I.Mi I.AMNKSIK CONIINUK
exemple un mois de s;i vie; iiiius |)('iitl;ml {■(; mois picccdoiit il avilit «Ml mit' iiH'moirc normale el une lieiir(> avant l'aecidenl, il aurait pu raconter ee (jui s'était passé huit jours auparavant. Les personnes <jui ont do longues périodes de somnambulisme ou de vigilandmlisme, comme Félida, Mary Reynolds, etc., oublient en «Miliaiil dans Télat II les événements survenus peiulaiil l'état I; mais quand elles étaient dans l'état I elles gardaient les souvenirs de ce même état et avaient nnc mémoire étendue au moins sur ([iiebiucs joui's. (l'est d'ailleurs celte acquisition des souvenirs |)endant l'étal de vigilambulisme qui permet la suggestion, le dressage, la constitution d'un caraelère, d'un(> seconde existence pendaiil cet état. On peut su|)poser des sujets (|ui j)résentent des périodes très nombreuses et très variées de telle manière que toutes les heures par exemple ils changent d'état et oublient l'état précédent. Une maladie de ce genre a été observée quelquefois peiidanl quelques heures, prolongée pendant un an elle serait bi(Mi anormale. Mais, même dans cette supposition, les souvenirs seraient conservés pendant une heure. En un mot, le trouble de la mémoiic de M""' D. ne peut guère être comparé aux amnésies localisées, c'est une disparition continuelle au moins appaiente de l'enregistrement des phénomènes. Sans doute ce cas n'est pas unique, car aucun fait n'est unique, je viens d'(Mi rapprocher des cas analogues, et on trouve des caractèies du même genre dans les amnésies qui accompagnent les névrites périphériques et ([ui ont paiticulièremenl été étudiées par M. Korsakolï", mais ce cas présente avec une précision reniar(jual>le le !>['<' d'une forme d'amnésie |)arliculière qui d(>mande une étude distincte.
l'.n dehors de son amnésie, celte femme semblait avoir conservé une boiinne santé et ne pr<'"sentail aucun trouble orgaiii«|u<'. Kn pli II ieulier, sauf dans ([uelques lares moments de délire qui ne s(»iil survenus (pi'à la fin de la maladie, elle mangeait avec ap|)élil el (ligi-iail fort bien. Ne se souvenant pas de ses repas, «die jugeait «pi file a\ ail mang('' ou ii«ni par Tel at de son appel il . f'Jh' ne présentait pas non pi us en dehors de 1 amnésie d au I res troubles int(dlectuels au moins bien appareil Is ii un premier examen. Il est essentiel de ieiiiai«|uer un fait très imporlani sur le«ju«d j'aurai d'ailleurs il revenir, c'est tju'elle najamais jU'èscnU'' aucune (inestJu'sie. \a\ recherche des anesthési«'s a été faite un très grrand nombre de fois et de toutes manières, car (!harc«>l désirait vivem«'iit retrouver chez ellr les sligiiiates de l'hvstene, elle ;i louj«)urs doiiiié un résultat
m'-Piitir. M'^'^D. avait une sonsibililé tactile et nitisculairc normales
au moins en apparence, elle entendait bien, elle voyait parfaitement et le champ visuel n'était pas rétréci. Elle parlait aisément et correctement; le langage en effet, comme beaucoup d'autres connaissances, faisait partie des souvenirs antérieurement acquis. Tous les souvenirs anciens jusqu'au 1 4 juillet inclusivement étaient conservés avec la plus grande précision. Elle racontait facilement toute sa vie passée. Elle raisonnait assez bien, et comprenait les questions qui n'étaient pas exprimées trop longuement : elle était même capable de faire quelques petites opérations arithmétiques, à la condition de regarder constamment les chiffres écrits.
M""' D. ne semblait pas éprouver du lait de son amnésie une pertui'bation aussi grande qu'on aurait pu le supposer a /.>/7'o/7'. Elle vivait de la vie normale et semblait douée d'une résignation singulière : elle se laissait mener de tous côtés sans résistance, elle répondait correctement h ceux (pii l'interrogeaient, quoiqu'elle ne reconnût personne; elle se soumettait à la vie des malades de la Salpétrière, quoiqu'elle ne sût, ni où elle était, ni pourquoi elle était l;i. En un mot, cette malade montrait une indifTérence et une tranquillité que nous n'aurions pas eues, il nous semble, si nous avions été dans cette situation.
