LES \TT\QUES DE SOMMEIL
normales et oui paru n'avoir sur lui aucune induenee. Quand le sommeil s'est proloiif^c ([uelque temps, au bout de ti'ois semaines par exemple, on noie un eeilain nondire de mouvemenis spontanés, la malade se retourne, retire ses pieds d'une houle trop chaude, éternue, cherche à se moucher. (]es mouvements augmentent lentement, elle ouvre les yeux et les garde ouverts plusieurs heures, sans rien dire, puis elle se soulève et se met à parler tranquillement comme s'il n'était rien arrivé. Presque toujours à ce moment elle dit qu'elle a faim, demande à manger et prend avec grand plaisir tout ce qu'on lui donne.
Tels sont les principaux états considérés Isolément. Il serait très curieux de comprendre leurs relations, de voir dans quel sens se font les grandes modifications cérébrales (juand elles passent de l'un à l'autre. Nous avons cru remarquer que le sommeil semble être le terme d'une série d'états en quelque sorte descendants dans lesquels les fonctions cérébrales sont de plus en plus réduites par un engourdissement qui va jusqu'au sommeil léthargique. Cette hypothèse se justifie assez bien par la considération des premiers états. D'un état presque normal ([ue nous n'avons guère vu, la malade tombe dans un état d'aboulie avec tristesse, idées obsédantes. La mémoire diminue, l'anesthésie s'étend d'une façon irrégulière par plaques et envahit surtout les viscères, comme l'estomac. Elle supprime les besoins, la faim, la soif. Puis la malade tombe plus bas dans une sorte de stupeur avec délire d'opposition et refus d'alimentation. La mémoire est plus réduite encore et l'anesthésie presque complète du côté droit. Ici, une difficulté se présente. Comment comprendre l'état mania(|ue, tantôt avec gaieté enfantine, tantôt avec rage terrible. Nous remarquons que, à trois reprises différentes, cet état est celui qui a précédé immédiatement le sommeil. D'autre part, il est évident que pendant cette période, la malade est encore moins lucide que dans les précédentes. Elle s'agite, 11 est vrai, mais elle ne comprend plus rien du tout. Il n'y a aucune coordination, aucune synthèse mentale. L'anesthésie, il est vrai, n'a pas toujours beaucoup augmenté, elle semble surtout au début avoir changé de côté et siéger à gauche ; mais d'abord, il est diflicile à ce moment de la vérifier et elle paraît quelquefois être générale. Nous croyons que malgré les apparences, l'engourdissement cérébral a augmenté pendant la période de manie. Un pas de plus et toute l'écorce cesse de fonctionner dans un état h'iharglque complet.
CONFUSION MENTALE, DÉLIRE MANIAQUE, ATTAQUES DE SOMMEIL '^î'J
Vn f;iit qui a été observé très neltcmcnt par la famille et que nous avons vu nous-mènie d'une manière remarquable une fois, c'est qu'après le réveil de ces grands sommeils, la malade entre au moins pour quelques jours dans un état tout à fait supérieur et beaucoup plus près de la normale, dans lequel elle a une mémoire fort étendue, portant même sur les périodes de délire. C'est un fait que l'un de nous a souvent observé chez de grands malades, après des sommeils arlificiellemcnt prolongés pendant quelques jours. C'est sur ce fait que M. Wettcrstrand a fondé une thérapeutique qui peut avoir de l'intérêt. Il n'est donc pas surprenant que le sommeil spontané ait ici le même résultat. Nous dirons donc en résumé que la marche des phénomènes semble être la suivante : chute de l'activité cérébrale au-dessous de la normale, état d'aboulie, état de stupeur, excitation maniaque, sommeil léthargique,
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FiG. lô. — Représentation schématic|ue des divers états de l'activité cérébrale par lesquels a passé Vig. pondant un an. Ces états semblent pouvoir être échelonnés entre l'état normal figuré par la ligne supérieure A B et le sommeil profond avec inertie cérébrale complète représenté par la ligne (' U. Le principe de celte représentation se trouve exposé à propos d'un schéma du même genre dans notre étude précédente sur les accidents mentaux des Injstvriques, p. '22G.
puis réveil dans un état presque normal. Malheureusement l'activité cérébrale ne reste pas à ce niveau et la chute recommence en parcourant plus ou moins régulièrement les mêmes phases. Quelquefois le réveil est moins ]n)n, la malade remonte moins haut, jusqu'il la période d'agitation seulement, mais alors elle ne tarde pas à se rendormir. Elle se réveille mieux et monte jusqu'à la période de tristesse, puis elle retombe. Ce sont ces oscillations qui lui donnent les différents aspects que nous avons observés.
Dans un précédent travail, l'un de nous a déjà essayé de représenter des faits à peu près semblables, quoique dans son observation les chutes fussent infiniment moins profondes. Elles n'a-
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menaient pas des [)hénomèncs aussi oravcs de stupeur et de léthargie, mais il y avait déjà les ascensions à la suite de sommeils prov()(|U(''s et les chutes lentes ou rapides de l'activité cérébrale au-dessous de la luuinale avec augmentation des anesthésies et des amnésies. Le schéma dont il s'était servi à ce propos ' pourrait encore, quoique évidemment avec plus de difilculté, être appliqué ici, et il nous permet de construire la figure 15 qui a l'avantage de résumer lesdifTérentes phases par lesquelles a passé la malade. Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir continuer cette intéressante observation. Il n'est pas probal>le qu'une pareille succession de phénomènes se prolonge indéfiniment et nous serions très curieux de voir leur évolution. Malheureusement depuis quelque temps Vig- est presque constamment en état maniaque et nous ne sommes pas installés pour conserver une malade semblable.
Nous avons écrit dernièrement pour demander des nouvelles de Vig. à l'asile de province dans lequel elle est enfermée depuis un an. On nous répond qu'elle a présenté au début pendant quelque temps des alternatives analogues à celles que nous avons observées nous-mêmes, mais que depuis huit mois elle n'a pas changé d'état et reste constamment dans un état de stupidité. S'agit-il de la période de confusion avec résistance que nous avons observée ou s'agit-il d'un début de la démence qui, suivant la remarque de M. Jules Falret, est toujours à redouter dans les grands délires hystériques, nous ne pouvons le décider sans avoir revu la malade.