LE HE. SOIN DE DIRECTION
à CCS sensations, ce n'est pas l;i une explication scientifique, tant ([u'on n'a pas constaté la modification de ces centres. C'est simplement une déduction [)hilosophi(|ue, la traduction du fait observé, l'anesthésie, en un autre lanoaoc. D'ailleurs il faut toujours remar- (|uer que dans ce cas l'anesthésie a des caractères singuliers. Les sensations sont conservées d'une manière subconsciente: Marguerite tout à fait anesthésique du côté droit et incapable en apparence de remuer son bras droit sans le voir, a conservé de ce côté l'écriture automati([ue en dehors de la vision. Par cette écriture elle accuse toutes les impressions les plus délicates faites sur le côté droit et disting-ue sur la face inférieure du poignet droit les pointes de l'a'sthésiomètre à 15 millimètres de distance l'une de l'autre. Quand même on admettrait pour expliquer cette [)erte de la conscience personnelle des sensations un engourdissement spécial des centres, ce n'est encore là que la constatation pure et simple du fait et non son explication.
Je crois (ju'on interprétera mieux les choses en faisant rentrer ces phénomènes dans un groupe de faits fort intéressant déjii signalé :i propos de l'amnésie continue. L'émotion semble avoir, au moins dans certains cas, un rôle inverse de celui <[ui a été attribué à la volonté et à l'attention. Ce qui caractérisait ces deux fonctions, c'était une activité de synthèse, une construction de systèmes pins complexes édifiés avec les éléments de la pensée, les sensations et les images. Ces systèmes formaient les résolutions, les perce[)tions et les jugements, la mémoire et la conscience personnelles; l'émotion, au contraire, semble douée d'un [)ouvoirde dissociation, d'analyse. Sauf dans des cas extrêmes où la dissociation va jusqu à la destruction et pourrait même aller jusqu'à la mort, l'émotion ne détruit pas réellement les éléments de la pensée ; elle les laisse subsister, mais désagrégés, isolés les uns des autres, à un point tel ([uel(|ue(ois ([ue leurs fonctions sont il peu près suspendues.
Or on a vu que le travail du directeur pendant les séances précédentes a été un travail de synthèse; il a organisé des résolutions, des croyances, des émotions, il a aidé le sujet à rattacher à sa personnalité des images et des sensations. Bien plus il a échafaudé tout ce système de pensées autour d'un centre spécial qui est le souvenir et l'image de sa personne. Le sujet a emporté dans son espiit et dans son cerveau une svnthèse nouvelle, passablement artificielle et très fragile, sur laquelle l'émotion a facile-
47r, INFLUFACK SOMNAMIU LIOUF.
nioiil ox(M'cé sn piiissinicc désoroanisalricc. Cotte hypothèse a du moins lavaiilage de ra|)proeher bien des faits et de rentrer (hins une eonecplion assez vaste du mécanisme psvrhoh)<i;i<|ue. La penséi> me siMnhlr conune \c corps vivant lui-même osciller per|)éliiellement (Mitre ces deux grands phénomènes: l'assimilation, l'oie-anisation, l'accroissement (>t d'aulre part la dcsassimilntion, la dissociation et la destruction.
Mais diia-t-on, pour({uoi l'influence s'épuise-t-elle au b<uit d'un certain temps même quand la vie du sujet est parfaitement calme, que l'on ne discerne pas de |irol)lèmes bien nonveaux et qu'aucune émotion n'est venne le bonleverser ? Pourquoi le sujet revient-il avec les mêmes questions que la première fois redemander les mêmes solutions? (l'est d'abord, comme j'ai essavé de le montrer', parce qu'il est impossible de continuer longtemps la même existence sans modifications, sans adaptations nouvelles. Le temps apporte sans cesse des situations nouvelles et demande sans cesse des adaptations et des volontés nouvelles. La vie purement automatique ne peut durer, du moins chez un être conscient et la continuation même d'une même action consciente demande une activité de synthèse et de création. Ces malades, comme s'ils avaient une vitalité insuffisante, ne savent plus s'adapter au monde. Peu à peu la construction toute faite mise dans leur esprit n'est plus en rapport avec les circonstances et devient insuffisante. Enfin, il faut se souvenir que c'est dans ces études spéciales de psychologie que se vérifie le mieux l'ancien adage de Bossuet et des métaphysiciens: « L'être et la durée de l'être dépendent de sa perfection. » Les synthèses mentales imparfaites, péniblement construites durent peu, d'autant moins que le sujet est plus faible et un beau jour toute cette construction artificielle, les résolutions, l'image du directeur, l'amoui- pour cette image, etc., tout cela s'écroule et le travail est à recommencer.
C'est pourquoi le sujet vient de nouveau demander le même secours. Le général Noizet qui avait bien vu quelques-uns de ces faits proposait non sans raison « d'appeler le magnétiseur un direcleur' ». Qu'il me soit permis d'ajouter un surnom vulgaire qui m'avait été donné par une malade de la Salpèlrière et (jui résume bien ces caractères, l^'lle m'avait app(dé « le remonteur de