‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 29 sur 326 · I.m; I.\MM>II. (,()NI im i · texte numérisé non relu

I.m; I.\MM>II. (,()NI im i

(icilc (>|)('i ;iti()ii rsl si simple, si liitilc chez nous, ([tic luitis ne S(m|)<()iiii()iis même |);is son oxislence. Mais elle peut être altérée cl supprimée, tandis (jne les autres phénomènes du souvenir, eonservalion (!l reproductiim des images, subsistent intégralement, et son al)senec suffira pour produire chez les malades un trouble de la iniinoiic ([iii sera, poni- cii.v, une véritable amnésie.

Pour établir que Tamnésie continue dépend bien d'un mécanisnn- de ce geni-e, on |)eut remarquer d'abord (|u\dle r(;ssemblc il un phénomène de distraction. 11 en est de même d'ailleurs pour tous les stigmates hystériques, en particulier pour l'anesthésie, ainsi que je l'ai montré souvent'. En effet, il y a des distractions de mémoire comme des distractions de sensations et elles amènent des oublis comme les premières produisent des anesthésies. On pourrait même dire ([ue, pendant les rêves et dans le somnambulisme, l'attention, n'étant plus distraite par les impressions extérieures, se retourne plus facilement vers les images du souvenir*. Mais cette remarque n'est (ju'une pi'emiêre approximation, il faut expliquer en quoi consiste cette distraction singulière, comment les phénomènes du souvenir persistent subconsciemment pendant la veille, pourquoi l'attention semble devenir plus facile pendant les somnand)ulismes. En un mot, il faut étudier la nature de la distraction et en particulier la nature de cette distraction extraordinaire de l'hvstérique, ce qui nest possible, à notre avis, qu'en examinant le rôle de la notion de personnalité dans les souvenirs comme dans les sensations.

Vovons, en effet, ce qui se passe chez M'"" I)., que Ton peut considérer comme le type de ce genre d'amnésie par maladie de la personnalité. Dans quelles circonstances le souvenir est-il al)sent chez elle ? Quand on l'interroge directement en l'appelant par son nom, ou bien quand elle s'interroge elle-même de la même manière. En un mot, le souvenir semble disparaître toutes les fois (jue sa personnalité est en jeu, toutes les fois où il faudrait

1. Les actes inconscieiils el la niéiuuirc [x'iuluiil le bunniaïubulisiue. licvuc j)hilosophif/ite, 1888, I, 249. Automatisme psychologique, 1889, 307. Archives de neurologie, 1892. 343.

2. Au Congrès de Londres, M. le P"" Ebbingliaus, de Berlin, avec une obligeance dont nous le remercions, a ajouté quelques explications à uotre cominunicatioii. Il insistait sur ce rôle dr- la dislrarlioii. qui nous parait, en eiFet, essentiel, mais rpii ne nous semble [>as l'ouruir une explication couqilète.

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dire : « Je me souviens ». Au contraire le souvenir semble présent dans plusieurs autres circonstances, dans les rêves, le sommeil hypnotique, les actes irréfléchis, l'écriture et la parole obtenues pondant que la malade est distraite par quelque autre opération consciente. Ici, encore, il y a un caractère commun : le souvenir se présente ([uand la conscience claire et personnelle est absente, ([uand le souvenir est isolé, sans rapport avec la vie complète de la malade. Cela est bien visible dans son somnambulisme ; en clFet, cet état est chez M'"'' D. tout particulier, ce n'est pas comme chez d'autres malades une seconde lorme d'existence psychologique, avec des souvenirs qui lui soient propres et la formation d'une seconde personnalité. Non, c'est chez INI""" D. un sommeil profond dans lequel elle n'a aucune réflexion, aucune spontanéité, je dirais presque aucune personnalité. Et quand on essaye, même pendant le somnambulisme, de constituer une personnalité, de lelier par le souvenir les divers somnandîulismes provoqués, on voit (jue la mémoire disparaît de nouveau. Le souvenir n'existe, même pendant le somnambulisme, que si la malade ne se rend compte de rien et répond automatiquement aux questions par association mécanique des idées sans réfléchir, sans avoir la perception personnelle de ce quelle fait.

