‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 222 sur 326 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Messieurs,

Les divers tioubles psychologiques forment une série continue dans laquelle nous sommes forcés de tracer des subdivisions d'une manière un peu arbitraire. Nous croyons qu'il y a les rapports les plus étroits entre les émotions systématiques et persistantes, les idées fixes, les attaques d'hystérie, les somnambulismes, et que tous ces phénomènes se relient les uns aux autres par d'innombrables intermédiaires. A différents points de cette série nous choisirons quelques cas intéressants pour mettre en lumière les relations de ces phénomènes.

i. — Attaques hystériques.

OnsEuvATioN 6S. — Attaque de délire pendant 12 heures après une émotion. — Anléccdcnls, émolivilc, cchec à un examen, délire pendant 12 heures, bavardage, sommeil, amnésie, diagnostic, somnambulisme, émotion non exprimée, pronostic.

Nous avons déjà signalé souvent le rapport qui existe entre l'émotion, les attaques et les somnambulismes. Ce rapport se présente rarement d'une manière aussi nette que dans le cas présent. Voici une jeune fille de 22 ans qui vient nous consulter, non pour une maladie actuelle, mais pour un accident évidemment grave, mais passé.

;3-2 iJ':s soMN \Mr.ri,isMi:s, i.i:s fugues

Pas d'antécédents héréditaires bien nets: le père est mort liémipléj^ique; il ne buvait pas, n'avait pas de troubles neveux; la mère n'est pas trop névropathe. L'enfant tout à fait normale eut une lièvre typhoïde à It? ans; e'est probablement là le point de départ de l'aflaiblissemcnt de la résistance cérébrale. Elle est restée émotive, peureuse, se bouleversant facilement ; mais en somme elle n'a jamais présenté aucun phénomène que Ton puisse nettement rattacher à l'hystérie. Elle désirait devenir institutrice et s'est préparée h des examens pénibles. Une première fois, il y a deux ans, elle a échoué. Après cet échec elle s'est désolée, elle a pleuré, comme tous les candidals malheureux, puis elle s'est lemise ;i la préparation avec courage. L'année suivante, il y a huit mois, elle s'est présentée de nouveau et elle a été malheureusement refusée une seconde fois, (le nouvel échec a déterminé un trouble bien inattendu.

Quand elle sut qu'elle avait échoué, elle resta calme, froide, en apparence sans émotion, ne pleura pas comme la première fois. C'est à peine si on put lui tirer quelques paroles, pendant le retour à la maison. Quand elle fut rentrée, on s'aperçut cpi'elle avait la fi<^aire paie et les yeux fixes, qu'elle marmottait des paroles tout bas. Bientôt, elle se mit à parler plus haut et commença à déclamer à tort et à travers. Elle récitait pèle-mcle toutes les matières de l'examen tantôt à voix haute, tantôt à voix basse: il fut impossible de l'arrêter. Elle semblait ne voir et n'entendre personne; tantôt elle se levait et faisait quelques pas dans la cham- I)re, tout en récitant à tue-tète ; tantôt elle restait assise et bavardait plus bas sur les compositions, sur les précautions à prendre, sur les circonstances d'un examen. Elle ne cessa pas de parler ainsi, sans qu'on pût lui faire faire aucune autre action, pendant 12 heures. A la fin, on put la coucher sans qu'elle fît de résistance, mais sans tpi'elle parût comprendre. Elle paiaissait épuisée de fatifrue; alors elle s'arrêta peu ;i peu et s'endormit. Ce sommeil dura 15 heures. Quand elle se réveilla spontanément, elle était fatiguée, ahurif, se plaignait de mal de tète. P>lle fit remarquer que ses règles fpii avaient inallicureusement commenci- le jour de l'examen avaient cessé de couler, jirobablemenl (b-puis qu(*l([ue temps déjii. Elle se souvenait assez bien, (pioicpi'un jxmi confusi-ment, de l'examen et de son écliec, mais elle ne savait |)liis coiiimciil elle était lentréc chez elle. En outre, ellf ira\ail absoliiniciit aucun souv(.'nir de la période de délire.

ATTAQt ES IIYSTÊrUQUES 233

Depuis, il ne s'est plus rien passé du tout. F'^lle s'est rétablie de sa fatigue; elle a eu ses règles normalement le mois suivant; elle a jni reprendre ses fonctions dans une école et a pu travailler sans aucune dilHculté. En un mot, depuis huit mois, elle n'a aucun trouble morbide. Elle vient seulement, un peu tard peut-être, demander ce qu'on pense de son accident bizarre et avec beaucoup de bon sens elle interroge sur le pronostic; en particulier peut-elle essayer de se représenter encore à ce fameux examen ?

L'accident est en effet intéressant, quoique nous n'ayons pas beaucoup de détails ; nous voyons assez bien une période de 12 heures pendant laquelle elle perd en grande partie la perception des choses extérieures et la direction volontaire de ses idées. Pendant cette période se déroule automatiquement une quantité de souvenirs, d'images associées relatives à tout ce qu'elle a appris pour l'examen et qui se manifestent surtout par des paroles. Après cette période et le sommeil consécutif, nous constatons une amnésie très nette, localisée au délire lui-même et létrèrejnent rétrograde puisqu'elle supprime le souvenir du retour. Cliniquement un pareil état se rapproche un peu du délire de l'attaque hvstérique, quoique à aucun moment il n'y ait eu de convulsions. 11 se rapproche davantage des somnambulismes, quoiqu'il y ait eu peu de perception de l'extérieur et peu d'adaptation de la conduite aux circonstances. C'est un somnandjulisme imparfait rempli par le développement automatique des souvenirs emmagasinés dans le cerveau pour l'examen. Comment un pareil état s'est-il produit ? nous ne pouvons dans notre ignorance que constater les faits cliniques. Il s'est produit à la suite d'une émotion violente. Celle-ci a comme toujours dissocié la synthèse mentale en supprimant les perceptions, les notions de la personnalité présente, la volonté, l'attention. Elle a en même temps déclanché le mécanisme automatique de toutes ces innombrables associations d'idées relatives h l'examen.

