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CONTRACTURES DES PIEDS EN VARUS

Vous remarquerez que les deux jambes tombent entièrement flasques et que vous pouvez déterminer sans rencontrer de résistance des mouvements passifs de la hanche et du genou. Au contraire vous ne pouvez pas remuer les pieds qui gardent une position fixe en varus légèrement équin, surtout accentuée pour le pied droit (fig. G5). Il y a là des contractures très nettes qui se surajoutent à la paralysie du reste de la jambe. Ici encore, nous pouvons nous poser la même question que précédemment. Pourquoi cette conti'acture particulière surajoutée à la paralysie des deux jambes? Ici encore nous ne pouvons pas parler de hasard, déterminant une position particulière au moment où la malade perd la disposition de ses muscles. Voilà la quatrième fois que nous vovons la paraplégie recommencer avec le même aspect.

Examinons rapidement l'hypothèse que nous pouvons vous proposer pour expliquer la réapparition régulière de ces contractures des pieds en même temps que la paraplégie. D'après les affirmations de la malade, et d'ailleurs d'après nos propres observations, car l'un de nous a connu la malade dès le début, cette contracture des pieds n'existait pas lors du premier accès de paraplégie. Quand la malade fut à moitié guérie, elle essaya de marcher avec des béquilles, en traînant des pieds comme elle pouvait. Or ses pieds, sans aucune résistance, prirent une position fausse sous le poids du corps et se tournèrent en dedans, surtout du côté droit, sur lequel elle s'appuyait davantage. C'est d'ailleurs ce qui arrive fréquemment quand on essaye de marcher malgré la faiblesse des muscles de la jambe. Pendant longtemps on pouvait voir la malade errer dans les cours de l'hospice, appuyée sur des béquilles et traînant ses pieds tournés en dedans. Elle sait parfaitement, prétend-elle, qu'à ce moment les pieds ne résistaient pas et que l'on pouvait très bien par un léger effort les redresser. La paralvsie guérie, il ne fut plus question de cette position anormale des pieds. Maintenant quand la paralysie réapparaît, les pieds reprennent d'eux-mêmes la même position en varus, surtout du cê>té droit, c'est-à-dire reprennent la position qu'ils avaient conservée si longtemps quand la malade marchait mal au moment de la guérison incomplète. Seulement cette position est maintenant fixe et en rapport avec une contracture. Il nous semble probable qu'au moment où la paraplégie se reproduit, un état psvcho-phvsiologicpie se réveille, qui rappelle tous les souvenirs des périodes où la malade était dans le même état,

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en particulier les souvenirs de cette marche Ijizarre, avec les pieds tournés en dedans. La paraplégie s'est compliquée d'une habitude relative à une marche particulière, et cette habitude réapparaît d'une manière subconsciente à l'insu de la malade, dès que la paraplégie est de nouveau à peu près complète. Dans ce cas comme dans le précédent, la contracture qui accompagne la paralysie, ne nous parait pas un fait insignifiant survenant par hasard, elle est en rapport avec le développement subconscient d'images particulières, déterminées par des souvenirs anciens, images dont le cerveau dissocié est incapable d'arrêter le développement.

Les troubles du langage sont si complexes et si étudiés aujourd'hui que nous ne pouvons entrer incidemment dans leur analyse. Nous ne ferons qu'une simple remarque. La plupart des auteurs n étudient la pathologie du langage que chez des malades présentant des lésions organiques du cerveau. Il faut savoir que Ion peut rencontrer les mêmes troubles, peut-être avec une précision plus grande encore au cours des névroses. Nous pensons que toutes les formes d'aphasies peuvent se touver chez des hvstériques et que chez ces malades, la dissociation des diverses fonctions du langage peut être particulièrement nette et précise. Nous n'insistons que sur ce point à propos de ces trois cas de mutisme, d'aphasie motrice et de surdité verbale.

Observation 132. — Mutisme hystérique. — Anlêcédenls, terreurs, nliacfues, vomissements, hémiplcc/ie droite incomplète, contractures, aneslhésies, mutisme et aphonie, contracture des muscles du cou, un cas d'aphonie sans mutisme, aucun autre trouble du langage, centre du langage, douleur cérébrale à droite.

Nous voudrions vous faire remarquer un détail parmi les nombreux symptômes que présente cette jeune fille, détail qui fait songera une localisation anatomique. Comme le fait est assez rare dans l'hvstérie, il est bon de le signaler.