Le même caractère est particulièrement net, à notre avis, si l'on examine les souvenirs qui se manifestent par l'écriture ou par la parole automati<|ues. Ces deux expériences intéressantes sonl très diflîciles à reproduire sur cette malade, et elles échouent st)uvent. Pourquoi? Dès que M"^*^'D. fait attention à son écriture, dès qu'elle sent ou entend sa propre parole, tout s'arrête et il n'est plus possible de manifester le souvenir. L'attention consciente, loin de faciliter I écriture aulomati([ue, comme cela arriverait chez un simulateur, la supprime absolument. Le souvenir, en un mot, ne se manifeste ([u";i l'insu de la personne, il disparaît (|iiand la personne doit parler ou écrire en son propre nom, en sachant elle-même ce qu'elle fait. Ce caractère de la mémoire existe quelquefois même chez l'homme bien portant: nous ne pouvons ([uelquefois retrouver l'orthographe d'un mot qu'en laissant notre main écrire toute seule. Ce qui, chez nous, est accidentel, est presque général chez rhvstéri<|ue : « Je ne sais plus retrouver mes allaires, me disait une malade; pour les retrouver, il ne huit pas (pic je songe ;i les chercher, je n'v parviens pas. Il hmt ([uc je laisse ma main marcher tonte seule, elle Irtnivera

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Toi))»'! iiiiciiN (jiif moi. » (".liez les mnladcs donl nous iivoiis p;iilc, vc o;iractère :i pris un dévrloppcinent énorme et nous croyons (luo pour résumer leur état on peut dire : « Les choses se passent comme si ces malades étaient devenues lneapal)les d'avoir la perception peisonnelle de leurs souvenirs, d'assimiler à leur personnalit(' présente les images ([ui continuent à se conserver et à se repr(»duire antomati([uemenl dans leur esprit comme si leur personnalité arréti-e dcliiiili\('m<'nl à un certain point ne pouvait plus s'accroître par radjonclion, l'assimilation d'éléments nouveaux. » Ce qui nous encourar^e à soutenir cette hypothèse, qui n'est qu'une pure représentation des faits, c'est que nous avons déjà éprouvé sa valeur en l'ajjpliquant à d'autres phénomènes. Nous avons pu démontrer depuis 1887 que l'anesthésie hystérique n'est souveiil (pi une distraction du même genre : elle n'existe ni dans les somnamhulismes, ni dans les actes subconscients, elle n'est qu'un rétrécissement du champ de la conscience, une faiblesse de la personnalité incapable de synthétiser toutes les sensations. Quand nous avons étudié l'aboulie en 1891, nous avons retrouvé exactement les mêmes caractères: conservation des actes anciens déjà svnlhétisés autrefois, perte du pouvoir d'effectuer consciemment des actes nouveaux, conservation de tous les actes subconscients sans rapport avec la personnalité. \a\ même lésion se manifestait autrement, le sujet devenait incapable de synthétiser les images motrices, de les rattacher à sa personnalité pour faire un acte volontaire qui lût personnel. Nous croyons (juc l'amnésie continue, se manifestant chez les mêmes malades, doit être du même genre. Il s'agit ici d'une grande fonction psychologique, l'assimilation des phénomènes élémentaires, sensations, images motrices, images du souvenir à la personnalité, et il s'agit ici d'une grande maladie; psychol(»gi<jue dont les manifestations sont diverses, mais qui reste au fond toujours la même, la laiblesse du pouvoir de synthèse- |)crsonncllc, Farrél plus ou moins com|)lct de la constructioji de la persctnnalilc. Nous ne pouvons étudier ici la localisation aiiatomiepie de ce lioiible ct-iébral aujourd'hui encore bien hypolh('li(pie. nous ne pouvons (pTindiepier deux suppositions : TengourdissenuMil, la diminution d(> la vitalité, du |)ouvoir de construction organicpie peut |)orter sur les cenlressensorielsenx-mêmes. Il laisse subsister en partie, sauf dans des cas particuliers, leurs h>ii(lioiis essentielles, mais il siippi'im(> ce <pii constitue le dernier jcrnie. I achevenienl de ces h)nelioMs, la possibilité de les associer

