LA MAL VOIE OE L'ISOLEMENT
grondait. Il semble que ce soit une sorte d'interprétation délirante qui ait donné ;i cet amour un aspect nouveau. « 11 faut, dit la mahule. que (|uel([U un s'occupe de moi, s'intéresse à moi, n'importe comment. »
Il est inutile d'insister sur l'observation deAiz. qui semble copiée mot à mot sur la précédente. Cette jeune fille de 11) ans a été fort mal élevée dans son enfance par une mère atteinte d'hystérie grave. Elle ne trouva la pai.x et le bonheur que dans une pension où elle entre à l'âge de 9 ans. Là, elle se met particulièrement sous la tutelle d'une maîtresse qui prit le plus grand ascendant sur son esprit et faisait d elle ce qu elle voulait. L'enfant « ne vivait que pour attendre le moment où elle verrait cette maîtresse ». Ici je n'ose affirmer qu'il n'y eut pas des caresses imprudentes qui exaltèrent une sensibilité très délicate. Quand il fallut quitter cette pension à l'âge de 12 ans, ce fut un désespoir terrible qui amena bientôt des crises d'hystérie. Dans ces crises, Viz. voit sa maîtresse de pension, l'appelle, la caresse. Dans l'intervalle des crises elle refuse de manger et essaye de se tuer. Depuis quelques mois, les choses se compliquent par des tendances plus nettement erotiques. La malade veut courir après les jeunes gens [)Our trouver, dit-elle, quelqu'un qui remplace sa maîtresse. Elle présente à un degré laible les stigmates de l'hystérie mais surtout beaucoup de troubles de la volonté et un certain degré de confusion mentale.
Dans les observations suivantes, l'érotisme lait encore plus complètement défaut et cependant tous les phénomènes restent semblables.
Qb., une femme de 14 ans, quoique d'une famille en apparence normale, a toujours été disposée h des troubles psvcliasthéniques voisins de l'hvstérie ; mais la disparition et la réapparition de ces symptômes surviennent toujours dans des circonstances de sa vie qu'il est curieux de noter. Vers 20 ans elle s'ennuie dans sa famille, souffre de faiblesses, de fatigues, de maux de tète et ne marche plus qu'avec difficulté. Tout disparaît quand elle se marie à 21 ans. A 30 ans elle perd son mari et les accidents qui avaient disparu recommencent, trendjlements, étouffements, soulli'ances dans la tète au moindre bruit. Ces troubles s'amendent peu à peu et elle s'habitue à vivre avec son fils (|ul devient son seul soutien, (^b. se portait assez bien depuis plusieurs années, quand il y a deux ans son fils fut obligé de partir pour faire son service militaire. A ce moment, nouvelle rechute excessivement grave, car à tous les troubles précédents
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s'iiioiitfiit les iillcratiolis (le la perception (jiii inoiilreiU une graiule (limimilioii do la synthèse mentale: « Je ne me reconnais plus dans la rue, il me semble que tout est changé, on dirait que c'est une ville nouvelle ou une ville que je n'aie pas vue depuis très longtemps. » Il faut qu'elle se fasse conduire dans son quartier habituel car elle se perd complètement. Enfin l'amnésie continue devient presque complète comme dans les cas étudiés dans un chapitre précédent. En efTet, comme dans le cas de M"^'' D., les souvenirs des événements récents disparaissent et ne réapparaissent qu'au bout d'un certain temps, dix ou quinze jours. Il sullit d'une visite du fils, ou même d'une lettre pour diminuer énormément tous ces symptômes.
Ici encore la seconde observation est très rapprochée de la première : Vo. une femme âgée de iO ans, fille d'une mère très nerveuse et elle-même toujours très impressionnable, présente de|)uis un an les svmptômes d'une maladie bien connue. C'est, au premier aspect, une agoraphobe, remplie de terreur dès qu'elle sort de sa chambre, obligée de regarder ses pieds pour marcher, de suivre les gens, de toucher les murs, éprouvant des vertiges dès qu'elle traverse une place, etc. A ce syndrome s'ajoutent un état émotif persistant, des tristesses, des craintes chimériques, une grande instabilité de sentiments et d'idées, une indécision perpétuelle et un certain nombre de phénomènes hystériques, petites attaques, spasmes de la déglutition, météorisme abdominal, léger rétrécissement du champ visuel, etc.
Ce qui est intéressant, c'est 1 évolution psvchologique de ces accidents qui est assez facile ;i suivre. Cette femme avait perdu son mari il y a quelques années, elle restait avec deux filles et un fils. Le mariage des deux filles ne troubla pas trop la mère, mais lo fds s'est marié l'année dernière laissant Vo. absolument seule. Celle-ci présenta bientôt (juehjues troubles de caractère, détesta sa bru et se montra insupportable avec elle, bientôt elle se désespéra de sa solitude, trouvant que toute action devenait difficile à décider quand elle était seule « tandis que tout serait facile si elle pouvait en causer ii quelqu'un. » L'agoraphobie n'est que l'expression de cette indécision causée par Lisolement. « Je marche très bien dès que quelqu'un est avec moi, je marcherais même très bien si je savais quelqu'un ;i la maison. » 11 doit en être souvent ainsi pour les agoraphobes, chez lesquels ce langage est assez habituel et cette maladie malgré son apparence plus