Pourquoi cette émotion d un échec a-t-elle eu ce résultat énorme ? Remarquons un détail curieux : c'est que cette émotion ne s'est pas exprimée au dehors, ne s'est pas dépensée en manifestations extérieures. Beaucoup de nos malades nous répètent sans cesse: si j'avais pu pleurer et crier je n'aurais pas eu d'accident. Ajoutons un fait très important, c'est qu'elle était au premier joui' de ses règles, ce qui détermine un éréthisme et une fail)lesse nerveuse toute particulière. Combien de fois n'avons-nous pas

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montré que les reiiiines clovicnncnL émotives, suggestiblcs, hypnotisables même à ce moment ([uand elles ne le sont pas dans rintervalle. Kiifin souvenons-nous que la fièvre typhoïde semblait avoir déjà diminué la résistance cérébrale de cette jeune fille et augmenté son émotivité. Nous ne pouvons guère faire des reehcrclies plus précises pour expli([uer l'apparition de cette période de somnambulisme au milieu (Tune santé normale.

Quel sera notre pronostic ? A notre avis il ne peut être que favorable. Cette jeune fille n'a pas eu d'autres accidents depuis 8 mois. Actuellement elle ne présente aucun stigmate de l'hystérie ; son attention et sa puissance de volonté semblent être restées tout à fait sufiisantcs ? Son accident prouve qu'elle peut être bouleversée par une émotion violente survenant au moment de ses règles. On peut en dire autant de la plupart des femmes. Pourquoi renoncer à une carrit'ic ([ui lui plaît, et refuser d'affronter un examen au([uel elle se croit suffisamment préparée ? Qu'elle prenne quelques précautions, qu'elle s'arrange, si c'est possible, pour ne pas être à la période de ses règles au moment de l'examen, qu'elle prenne ses dispositions d'abord pour être reçue, ensuite pour se consoler d'un échec et tout ira bien.

Obsihvatkix ()•■>. — Attaques hystériques par reproduction d'un état émotif systématique devenu subconscient. — Aura, perle de la seiisihdilé, syncope ht/pnolique, réveil (jrachiel de la sensibilité et de la conscience, observations plus anciennes de cette sijncope et de ce réveil graduel, somnambulismcs, lutte et terreur, amnésie des circonstances que reproduit le délire et des origines de l'obsession, antécédents, anesthésie, rétrécissement du champ visuel dans un seul œil. — Sommeil hypnotique, restauration des souvenirs, origine des attaques, dissociation de la mémoire personnelle, restauration des souvenirs pendant la veille, rétablissement de l'unilé menlale, disj)arili<>n des attaques, retour de la sensibilité normale, de l'attention visuelle, graphique des temps de réaction à des excitations visuelles avant et après le rétablissement des souvenirs.

Nous pouvons étudier ;i propos de cette jeune fille, Lie., âgée de 18 ans, ([uelques-uns des caiactères les plus importants et les plus communs de l'attaque hystérique. Elle [)résente, en effet, depuis deux ans des atta(|ucs convulsives très fréquentes, presque quo-

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tidiennes dans ces derniers temps. Ces attaques assez graves, qui peuvent se prolonger pendant plusieurs heures, sont assez caractéristiques pour que nous nous y arrêtions un peu.

La malade, qui est en général triste, se sent angoissée encore davantage, elle a envie de pleurer et a la gorge serrée. Elle nous décrit très bien la boule, le marron qui semble monter de l'estomac et qui Tétrangle. Ce n'est là, comme vous le savez, qu'un trouble de la sensibilité et un spasme de l'œsophage et du pliarvnx. Ce trouble de la sensibilité existe d'ailleurs sur d'autres régions, la malade à ce moment sent de plus en plus mal les impressions faites sur son corps, n'entend plus, ne voit plus clair et bientôt elle perd toute sensibilité pour tomber dans une sorte de syncope. L'un de nous a déjà beaucoup insisté autrefois sur ces arrêts complets de la sensibilité et de la conscience au début de certains sommeils hypnotiques et surtout au début des attaques '. Il a montré qu après cet arrêt complet de la conscience, les sensations et les images se réveillaient peu à peu d'une manière graduelle. Cette description ancienne se rapporte si bien aux attaques de notre malade que nous la rappelons brièvement. « La grande crise nerveuse de Rose présente un développement tout à fait identique à celui de son somnambulisme. Après un malaise initial plus ou moins long elle tombe brusquement évanouie. Les muscles sont flasques, la figure pfde, aucun geste ni aucun mouvement ne manifeste la conscience. Très souvent cette syncope initiale qui se prolonge assez longtemps chez elle amène des troubles respiratoires profonds et dangereux mais bientôt des mouvements commencent. Ce sont d'abord de petites trémulations dans chaque muscle sans mouvement d'ensemble, puis des mouvements

des membres mais complètement incoordonnés il me semble

que les mouvements d'abord tout à fait isolés et incohérents deviennent de plus en plus généraux et systématiques. l'ar exemple, au début, les muscles du bras se contractent au hasard, l'un s'opposant à l'autre, ce qui produit simplement une trémulation du bras et des flexions variées des doiofts. Maintenant les muscles s'accordent assez bien pour que les deux bras fassent de grands mouvements et viennent donner des coups de poings sur le même

point de la poitrine Mais peu à peu, après celte période de

convulsions et de contractures et se mêlant avec elles, car il

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