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les unes avec les autres. Ou I)ien cet engoiirdisseineiil peut porter (le préférence sur des centres spéciaux d'association dont Tcxislence est aujourd'hui bien vraisemblable. C'est la un problème ([ue nous espérons reprendre plus tard avec plus de précision. Ivst-il utile de forger un mot plus ou moins nouveau, de considérer cette maladie comme une psijcliaslhénie, une asijnarthrie psiirJioloi^ique; son résultat sera toujours un fait réel et bien connu: la (l(}s(ti>rc<faLion de i'es/jri/.

4. — Pathogénie. Rôle de l'idée fixe, influence dissociante de l'émotion.

Il est bien dillicile de remonter au delii et de rechercher pourquoi et comment se produit cette faiblesse de synthèse psychologique. Le plus souvent la désagrégation psvchologique et les défauts de la perception personnelle nous semblent être des phénomènes primitifs, primitifs au point de vue psychologique, bien entendu, lis sont la première manifestation dune faiblesse, d'une imbécillité cérébiale qui se développe dans des conditions physiologiques particulières. C'est l'opinion que nous avons jusqu'à présent soutenue pour l'anesthésie hystérique et pour l'aboulie ; les autres phénomènes piésentés par ces malades, comme certains troubles moteurs et la suggestibilité, nous ont paru secondaires aux premiers. Il doit en être souvent de même pour l'amnésie continue, et, si l'on considère surtout ses formes atténuées, on la rencontrera dans la plupart des épuisements cérébraux. Il en est ainsi pour Marcelle et en partie pour Maria, chez qui l'amnésie continue se rattache à des troubles de perception et à un grand engourdissement cérébral, déterminé chez l'une par la fièvre lv])hoïde, chez l'autre, en partie au moins, par l'intoxication alcoolique.

INIais cette explication simple n'est pas suffisante pour tous les cas (pii sont souvent plus complexes. On constate quehpielois chez ces malades d'autres altérations mentales (pii semblent en rapport avec l'amnésie.

Plusieurs de ces malades, en effet, comme Justine, par exemple, avaient en même temps des idées fixes sous la forme obsédante ou sous la forme impulsive. Ces idées étaient quelquefois visibles et avouées par le sujet lui-même ([ui se plaignait d'une obsession cou-

|',(i I, \M\i:sli: COMIM K

liiiiitllc; (iii('l(|ui'l<)is elles irt'liiienl |);is expiimcMîs chiiiTinciit p;ir le sujet, m;iis se in;mlfestaiciit par des mouvements ou des attiludes sia'uilieatives ; souvent enfin elles étaient très difïiciles à dé-

couvrir, la malade sond>laiit n'en avoir ni le souvenir ni même la conseienee claiic, et il lallail user de toutes sortes (\r pi'oeéiles psycholoL>i(|ues pour découvrir ce rêve pormanenl '.

M""' I). rouirait précisément dans ce troisième cas: elle; préteiidail, ([uand on riiitcrrofreail sur ce point, soit pendant la vi'illc, soit pendant le somnambulisme, n'être troublée par aucune idée, par aucun rêve, et avoir, sauf le manque de mémoire, l'esprit aussi libre que par le passé, La chose pouvait être vraie et cette amnésie continue pouvait être; un fait primitif. Cependant, les exemples précédents, si analogues au cas de M""^ D., me montiaient que les idées fixes, même subconscienles, pouvaient jouer un rôle cl ([u'il fallait les chercher.

