans avoir sa femme auprès de lui; il faut ([u'elle l'accompagne même quand il va aux cabinets. Quand dans une même famille ou dans un même milieu se trouvent deux malades semblables, ils se disputent les soins dune certaine personne; ils veulent tous les deux que cette personne s occupe constamment et uniquement d'eux; de là des luttes et des jalousies extraordinaires dont j'ai vu bien des exemples. Ces jalousies sont absolument comparables à celles qui se développent d'une manière si intense chez les somnambules ([uand leur h\ pnotiseur se permet d'endormir également une autre personne.

Pour obtenir cette assurance, cette direction, il n'est pas d'efforts que ne fassent les malades, de situations pénibles auxquelles ils ne consentent à se soumettre. Am..., une femme actuellement âgée de 58 ans, est enfermée depuis trente ans dans le service de M. Jules Falret, à la Salpêtrière et elle est enfermée

4i;0 INKIJ V.\CV. SOMNAMIULK^JK

voloiitail'oincnt. l'.lle a peur de lalio du mal, de faii-e des sottises, (|ii(»i(jn (die ait loujours en nue conduite parlaitenieut raisonuahle et elle est venue autridois demander à Leg-iand du Saullc de renfermer. Sur son refus elle « a fait la folle » jus([u'à réussir dans son projet d'entrer à la Salpètrière. Dans le service, elle a toujours mené une existence parfaitement correcte, mais pour rien au monde elle ne consentirait à sortir. C'est toute une affaire de lui faire accepter un jour ou deux de sortie: si le congé était plus long elle commettrait des actes absuides et délirerait pour rentrer. 11 laul quelle voie des grilles, qu'elle sente des infirmièi-es auprès d'elle « pour la protéger contre elle-même ». Qes..., âgée de de vingt-deux ans, commence en ce moment une destinée pareille : lorsqu'elle habite chez ses parents elle est tourmentée par toutes les impulsions les plus terribles à l'homicide et au suicide, elle ne comprend plus rien et délire presc[ue complètement. Est-elle amenée à la Salpètrière, sans aucun hypnotisme elle devient parfaitement raisonnable. « Ici, je sais bien qu'on ne me laissera pas (aire de sottises, je n'y pense plus, je dors tranquille et je suis heureuse-, j'ai besoi?i d'une règle, d'une domination. » Si elle sort de l'hôpital, le délire recommence au ])out de quelques jours. Cette pauvre jeune fdle, quoique d'un milieu assez délicat, se trouve heureuse de la captivité au milieu d'une salle d'épileptlques pour échapper au supplice d'être libre et d'avoir peur d'ellemême.

En un mot nous voyons ici des faits fort nombreux qui semblent comparables à ceux de l'influence somnambulique. Ici encore nous voyons une alTirmalion, un commandement étranger rendre aux malades le calme de l'esprit pour un certain temps qui malheureusement est souvent trop court, puis nous vovons croître démesurément ce besoin de domination, les deux faits semblent s éclairer l'un l'autre et dépendre au fond d'une même cause.

Page 1