‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 242 sur 326 · G TREMBLEMENTS ET CIIOUEES · texte numérisé non relu

G TREMBLEMENTS ET CIIOUEES

2 grammos et souvent une de 1 gramme. C'est lii une sensibilité normale et plutôt fine. Nous savons, il est vrai, les modifications que relTort d'attention peut déterminer dans les anesthésics des hystériques, mais de toute manière l'anestliésie si elle existe doit être bien légère. Ce tremblement ne peut donc être rangé dans la première catégorie et rattaché à l'hypoesthésie et à l'amyosthénie. 11 nous paraît au contraire en rapport avec des phénomènes émotionnels.

Cette jeune fille, abandonnée d'ailleurs par sa mère et livrée à ses propres ressources, s'est fiancée avec un brave garçon et a voulu se marier. Mais comme elle est encore mineure, elle a dii demander le consentement de sa mère qui le lui a refusé. Depuis elle vit avec ce jeune homme qui est devenu son amant. Mais elle s'inquiète, se désole et très souvent va supplier sa mère de donner un consentement qui est toujours refusé; elle ne peut se résigner à attendre tranquillement sa majorité. Aussi est-elle constamment préoccupée, irritée contre sa mère et désolée de sa situation : la nuit elle rêve qu'elle voit sa mère, elle lui parle tout haut, discute avec elle et se fâche encore. Son amant qui l'a bien observée nous dit que dans la journée son tremblement, qui ne cesse jamais, augmente beaucoup toutes les fois qu'elle parle de ces choses ou qu'elle y pense et que, la nuit, le tremblement arrêté pendant le sommeil réapparaît au moment où dans un songe elle se fâche contre sa mère.

Si le tremblement est ici continuel, ne remarquez-vous pas que l'émotion elle-même est devenue continuelle. Cette émotion n'existe pas uniquement à propos de certaines occasions réelles, un événement terrifiant, une scène de famille qui se renouvelle; elle existe sans occasion extérieure. C'est qu'elle dépend maintenant non seulement de la situation elle-même, de la malade, mais encore d'un souvenir, d'une rêverie qui se reproduit sans cesse. Le tremblement dépend maintenant d une émotion persistante, d une véritable idée fixe.

Obseiivation 92. — Hallucination kinesthésique du tremblement. — Trcinhlcmcnl, (/nèrison, linllncinHlion du Ircmhicmcnl, hnUucinnti(>n /tincslhcsi(fue de la chorce, ;inlcccdciils, terreur, ciuolinn pcrsistnule.

Si nous vous présentons cette malade, Mig-, âgée de 21 ans.

fort analogue h celles que vous avez déjà vues, c'est à cause d'un petit détail assez curieux de son observation.

Cette malade tremble un peu, en ce moment, en entrant dans la salle, vous pouvez voir les petites secousses rapides de ses mains ; elle a tremblé très fortement et très longtemps il v a quelques mois. Mais il faut reconnaître que maintenant son tremblement paraît souvent sarrèter dune manière à peu près complète. C'est-à-dire qu'un observateur considérant cette personne pendant ces instants dira qu'elle ne tremble pas et que même à ce moment l'enreoistrement du mouvement de ses mains nous fournira une ligne droite. Eh bien, c'est là le petit point de l'observation que nous voulions vous signaler, la malade même à ce moment soutient qu'elle continue à trembler, presque aussi fort qu'auparavant. Il V a chez elle ;i ce moment une contradiction curieuse entre le sentiment intérieur qu'elle éprouve et le mouvement réel de ses membres, tel qu'on peut le voir à l'extérieur. Pour expliquer cette contradiction, nous sommes forcés de dire qu'elle a des perceptions inexactes, des images du sens musculaire qui ne correspondent pas à la réalité. L'un de nous a décrit autrefois sous le nom d hallucination du sens musculaire 1 illusion d'une malade qui prétendait avoir la chorée, sentir les mouvements de son bras, quoique celui-ci lût parfaitement Immobile '. Peut-on dire qu'il y a ici de même une sorte d hallucination du tremblement?

A quel propos ce tremblement a-t-il commencé ? Nous retrouvons encore ici la même étiologie. Cette malade est, comme vous le vovez, une jeune fdle faible, un peu contrefaite. Ses parents semblent à peu près normaux, sa mère est seulement un peu nerveuse. I/enfant eut à l'âge de deux ans un accident mal déterminé qu on apj)ella fièvre cérébrale, puis elle eut la rougeole à six ans ; elle resta faible, sujette à des maux de tête qui ont fort diminué quand les règles sont apparues un peu tard, à IG ans.

Une grande terreur qu'elle éprouva à l'âge de 19 ans fut le point de départ des accidents nerveux. Etant domestique, elle fut envoyée par sa maîtresse chercher un paquet à l'étage supérieur. Un homme la suivit dans l'escalier, entra dans la chambre, la renversa et voulut abuser d'elle. Elle parvint cependant à s'échapper et rentra toute bouleversée. Pendant trois jours elle resta comme hébétée, sans cesse effrayée par des hallucinations qui lui repré-

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