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Stigmates mentaux des hystériques

regarder sa jambe pour avoir la notion de son existence. Ce sentiment particulier n'existe pas au même degré pour le bras, quolqu il nous paraisse présenter objectivement une anesthésie identique, mais il est cependant certain que la malade peut plus facilement par l'attention en recouvrer au moins partiellement la sensation et le mouvement. L'anesthésie s'étend également sur une grande partie de la face du côté gauche. Elle est beaucoup moins complète sur le tronc quoiqu'il y ait une forte hypoesthésie à oauche. Le côté droit est loin d'avoir une sensibilité normale.

FiG. ôl. — Répartition de la sensibilité cutanoe chez Bno. IH Ancslhésie. ^=^ Hypoesthésie légère.

^^^ Hypoesthésie plus accentuée.

Il y a hypoesthésie et même dysesthésle plus accentuée aux membres. Les sens spéciaux sont fort diminués, le goiit et l'odorat très réduits, l'ouïe très diminuée du côté gauche. L'acuité visuelle qui est presque normale à droite n'est que de 1/10^ à gauche. Enfin le champ visuel présente un détail à remarquer qui est beaucoup moins rare qu'on ne le croit : il est très réduit à gauche, à 30° seulement et il est beaucoup plus étendu, presque normal à droite. C'est une forme à noter, car jusqu'à présent elle s'explique difficilement dune manière analoniique. L'engourdissement du lobe occipital de l'hémisphère droit qui s'accorde assez bien avec

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tous cos troubles localises au eôt»' gauche pioduiiail Ihémiopie gauche et non le rétrécisseuienl coiicculii(|ue tlaus l'œil gauche avec champ visuel normal :i droile. Quoi qu'il en soit de ce petit problème, il est trop évident qu'il s'agit ici d'une hémiplégie hystérique.

Enfin, nous voudrions vous signaler en passant un trouble trophi([ue curieux qui semble s'être surajouté à ces divers phénomènes hystériques, puisqu'il s'est développé depuis un an. Nous voulons parler d'une altération des dents. Aux deux incisives supérieures médianes et un peu moins fortement aux deux incisives lat(''rales nous avons observé une bande d'un noir intense située à la base de la dent près du collet. L'émail a disparu et la dentine s'est transformée en ce tissu noir, très dur, sans qu'il y ait aucune douleur ; ce croquis bien imparfait (figure 52) peut

FiG. 5"2. — Aspect des dents incisives supérieures chez Bno.

vous donner une idée de l'aspect des dents. C'est une forme de carie sèche qui nous semble en rapport avec des troubles de la nutrition.

C'est sur l'évolution que nous voudrions insister un peu. Bien souvent les paralysies hystériques, suitout les monoplégies se développent assez rapidement à la suite d'une attaque ou à la suite d'une violente émotion. Ici l'hémiplégie s'est développée lentement et graduellement en deux ans. Les débuts mêmes de la maladie sont évidemment en rapport avec des émotions, Bno... a été surtout frappée par la mort de ses deux sœurs qui ont succombé à peu de mois de distance à la méningite tuberculeuse. Mais l'émotion n'a pas été la cause directe et immédiatement précédente de l'héiniph'gie ([ui s'est développée graduellement deux ans après. Ce qui nous paraît en rapport direct avec Ihémiplégie ce sont tout simplement les phéMomènes d'anesthésie. Bno... a eu une foule d'accidents hystéricjues variés, en rapport avec ses prédispositions héréditaires, bien entendu, et les chagrins dont nous avons parlé. Ces accidents surtout viscéraux, ces rêveries continuelles ont épuisé son cerveau, tristesses, distraction, rétrécissement du champ de la conscience et natuicllement du champ de

l'activité cérébrale. Ces phénomènes se sont manifestés dès le début par la diminution de la sensibilité du côté gauche. Cette anesthésie, d'abordlégère, aété sans cesse enaugmentant. Au début, il suffisait il la malade de faire un effort d'attention, de diriger cette attention sur les membres du côté gauche pour en recouvrer la sensibilité ; encore aujourd'hui, on peut assez facilement, en dirigeant son attention, lui faire reprendre la sensibilité et le mouvement du bras gauche. Mais cet effort d'attention elle a de plus en plus négligé de le faire, la dissociation a été de plus en plus complète entre ces sensations, ces images et le reste de la personnalité. Les centres se sont pour ainsi dire isolés et par là même engourdis, engourdissement qui n'est pas suffisant pour troubler les fonctions trophiques et qui peut encore être dissipé par un effort d'attention mais qui cependant a été sans cesse en augmentant. La paralysie a été le terme de ce rétrécissement graduel de la conscience et de cette anesthésie croissante.

C'est cette forme de paralysie qu'avaient en vue autrefois Burq et plus tard M. PaulRicher' quand ils considéraient la paralysie hystérique comme le dernier terme de l'amyosthénie qui accompagne l'anesthésie. L'un de nous, en insistant sur cette forme de paralysie, qu'il décrivait comme une des plus importantes, remarquait déjà que ce sont surtout les hémiplégies qui rentrent dans cette description'. Les paralysies déterminées par l'émotion peuvent aussi prendre cette forme, mais, semble-t-il, un peu plus rarement. Ce nouveau cas, dans lequel la paralysie s'est développée lentement à la suite d'une anesthésie croissante, semble justifier ces interprétations.

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