Connaissant déjà les idé-es fixes subconscicntcs sur les([uclles je préparais depuis (piehjue temps un travail, j'ai pu remarquer certains faits significatifs: 1" M""' D. avait de temps à temps, rarement il est vrai, de petites crises d'hystérie. Durant ces crises, elle manifestait une grande terreur, et répétait sans cesse des phrases comme celles-ci : « Mon mari, mes pauvres enfants... cette j)auvre Jeanne (jui n'a pas de robe de deuil... Oh ! cet homme, le misérable... etc.. ». 2" La nuit cette malade se comportait de deux manières fort différentes : quelquefois, et c'était le fait qu'on avait remarcjué en premier lieu, quoicju'il fVit en réalité le plus rare, elle s'endormait assez profondément d'un sommeil calme et alors rêvait des incidents journaliers : « la Salpêtrière.. . M. Charcot, les médecins en tablier blanc... « Mais le plus souvent elle ne dormait pas du tout et voici pourquoi : dès qu'elle s'assoupissait un instant, elle se révcùllait en sursaut tout(; tremblante, avec une Irayeur terrible "'. Lllc ne se rendait pas conqite de ce qui l'avait effrayée, mais elle regardait de tous côtés comme si vWv. avait ri(lé(' vagu(; ([ue (piehju'un venait d'entrer. Cette terreur recommençait dès (pi'ellc s'assoupissait de nouveau, si bien ([u'elle préférait gai'der les yeux ouverts et ne pas dormii'. Ses voisines la ci-oyaient endoiniie et ne s'apercevaient (h; rien. Pendant le som-

1. Voir dans ir cliapilrc i les idées fixes sul)consciciilcs de Marcelle, p. 16.

2. Voir diiii'- if r-liapiln; i\ do rcl (iiivrage ce qui a rapport à l'iiisonitiii' par idrc fi.it' siihsronririilc.

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nanibullsnie profond elle urexpliqiinit très bien ces terreurs nocturnes; dès qu'elle dormait, elle avait une hallucination, voyait entrer Thomme qui l'avait effrayée au mois d'août et entendait distinctement ces paroles : « M"'" D., préparez un lit, on vous amène votre mari qui est mort ». 3° Pendant le somnambulisme même, elle avait, quand on la laissait quelque temps livrée à ellemême sans lui parler, des soubresauts de terreur. Elle dressait la tête comme si elle écoutait quel(|u'un et murmurait ([uelques mots entre ses dents: « Oh! cet homme, le misérable... j'aimerais mieux mourir, je me tuerai..., etc. » Il n'était pas facile de la faire sortir de cet état de rêverie quand on l'avait laissée s'y enfoncer, car à ce moment elle devenait insensible, ce qui ne lui était pas habituel. 4° Même pendant la veille elle avait fréquemment des soubresauts, des cris étouffés qu'elle réprimait immédiatement, parce que, disait-elle, elle ne savait pas ce que cela signifiait. En un mot, les remart[ues précédentes nous donnent à penser que l'événement terrifiant du 28 août n'a pas disparu de l'esprit de M""' D.; 11 se reproduit sous forme d'hallucination beaucoup plus fréquemment qu'on ne le croit, il obsède l'esprit pendant la journée et il détruit le sommeil pendant la nuit.

Ajoutons que la malade a encore d'autres idées fixes dérivées de la première par association, comme on l'observe si souvent, des idées de suicide extrêmement graves et même des idées d'homicide pour se venger. La nuit, dans certains états de somnambulisme, M'"" D. a cherché à s'enfuir de la salle et à se blesser. Pendant certaines ])ériodes, dont je montrerai tout à l'heure l'importance, elle est devenue obsédée par ces idées de suicide et d'homicide jusqu'à entrer dans un véritable délire. A ce moment on ne constatait que trop facilement l'idf'e fixe qui était restée bien longtemps tout ;i fait latente.

(^uel rapport faut-il établir entre ce fait, cette idée fixe subconsciente, persistant presque constamment, et cette amnésie continue qui persiste également depuis six mois? Est-ce par une simple coïncidence que ces deux phénomènes se retrouvent simultanés chez ces quatre malades.' Ce n'est pas vraisemblable, et ces deux faits doivent avoir de l'iutluence l'un sur l'autre.