Cette jeune fdle, Ism., âgée de 21 ans, présente depuis son enfance un grand nombre de phénomènes hystériques. Son père,

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loiijoiiis ivre, a mis le désordie et le inallieur dans sa fainille ; après avoir battu la mère el eaiisé coiitimiclleinent des teneurs à reniant, il les a abaiuloiiiiées (juand eelle-ei avait làge de 7 ans et il est mort ilepuis. Cette enfant bien portante d'abord, mais toujours un peu triste et sans énergie, commença les crises d'instérie dès Tàge de 5 ans, ii pi-opos des ivresses de son père et des scènes de famille qui la bouleversaient. Elle ne cessa jamais complètement ces accidents nerveux cpioiqu'olle se calmât un peu après le départ du père, j'dle conservait des émotions et des terreurs dès (lu'elle pensait au souvenir {[uellc avait conservé de lui. Sous l'inilueiice de tristesse et d'ennuis, ses attaques de nerfs auiïmentèrent à l'àffe de 16 et 17 ans et continuèrent plus ou moins fréquentes jusqu'à maintenant. Dès son enfance, ou plutôt dès les premières grandes terreurs causées par les ivresses du père, elle présente un second symptôme qui a également été en se développant. Dès qu'elle était elTrayée, elle ne pouvait plus manger et vomissait même son repas, l'appétit resta très capricieux, disparaissant pour la moindre émotion et depuis quelque temps elle présente une anorexie incomplète avec des douleurs à l'estomac et de temps en temps des vomissements. Ces troubles de la digestion sont en rapport non seulement avec des altérations de la sensibilité viscérale, mais avec des spasmes et des contractures surtout importantes dans le côté droit de l'abdomen. A ces symptômes anciens sont venus s'en ajouter depuis cette dernière année d'autres peut-être plus graves. Graduellement à la suite des crises, elle a senti la force de ses membres diminuer et elle a présenté plusieurs attaques de paralysie incomplète. Une fois, les deux jambes furent prises, mais le plus souvent la paralysie siège comme maintenant surlajambe droite seule. La jambe droite conserve une attitude permanente que vous remarquez facilement, le genou légèrement fléchi, le pied tourné en dedans. Cette attitude est due à des contractures incomplètes que l'on peut assez facilement faire disparaître ; ce qui persiste d'une manière plus grave, c'est la paralysie du membre inférieur droit, avec un certain degré d'atrophie musculaire (figure 60). Le bras droit n'est pas aussi malade que la jambe, mais il présente cependant un état parétique très accentué : le dynamomètre qui marque 18 à gauche ne marque que \ à droite. Ces troubles de la motilité s'accompagnent bien entendu de troubles très nets de la sensibilité. Tout le côté droit a une sensibilité moindre que le côté gauche.

On constate une légère différence sur la tète, sur la poitrine où la sensibilité n'est que légèrement amoindrie. L'anesthésie est au contraire beaucoup plus forte sans être tout à fait complète sur la jambe droite jusqu'au haut de la cuisse et sur le bras jusqu'à l'épaule. A ces anesthésies s'ajoutent des points douloureux surtout superposés aux contractures des muscles de l'abdomen et de l'estomac, ainsi qu'une douleur de la tête sur laquelle nous reviendrons (figure 67).

Enfin voici un dernier accident qui nous paraît le plus curieux et sur lequel nous insistons. De temps en temps, à la suite d'une petite attaque déterminée par une émotion quelconque, elle perd compleleinent la parole.

Vous remarquez son attitude, la figure est intelligente, éveillée, elle sourit tout le temps, comme si elle voulait s'excuser et comme si elle sentait le ridicule de son état. Quand on lui adresse la parole, elle grimace, rit, lève les épaules, mais ne peut absolument rien répondre et garde le silence le plus complet. Dans ce silence, il nous faut distinguer deux phénomènes qui sont ici réunis, mais qui peuvent très bien être séparés. D'abord elle ne peut faire entendre aucun son, aucun bruit, elle est aphone. Ce premier phénomène est dû à l'immobilité des cordes vocales en rapport ici probablement avec de la contracture, car vous remarquerez que, en même temps les muscles du cou, surtout en avant, sont légèrement contractures, la malade peut difficilement relever la tête, la tourner et elle paraît souffrir beaucoup si on veut modifier son attitude, ou si on presse sur les muscles du cou.

Le second phénomène, c'est qu'elle ne fait aucun mouvement d'articulation avec la langue ou avec les lèvres, c'est en vainque nous la prions de murmurer des mots, sans faire de bruit. Elle

FiG. GG. — (Juuluicluic de 1.1 jambe droite avec légère atrophie chez Ism.

lu* sait plus comment s'y proiulre et elle ne sait pas davantage imiter les mouvements de nos lèvres. Remarquez cependant qu'elle peut ouvrir la bouche, la fermer, souiller, embrasser, faire en un mot tous les mouvements (jui ne sont pas ceux du langage. C'est la fonction du mouvement des lèvres dans la parole qui a disparu; c'est là, comme vous savez, le mutisme surajouté à l'aphonie. Les deux choses ne sont pas toujours réunies. Voici une autre malade He. qui est aussi, remarquez-le, paralysée de la jambe droite : à la suite d'attaques délirantes, elle est restée aphone,

FiG. Ii7. — Répartition de la sensibilité cutanée chez Isni. jil.^l Légère hypoesthérie.

■ Hypocsthésie plus accentuée.

+++ Dysesthésie.

pouvant h peine faire entendre un bruit rauque, mais elle parle cependant, faisant tous les mouvements des lèvres, de la langue et parvenant à se faire comprendre. Ism., au contraire, a simultanément de l'aphonie et du mutisme.