Elle avait conservé, du moins nous avons cru le remarquer, la notion vague du temps écoulé. Par exemple, elle avait conservé un souvenirexact du 1 't juillet et elle en parlait comme d'un événement éloigné, elle savait bien que nous n'étions pas au lendemain du 14 juillet. Mais ce qui rend cet examen difficile, c'est qu'elle suppléait presque toujours ;i l'absence de mémoire par le raisonnement ; elle devinait le mois de l'année d'après l'aspect du ciel, d'après les feuilles des arbres; elle jugeait de l'endroit où elle se trouvait d'après l'apparence de la maison. « Nous devons être en automne, disait-elle, les arbres perdent leurs feuilles ; ce doit être ici un hôpital, et ce n'est pas celui de M... Je ne connais pas ces vêtements (jue j'ai sur moi, mais on a dû me les acheter, certainement je ne les aurais pas volés. » Enfin elle se rendait compte de sa maladie et avait imaginé de suppléer à la mémoire absente par l'usage de l'écriture. Elle portait constamment un petit carnet sur lequel elle écrivait, dès qu'ils se produisaient, les événements les plus saillants, les notions les plus utiles. Elle écrivait par exemple : « Je suis à Paris, à la Salpétrière, j'ai vu ce matin M. Charcul. » (^uaiid quchpi nii 1 iiiterrogoail, par raisoMnemciil
i:-: i.'\MNr.sir. contim f
on jKir lin aclr iiisliiictif, c[uo nous comprendrons bientôt, elle cluTcluiit son calopin ot lisait la phrase. Rlle écrivait aussi les renseigncnienls indispensables pour se conduire dans la maison. {( Pour allei- du cabinet du médecin à la salle, aller tout droit, rentrer à la première grille à gauche, etc. » Dès qu'elle sortait du {abiiiel, elle tirait son carnet et marchait en lisant les indications ; elle arrivait ainsi sans encombre à rentrer chez elle. Dans son mtMiaijfe, elle arrivait à faire la cuisine, en écrivant mot ;i mot tout ce qu'elle faisait: « .lai mis de l'eau... j'ai mis du sel, etc. » Grâce à sa résignation, au raisonnement et au calepin, elle pouvait se conduire à peu près comme tout le monde et ne manifestait ]ias trop au dehors le trouble étrange de sa mémoire.
Pour faire comprendre avec précision un cas de ce genre, il serait intéressant de pouvoir le représenter d'une manière graphi([ue, mais nous nous heurtons au problème assez difficile et curieux de la représentation graphique des amnésies. Charcot et Soucpies ont déjà essayé de représenter par un symbole le cas précédent et nous reproduisons leur dessin dans la figure IG.
Le schéma de Charcot (fig. 16) fort simple ne permet guère de préciser les détails psychologiques et n'est intelligible que par le commentaire. Je me suis souvent servi de la figure suivante (fig. 17) pour représenter les amnésies des somnambules, on peut l'appliquer au cas actuel. La ligne horizontale AB représente le cours de la vie du sujet et les bandes parallèles représentent la mémoire ou plutôt les diverses mémoires que le sujet peut avoir de ces événements, i^our trouver représentés les souvenirs que le sujet pouvait avoir à une époque donnée, il faut rechercher cette époque sur la ligne inférieure, par exemple juin 1891, élever k ce point une perpendiculaire jusqu'à la bande qui représente la mémoire que l'on considère, puis lire les dates que cette bande recouvre du côté gauche de la figure, les espaces noirs représentent les périodes d'amnésie, les espaces clairs les souvenirs des événements sous-jacents. On voit ici la première mémoire 1 se j)i()l()nger normalement jusqu'au 28 août, puis s'interrompre définitivement, une autre forme de la mémoire est représentée en 2, elle ne s'étend que jusfju'au l 't juillet et n'existe plus davantage, l'amnésie continue à partir du 28 août, est représentée par les bandes noires ; on verra [)liis loin la troisième mémoire que représente la ligne \].
LES OIÎSEIWATIONS Ligne de la vie de M«« D. depuis la naissance jusqu'au 31 décembre 1891
Période normnle (près de 34 ans de durée) de la nais- ( sance au 1 i juillet lcS91.
B — 14juilletI891, lOheuresdusoir.
Période d'amnésie rétrograde (15 juillet-28 août 1891).
Période de la crise d'hystérie, amnésie de la crise (28 août- 31 août 1891).
28 août 1891 (événement causal, début de l'attaque d'hystérie).
31 août (fin de l'attaque d'hys-
Période d'amnésie antéro grade (31 aoùt-22 décem- <' bre 1891).
térie
E 22 décembre 1891 (jour de la leçon de Charcot sur cette malade).
FiG. 16.