‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 276 sur 326 · APHASIE MOTRICE · texte numérisé non relu

APHASIE MOTRICE

grosse question, mais seulonipnt soulever le problème à propos d'un cas particulier. Voici une malade que vous connaissez déjà, ly., âgée de 25 ans. Vous savez qu'elle nous a présenté les phénomènes les plus variés, à propos d'une mauvaise habitude de masturbation qu'elle conservait depuis l'enfance, et qui était devenue le point de départ d'accidents hystériques, h la suite d'épuisement et de tristesses. Vous avez remarqué que ses accidents sont très variables : tantôt elle a des tics, de la chorée, tantôt des contractures systématiques, tantôt des paralysies des muscles du tronc. Cette mobilité des accidents hystériques semble encore augmenter depuis qu'elle arrive, sur nos conseils, à supprimer la mauvaise habitude qui a joué un si grand rôle. L'excitation génitale qui se présente très fréquemment et qui n'est plus satisfaite semble se dépenser autrement, et déterminer toutes sortes d'accidents variés.

Nous n'insistons aujourd hui que sur 1 un de ces accidents. Tantôt, à la suite de contorsions, de convulsions qui cherchent h reproduire la masturbation, tantôt, à la suite d'une émotion brusque, elle tombe, pour un temps généralement assez court, dans l'état où vous la voyez maintenant : elle perd la parole pendant ([uelques heures. Une fois déjà, cet état s'est prolongé quarante-huit heures. Cette perte de la parole est-elle tout à fait identique à l'aphonie et au mutisme hystériques dont vous venez de voir des exemples ? En partie, mais pas tout à fait. D'abord, elle n'est pas aphone et peut faire des bruits avec son larynx, elle pousse même des cris, soit spontanément, soit quand on le lui demande. Elle n'est pas non plus tout à fait muette, car elle essaye de parler, ce que ne faisait pas la malade précédente. Elle fait des mouvements de la langue et des lèvres, qui aboutissent à la formation de sons articulés. Mais ces sons n'ont aucune signification, et ils consistent presque toujours dans la répétition de quelques svllables incompréhensibles. « Mademoiselle, vous marchez beaucoup mieux aujourd'hui.

La malade, en souriant) : Petibedable. Petibedable chacha petibedable.

— Que vous est-il donc arrivé aujourd'hui ?

La malade, (très rapidement) : Petibedable, chapetit petibedable ».

Nous n'en tirerons rien de plus, elle va continuer quelques heures ce « jargonnage » : elle désigne elle-même ainsi cette

inaiiière de p;irlor, quand cette sorte de crise est terminée et ([iiclle se souvient de son impuissance à s'exprimer correctement. l{eniar([uez les diflerences intéressantes entre ce cas et le précédent. La malade ne cherche pas à répondre par écrit, elle essaye de parler. l'.Ue n'a pas, comme la précédente, perdu tout à fait la notion du langage vocal, elle a siniplemeîit oublié les mouvements nécessaires pour prononcer les mois (pii exprimeraient sa pensée. Elle s'impatiente de ce qu'on ne la comprenne pas, et elle cherche à vous répondre en donnant des intonations à son mot « petitbedable ». A'ous avons cru remarquer que souvent les intonations sont justes, ainsi que l'expression de la figure, mais le mot ne change jamais. En un mot, il nous semble que ce sont tout à fait les caractères de l'aphasie et non ceux du mutisme.

Fie. 68. — Eciilurc (lo ly pendant la pcrioJc d'aphasie.

Les autres fonctions du langage sont-elles troublées ? L'audition de la parole ne l'est aucunement, elle comprend tout ce qu'on lui dit, et elle exécute très correctement ce qu'on lui a tlemandé. Elle lit très bien mentalement, c'est-à-dire qu'elle comprend la lecture et qu'elle exécute tout ce ([u'on lui demande par écrit, mais elle ne peut lire à haute voix. Quant à l'écriture, elle n'est pas totalement perdue; mais il y a un phénomène qui nous paraît digne d'être remarqué. L'écriture a complètement changé, et elle est devenue extrêmement défectueuse. Il est curieux de comparer l'écriture qu'elle a pendant cet état avec son écriture normale (figures G8 et 69). Vous voyez que la faculté d'écrire est

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