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CHAPITRE VII

LES SPASMES VISCÉRAUX

Depuis longtemps, rua de nous poursuit au laboratoire de psychologie des études sur les troubles viscéraux des hystériques ; ces études présentent beaucoup de difficulté et au point de vue physiologique et au point de vue psychologique. Aussi ne pouvons-nous, dans ces examens cliniques, entrer dans ces recherches qui présentent une grande part d'hypothèse. Nous nous bornerons à signaler quelques exemples parmi ceux qui ont été observés à la consultation.

Observation 135. — Spasmes de l'œsophage et phobie des épingles. — Les spa^smes à divers nireaux de l'œsophage, amnésie des mouvements de dér/lutition, troubles de la sensibilité, phobie des épingles, accès d'angoisse^ besoin d'une affirmation étrangère, symptômes hystériques et symptômes psychasthénufues, leurs relations, explication psychologique par les phénomènes supérieurs et par les phénomènes inférieurs, émotion systématique intermédiaire entre ces deux groupes de faits, antécédents, peur de l'étouffement, traitement.

Il est toujours plus difficile dinlerpréler la pathogénie des accidents que de les constater, et aujourd'hui encore vous allez nous entendre hésiter entre les deux interprétations qui se présentent si souvent quand il s'agit de troubles psychologiques. Quand divers troubles se présentent simultanément, lequel est primitif et tient les aulies sous sa dépendance, en particulier quand on observe des troubles de la sensibilité, du mouvement et

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des idées délirantes, lequel a déterniiiié laiitre? Est-ce que ce sont les modifications de la sensibilité (|ui amèneut toujours le délire, ou bien est-ce le délire ([ui, en modifiant ratlention et même l'innervation, transforme la sensibilité? Vous savez qu'il existe des partisans décidés de l'une et de l'autre hypothèse, qui veulent appliquer à tous les cas l'interprélalion (ju'ils ont choisie une fois pour toutes. Vous savez ([ue, au risque d'être moins précis en théorie, nous croyons èlrc plus près de la vérité clinique en adoptant suivant les cas, tantôt l'une, tantôt l'autre interprétation et quelquefois en les conciliant toutes les deux. C'est peut-être ce que nous serons encore obligés de faire aujourd'hui.

Cette jeune femme de 22 ans, \Vy., qui présente toutes sortes de troubles nerveux assez intéressants, sur lesquels nous n'insisterons pas, était surtout tourmentée à son entrée à l'hôpital par deux symptômes principaux. Nous disons « était », car elle est venue pendant les vacances, et son état est déjà bien amélioré. Au moment où elle est entrée, elle était, précisément à cause de ces phénomènes, très affaiblie et énormément amaigrie. Aujourd'hui elle a engraissé et a fort bonne mine. Les accidents sont peut-être moins nets que si vous l'aviez vue au début, mais ils sont un peu mieux connus, car ils ont pu être suivis plus longtemps.

Le premier phénomène qu'elle vous présente vous est bien connu, car par une sorte de coïncidence, vous en avez vu cinq ou six exemples l'année dernière : ce sont des spasmes de l'œsophage et du pharynx. Vous connaissez ces mahidcs qui ne peuvent rien avaler parce que leur gorge se serre dès qu'ils essayent de manger une bouchée. Chez celle-ci, le spasme n'a jamais été complet; à de certains moments, elle ne pouvait avaler les aliments solides, mais elle se nourrissait encore un peu de purées, de soupes, de li([uides. Mais, si le spasme n'est pas complet, il est du moins apprécié avec beaucoup de délicatesse. Elle sent un resserrement, un nœud qui se forme h dilTérenles hauteurs, tantôt au-dessus de l'estomac, au cardia probablement, tantôt à din'érents points de l'œsophage, tantôt à la gorge. Elle sent que la nourriture s'arrête à dilTércnts niveaux et forme comme une boule qui ne peut pas descendre. Ne croyez pas que ce soit une sensation tout à fait imaginaire. Nous avons vu des malades qui, après avoir avalé un verre de lait et avoir prétendu ([u'il était resté arrêté au milieu de l'œsophage, le rendaient un (piart d'heure

SPASMES DE LŒSOPH.VGE ET PHOBIE DES ÉPINGLES 4r,9

après sans qu'il lût aucunement caillé, preuve qu'il n'avait pas pénétré dans l'estomac. Celle-ci a de même des vomissements, assez rares il est vrai, et surtout des phénomènes de régurgitation, les aliments remontent au lieu de descendre. A ces troubles du mouvement de l'œsophage, qui sont les principaux, s'associent de temps en temps des troubles dans les mouvements du pharynx et de la bouche. Elle ne sait plus comment avaler ; il y a (juelque chose, dit-elle, qu'elle a oublié, son gosier fait les mouvements inverses de ceux qu il devrait faire. Elle garde une bouchée longtemps avant d'essayer de la faire descendre. Les dents frottent l'une contre l'autre pendant qu'elle mange et font perpétuellement un petit bruit comme dans le trismus. Enfin, la bouche est serrée ; même quand elle vous parle, la malade n'entrouvre que peu les lèvres et elle serre les joues.