Il est intéressant d'étudier la fonction du langage dans un cas de ce genre : nous relevons d'abord un fait qui nous surprend toujours et qui a été bien mis en relief par Charcot, c'est la netteté du trouble et son absence de généralisation. Un aphasique a presque toujours conservé quelques mots qu'il peut prononcer et, d'autre

MUTISME IIYSTÉRIQLE 451

part, il présente presque toujours des troubles dans raudition des mots, dans la lecture, dans l'écriture. Vous ne trouverez rien de semblable ici: d'une part, la malade ne peut pas dire un seul mot, elle n'essaye même pas de prononcer comme les aphasiques un son quelconque ou comme elle est aphone de remuer les lèvres d'une façon quelconque. Elle paraît avoir complètement oublié l'usage de la bouche et des lèvres dans la parole. C'est d'ailleurs surtout cette attitude qui distingue le mutisme de l'aphasie proprement dite. D'autre part, la malade ne présente absolument aucun autre trouble des fonctions du langage en dehors de celuilà. Elle entend tout admirablement, elle lit correctement et fait tous les mouvements qu'on demande par la parole ou qu'on lui indique par écrit. Elle écrit très bien, soit qu'elle écrive spontanément pour exprimer ses pensées, soit qu'elle écrive sous la dictée ou en copiant un texte imprimé ou écrit. Elle est même très disposée à écrire et, comme Charcot l'avait déjà remarqué à propos de ces malades, elle se précipite sur un papier et un crayon pour répondre par écrit aux questions sans essayer de parler. C'est le système des images motrices du langage vocal qui, seul, est altéré ; cela apporte évidemment une certaine gène dans la pensée. Quand elle est guérie, elle nous raconte que pendant ces périodes de mutisme elle éprouve deux sentiments, tantôt il lui semble qu'elle sait très bien ce qu'elle veut dire, mais qu'elle ne sait pas l'exprimer au dehors, tantôt il lui semble qu'elle ne sait pas non plus ce qu'elle voudrait dire. Ce dernier trouble n'existe que dans la pensée spontanée. Il n'existe pas quand on lui pose une question ou quand on lui donne un ordre, car alors elle sait très bien la réponse à faire par écrit ou l'acte à exécuter. 11 n'y a donc de gêne que dans la représentation des pensées par les images kinesthésiques du langage.

11 est bien certain qu'il y a dans ce cas une fonction cérébrale bien spéciale qui est troublée, ou si l'on veut un centre cortical qui ne fonctionne plus d'une façon normale en accord avec les autres. Nous connaissons assez le centre de l'aphasie motrice pour supposer qu'il y a ici une altération située au même endroit, tout en remarquant qu'elle est, dans le mutisme hystérique, mieux isolée et mieux systématisée que dans l'aphasie organique. Le détail que nous voulions relever à ce propos, c'est la coïncidence d'une paralysie du côté droit avec l'aphonie et le mutisme. C'est, comme vous savez, la règle dans l'aphasie organi(pie; nous n'oserions pas

en dire autant pour le mutisme hystéii([ue, nous avons observé des cas de mutisme avec troubles du mouvement du côté gauche, mais si la règle nVst pas d'une application aussi rigoureuse dans l'hystérie, elle existe néanmoins. L'un de nous a recueilli une di/aine d'observations analogues aux deux précédentes, dans les- (juelles il y a coïncidence entre le mutisme plus ou moins complet et l'hémiplégie hystérique à droite. Des faits de ce genre sont à relever pour entrer peu à peu dans l'étude anatomique de l'hystérie.

Nous ne pouvons pas malheureusement compléter cette étude, en tenant compte de la localisation des douleurs cérébrales décrites par la malade. Les douleurs qu'elle décrit sont toujours localisées à droite sans rapport avec la circonvolution de Broca. Les douleurs sont tantôt au-dessus du sourcil à droite, et plus souvent au vertex, le long d'une bande qui part du vertex et se dirige obliquement vers l'oreille droite. Ici encore, suivant une remarque que nous avons déjà faite, on pourrait dire que la douleur parait siéger au point de rencontre des sutures crâniennes et même ici le long de la suture du frontal et du pariétal droit.

L'aphonie et le mutisme de cette malade ne semblent pas avoir une grande gravité. Ces phénomènes dispai'aissent d'ordinaire spontanément après une nouvelle attaque et d'ordinaire ne durent que quelques jours. Une seule fois, il y a un an, ils ont duré pendant 5 mois, La paralysie de la jambe droite, les contractures de l'abdomen sont beaucoup plus tenaces, et en rapport avec l'émotivité énorme de la malade. On fait disparaître assez facilement ces accidents, en dirigeant l'attention de la malade et en modifiant les sensations par le massage. Malheureusement ils réapparaissent jusqu'à présent avec une facilité désespérante.

Observation 133. — Aphasie motrice. — Anlécêdenls, attaques convulsivcs, êlal pns.saqcr d'aphnsie, description, troubles de récriture, caractères hystériques, dissociation des fonctions, parésie droite.

On admet assez communément l'aphonie et le mutisme hystériques dont nous venons de voir deux exemples, mais on n'est pas bien d'accord sur l'existence du syndrome de Vapliosie proprement dite chez les hystériques. Nous ne voulons pas cnlrei' dans cette

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