‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 167 sur 326 · L.V MALADIE DE L'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

L.V MALADIE DE L'ISOLEMENT

phase étudiée précédemment, c'est-à-dire de la passion ou de la manie somnambulique. Cette maladie bien souvent observée est d'ordinaire confondue, soit avec le délire erotique, soit avec les idées fixes de regret, soit avec la confusion mentale. Il me paraît cependant utile, si l'on considère leurs caractères psychologiques, leur pathogénie et même lenr thérapeutique, de former de ces cas un groupe unique et distinct sous le nom de maladie de la solitude ou maladie de l'isolement. Considérons quelques cas pris j)armi beaucoup d'autres que j'ai pu observer, il sera facile ensuite de les résumer en établissant ce rapprochement.

Obs., jeune femme de 28 ans, père ataxique, mèie bizarre exaltée, trois aliénés dans la famille de la mère. Elle fut très désé- ([uilibrée dans sa jeunesse, essaya deux fois de se tuer, fit un mariage absurde contre le gré de ses parents, puis se sépara de son mari et obtint le divorce. A l'âge de 24 ans, elle finit par rencontrer un amant qui s'intéressa à son esprit bizarre et sut le diriger avec fermeté. Pendant quatre ans elle vécut avec lui de la manière la plus normale sans présenter aucun trouble mental ni aucun accident hystérique. Mais, il y a six mois, cet amant l'a (piittée et lui a conseillé de rentrer dans sa famille. Malgré ses fautes, elle n'a pas été trop mal reçue et n'a pas de préoccupations matérielles.

Sa vie cependant est complètement transformée : elle n'est plus capable de faire aucun travail, aucune action raisonnable, elle ne peut se décider h rien. Cependant elle ne reste pas immobile; mais sort, va, vient, s'agite continuellement, sans savoir ce qu'elle veut faire et sans arriver à rien. Au contraire, il lui semble que si elle désire une action elle fait précisément le contraire ; aussi a-t-elle l'air absolument déséquilibré et contradictoire. Peu à peu les choses s'aggravent, car elle ne peut plus ni manger, ni dormir, elle pleure, crie ou rit à tort et à travers, ne se souvient plus de rien, et commence à ne plus comprendre ce qu'on lui dit.

La seule pensée nette qu'elle conserve, c'est celle de son amant qu'elle croit voir devant elle, qu'elle appelle jour et nuit. En somme: aucun stigmate hvstérique, mais désordre des actions, aboulie énorme, amnésie continue et idée fixe obsédante de l'amant.

Le cas de Bs. étant absolument semblable peut se résumer en deux mots. 11 s'agit d'un homme de 40 ans qui, pendant cinq ans, a été dirigé par sa maîtresse, celle-ci a pris sur son esprit un ascendant énorme et a réussi à le faire travailler. Depuis leur sépara-

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Dans le cas de Pv., les troubles mentaux sont encore plus accusés. Il s'agit d'une femme de 3G ans, fdle d'une mère hystérique. Elle a présenté dans sa jeunesse des attaques et toutes sortes ilaccidcnts hystériques; tout a disparu de 25 à 3? ans pendant (ju'elle a vécu avec un ;iinant. A l'âge de 32 ans elle fut abandonnée par celui-ci et tond>a dans un violent désespoir. KUe devint exigeante, insupportable, entra sans raison dans des crises de colère terribles. Peu à peu elle de\int incapable de faire son travail, perdit la mémoire et rintelligcnce. Elle reste maintenant des heures entièies debout, immobile, le regard fixe, elle ne s'intéresse plus ;t rien et ne paraît plus comprendre ce qu'on lui dit. C'est ici, non une mélancolie véritable, mais un état de confusion mentale ])resque permanent.

Ces trois cas se rapprochent par un trait commun, c'est qu'il s'agit du regret dun amant ou d'une maîtresse et que par consé- ([uent on peut plus ou moins les rapprocher des délires erotiques. Voici deux autres cas où cet élément erotique, bien qu'il existe encore, semble plus réduit.

Zy., jeune fille de 23 ans, sans antécédents héréditaires bien nets, mais d'un caractère faible et très émotive, n'a présenté aucun accident sérieux jusqu'à l'année dernière. A cette époque elle fut fort afToctée par le départ d une religieuse qui dirigeait l'ouvroir où elle allait souvent travailler. Elle entreprit des démarches bizarres auprès des autorités ecclésiastiques pour faire revenir îi Paris cette religieuse partie dans une ville de province. Quand elle fut bien convaincue de l'inutilité de ses démarches, elle entra dans un violent désespoir, refusa de manger, de se coucher, essaya de se tuer et ne tarda pas à délirer. Elle pleure et crie constamment, a de violentes atta(jues d'bystérie dans lesquelles elle voit cette religieuse ef la ])i'esse dans ses bras. (]es crises se reproduisent cin(j ou six fois par jotir. La malade n'a encore aucune anesihésie pei'manente, mais la nK'inoii'e diminue et loutc activih' disparaît.

Zy. sendjle bien actuellement avoir un délire erotique, elle veut même se sauver dans la rue et s'offrir aux jiassanls, mais ce délire est évidemment surajouté. Il semble bien (ju'il n'y ait eu aucune excitation génitale au moment où cette religieuse dirigeait son esprit. Celle-ci fort Agée et au-dessus de tout soupçon se bornait à faire; travailler la jeune fille, s'occupait d'elle, la dirigeait et la

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