G8 INFLUENCE SOMNAMBULIQUE
cxi'cuilKtii K'iiis rcsolutiims, ]);ii'co ([iic c'cllcs-ci sont tiH)[) fiilhles. Ils scinblenl savoir ce ([u'il laudiait laire, mais leur volonté est vacillante, incapablederésisterà un désir, à une habitude, incapable de franchir le plus petit obstacle. Ce sont ces personnes cpii pourraient justenioiit diie : i'ideo mcliura proioque, deLeriorci seqiior. Cette faiblesse semble dépendre d'une indinV-rence, d'une absence totale d'émotions. Ce n'est pas tout à fait juste, comme j'ai essayé de le montrer, ces malades ont au contraire des émotions très vives', ce sont même souvent ces émotions trop vives et trop persistantes ([ui épuisent leur cerveau et diminuent leur volonté, ou qui s'opposent à leurs efforts volontaires. Mais il est vrai (jue ces émotions sont, si l'on peut ainsi dire, mal placées ; elles se répètent ijidéfiniment toujours les mêmes ou bien elles s'éveillent au hasard à propos de phénomènes insignifiants ou nuisibles. En réalité, comme lavait remarqué justement M. Ribot, les émotions n'accompagnent guère la résolution volontaire que le malade semble avoir. De là ces efforts que fait l'aboulique pour augmenter, autant que possible, la force et le caractère émotionnant de son acte, de là cette manie des engagements d'honneur, des serments, des vœux, des pactes si fréquents et si singuliers chez ces malades et sur laquelle j'espère pouvoir écrire un jour une étude ])articulière. Mais, malgré leurs efforts, l'idée qui est voulue reste terne et impuissante et aucune résolution utile n'arrive à l'exécution.
Ce premier caractère de leur volonté dépend, à mon avis, étroitement d'un second phénomène. L'idée acceptée par le sujet, désirée même par lui, reste faible et ne se transforme pas en actes parce qu'elle est simple, étroite, composée de peu d'éléments psychologiques. Ces éléments, ces images ont encore leurs conditions dans le cerveau, ils j)ourraient être évoqués, mais ils ne le sont pas. L'esprit semble ne pouvoir synthétiser qu'un petit nombre de faits moraux, un nombre insnffisaîit pour faire masse et pour forcer la résistance des autres systèmes psychologiques. Ces malades semblent avoir pris une résolution ; mais c'est une résolution abstraite, ce n'est pas une décision concrète, précise, applicable immédiatement à la situation présente.
En réalité, les abouliques n'ont pas seulement des décisions faibles, ils n'ontsouvent aucune décision et restent indéliniment en
1. Un cas d'aljonlie cl d idrcs fixes. Ilcsue pliilosopliifiuc, 1891, I, !J82.
LE IlESOIN DE DIRECTION 4G9
présence d'une situation donnée, d'un problème sans penser la solution, sans former l'idée précise qui réunira les divers éléments qui sont donnés. Les actes les plus simples, comme de se lever, d'entrer ou de sortir, provoquent des hésitations et des délibérations pendant des heures ; à plus forte raison, les circonstances un peu didiciles qui demandent une décision grave troublent-elles ces malades au plus haut point. Je soigne en ce moment une jeune dame de trente ans, Vz., qui, depuis deux ans, reste couchée sans essayer une seule fois de se lever ; elle prétend souffrir horriblement du ventre et a déjà subi une première opération chirurgicale, sans que l'on ait pu trouver la cause de son mal. Cette cause la voici : il y a dix mois, un personnage qui avait été autrefois son amant est venu lui proposer de quitter son mari et son enfant pour reprendre avec lui les anciennes relations. File aime trop son mari et son enfant pour les quitter ; elle aime trop son amant pour renoncer à lui. Une petite indisposition lui a permis d'ajourner un peu la décision ; depuis elle n'ose plus guérir, ou plutôt elle n'ose plus vouloir guérir de peur d'avoir à choisir entre son mari et son amant. On ne se figure pas les troubles mentaux que peut déterminer une proposition de mariage, il y aurait à écrire toute une pathologie delà demande en mariage. J'ai recueilli une dizaine d'observations de jeunes fdles et même déjeunes gens qui ont eu une foule d'accidents désignés sous le nom d'accidents neurasthéniques, hystériques, des cas même de confusion mentale complète, comme chez De..., uniquement déterminés par ce fait que le sujet ne savait pas s'il devait répondre (c oui « ou « non » à la proposition qu'on lui faisait. Bien entendu, les troubles ne sont pas aussi forts quand les actions sont moins importantes, mais ils existent néanmoins toujours et ces hésitations rendent la vie de ces personnes insupportable.
Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, la loi fondamentale des maladies mentales sur lesquelles insistait tant Moreau (de Tours) et dont j'ai essayé bien souvent de montrer l'inqiortance. Quand l'activité de synthèse, celle ([ui combine en une action nouvelle les éléments psychologi([urs et physiologiques, vient à diminuer, les phénomènes autonuitiques, résidus des activités anciennes qui les ont autrefois organisés, se développent démesurément. Non seulement le malade va être hésitant, mais il va être obsédé, tourmenté par des impulsions, des tics de mille espèces, il recommencera les attaques et les contractures.
470 iM'i,ri:.\cr. somnvmiui.kmf.
On oonipipiul donc qnc les abouliques désirent sortir de leur hésitation, ils souhaitent ardemment de prendre une résolution, mais ils ne peuvent pas le vouloir. Eh bien, ils vont demander ii une autre personne de vouloir pour eux. Coiument cela est-il possible et comment cette autre personne peut-elle rendre le service singulier qu'on lui demande ? C'est ce que nos études précédentes sur rinfluence somnambulique vont nous j)ennettre de comprendre, au moins en partie.
D'abord, dans le cas le plus simple, le directeur va simplement fortifier la résolution, l'idée que le malade avait déjà à peu près formulée. 11 la fortifie en l'enrichissant, en y ajoutant par le fait même des circonstances dans lesquelles il se trouve placé des détails et des émotions qui lui faisaient défaut. Le confessionnal, la consultation, le titre sacerdotal ou médical, le commandement et surtout la fameuse ordonnance médicale, dont tant de railleries n'ont pu entamer la formidable autorité, rendent déjà de grands services. Mais il faut souvent que le directeur ajoute plus encore qu'il use de la menace, de l'ironie, de la caresse, de la prière, qu'il s'adresse à tous les sentiments qu'il sait exister encore dans le cœur du sujet et qu'il les éveille l'un après l'autre pour les forcer à faire cortège à l'idée chancelante. « Vous manquerez ii des engagements qui maintenant sont publics, vous serez ridicule aux yeux de M. un tel, vous aifligerez une personne que vous aimez, etc., etc. » Que de fois j'ai du faire jouer tous ces ressorts de la rhétorique pour obtenir qu'une malade boive un verre d'eau, (ui changfe de chemise comme s'il s'af'issait d'obtenir les résolutions les plus graves ! L'idée grandit ainsi, lepousse les impulsions et parvient à s'exécuter.
Déjà, dans ce premier cas, on voit que le dii-ecteur a dû grouper des idées dans l'esprit du malade et former de véritables systèmes dépensées: c'est ce (jui est plus visible encore dans le second cas, le plus fréquent et le plus typique. La malade n'a en réalité aucune résolution dans une circonstance donnée, et il faut que le directeur fasse lui-même la svnthèse que son sujet ne peut pas faire et lui im|)ose la résolution toute faite. C'est là très souvent ce (|ue les douteurs viennent demander à leur médecin, quand ils lui racontent leur vie et leurs incertitudes. « Faut-il me A\cher avec cette personne (jui m'a regardée de ti-avers ? — faut-il faire mon ménage ? — faut-il me niariei? — fant-il ach(>ter une robe ! — faut-il recevoii' nH)ii amant.' etc. » Ce sont entre mille autres les questions