A ces troubles du mouvement s'ajoutent des troubles de la sensibilité dans ces mêmes rég^ions. Le goût est bien conservé ainsi que l'appétit ; la malade voudrait manger et prend plaisir à ce cfu'elle mange, mais elle sent dans le pharynx et dans l'œsophage toutes sortes de phénomènes bizarres. Cela la brûle, la chatouille ; elle prétend surtout qu'elle sent des gaz qui se forment et qui fusent dans la poitrine à partir du point où se forme la boule. Notez cependant que ces troubles de la sensibilité sont surtout subjectifs. Quand on examine les muqueuses accessibles de la bouche on trouve une sensibilité normale. Le réflexe pharyngien est en réalité normal, quoique l'examen en soit rendu difficile par les peurs de la malade. On ne détermine pas de douleur en pressant sur l'œsophage ou sur l'estomac.

Voici donc deux catégories de phénomènes que nous réunissons ensemble, des troubles du mouvement de la déglutition et des troubles surtout subjectifs de la sensibilité du pharynx et de l'œsophage.

Passons maintenant au second groupe de symptômes que nous avons annoncé. 11 s'agit d'un véritable délire qui, suivant les cas, est plus ou moins reconnu et avoué par la malade. Ce délire est bien banal, c'est la peur d'avaler des épingles. Cette peur est si connue qu'on avait même formé un nom pour la désigner : la bélénopliolne. ^Vy... est tout le temps préoccupée de la pensée d'avaler ce qu'elle tient à la main, surtout des épingles, des aiguilles et des boutons. A de certains moments, cette peur est si grande, ([uelle ne veut plus rien toucher et qu'elle serre les

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doiils l't les It'vres de peur <jui' (|iii'l(|ii(' chose n enlie pendant qn'cllc pailc. Quelquefois, la peur se présente un peu autrement, elle a peur d'avoir avalé quel(pic ehose, el elle interroge tout le monde pour qu'on la rassure sur ce point. Quel([uci()is elle fait constater qu'elle est en train d'avaler une épingle, et c'est tout simplement sa salive qu'elle avale. Quand elle a une pareille idée en tète, elle devient horriblement in([uiète, pleure et s'agite, soutient que pour sûr elle ne guérira pas, (ju'elle vient encore d'avaler ([uelque chose de dangereux. Elle cherche avec angoisse ce quelle a hien pu avaler, fait des ellorls inouïs pour vomir, cherche h mettre ses doigts dans son pharynx. Knfin, elle réclame absolument pour la calmer raHirmatit)n des personnes en (|ui elle a confiance, soit l'un de nous, soit une malade qu'elle a particulièrement chargée de ce rôle. Il faut lui affirmer, avec force, qu'elle n'a rien avalé du tout, et alors elle se calme en ne pensant plus à sa préoccupation. Quand la personne chargée de l'affirmation n'est pas présente, la crise d'angoisse va durer une journée entière, et elle attend avec désespoir que nous venions le matin pour la rassurer. Quand nous arrivons, il suflit de dire un mot, et c'est fini. Elle redoute ces peurs, ces angoisses, ces interrogations sur ce qu'elle a avalé plus que le spasme réel du pharynx. Bien souvent elle se prive de manger, quoiqu'elle ait faim ; ce n'est pas qu'elle redoute le spasme de l'œsophage, c'est, dit-elle, que si je mange quelque chose, je vais encore avoir peur d'avoir avalé une épingle, et je vais m'interroger sur ce que j'ai avalé. Aussi, fait-elle grande attention de ne rien avaler, et quand elle peut se certifier h elle-même qu'elle s'est bien surveillée, elle reste plus tranquille. Mais alors survient quelquefois une autre interrogation : elle se demande si, pendant toute la matinée, elle a bien fait attention, et elle repasse l'emploi de son temps pour le bien vérifier. Alors, la peur la prend de n'avoir pas fait attention pendant quelques instants, et il faut encore la rassurer de la même manière, en lui certifiant (ju'elle a l)!en fait attention. Voilà, nous direz-vous, deux ordres de symptômes assez difTérents et qui appartiennent même à deux sortes de maladies, que l'on veut d'ordinaire séparer. Le spasme du pharynx et de l'œsophage, avec une certaine dysesthésie et probablement une légère hypoesthésie de ces organes, c'est un phénomène bien connu de l'hystérie, c'est une forme aggravée et isolée de la boule hystérique. Quant au délire en question, ce sont des crises aussi nettes que

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