Le rapport de ces deux faits pourra fort bien être différent suivant les cas, et je ne veux pas généraliser; mais ici, si l'on lient compte du début el de l'évolution de la maladie, on peut

WIM.Sli: CONTIM r.

(lire, je ciois. (|ii(' c Csl lidcr fixe (|iii est priniilive et qu'elle ;miriic rainiu'sio à s;i suite. Par (juel méeanismc une idée fixe persistant ainsi empêche telle M"" D. d'avoir la perception personnelle de ses souvenirs? Je ne prétends pas le savoir complètement. D'abord, cette hallucination prive la malade de sommeil, ce qui esl loin d'être insignifiant dans les maladies psycholoi;i([ues. u l,a niémoii-e, disait le physiologiste Lesage, de (icnèvf', est la laculli- intellectuelle ([ue la privation de sommeil allectc^ le plus. » Kn outre, celte idée fixe, (}ui à chacpie instant leiiil à réapparaître et à envahir l'espiit, comme cela arrive pendant li's crises, doit empêcher tout lonctionnement normal, et amener un état de distraction continuel. C'est en effet ce qui ai-rive : M '"' 1). n'est pas précisément une aboulique comme était Marcelle, la maladie ne porte pas nettement sur les images motrices, c'est incontestable; elle peut, quand on est près d'elle, quand on l'excite, faire ([uehpies petits travaux intellectuels, très automali(pies d'ailleurs, une addition ou une multiplication; mais en réalité sa volonté et son attention sont très altérées, elle est iiupatiente, énervée, susceptible au plus haut point, extrêmement suggestible, même à l'état de veille, incapable de comprendre ce qu'elle lit, d'écrire une lettre et d'assembler ses idées. Elle a perdu ses afTections les plus profondes et elle est devenue tout à fait indifTérente pour son mari et ses enfants. Elle n'est pas anesthéti(|ue, il n'y a même pas de rétrécissement du champ visuel, cela est, il !non avis, très étonnant et montre combien la désagrégation psvchologi([ue peut se localiser avec précision; elle ne porte ici nettement que sur les souvenirs et non sur les sensations. Mais cela n'empêche pas que ses lêveries ou le moindre travail ne puissent facilement la distraire à un tel point que pendant un moment elle ne sent plus le crayon dans sa main et qu'elle présente l'écriture automatique. L'anesthésie momentanée par distraction, comme je l'ai montré, est toute voisine de l'anesthésie hystérique. I'!n un mot, il semble que la persistance; presque continuelle de cette idée obsédante, trouble le sommeil, détourne l'attention et épuise le cerveau de manière à ])rov()quer ce trouble continu lie la p<Mception personnelle (pie nous avons constaté dans les

souvenirs.

1. Cite dans 1rs noies de la Irailiiillmi dr Diigald-Slewarl pr Prévost, (icnève, 1808, II, '.50.

PATHOGÉNIE 1 V.i

Cos explications sont copondant encore insuffisantes : d'abord tous les obsédés n'ont pas des amnésies semblables, ensuite au moins chez M'"'" D. l'amnésie continue et même rétrograde a existé dès le début, immédiatement après l'accident, à un moment où il n V avait pas d'idée fixe proprement dite. L'idée fixe, en déterminant aujourd'hui l'amnésie, ne fait que reproduire et entretenir un phénomène qui avait déjà été produit par l'événement initial ; elle conserve simplement les propriétés et les caiactères de cet événement lui-même.

Or quel a été ce fiùt psvehologi([ue qui a déterminé an début lainnésie et qui en se reproduisant la perpétue? Une tiès violente émotion, déterminée par la vue des cadavres pour Sch., l'annonce de la mort de son mari pour M'"" D. Ce caractère émotionnant se retrouve dans les idées fixes de ces malades qui sont h cha(jue instant angoissées et tremblantes, parce (jue leur rêve plus ou moins conscient reproduit l'émotion primitive. Il en est de même pour Justine qui est continuellement dans un état de peur en pensant au choléra. C'est là un fait important à retenir, l'amnésie est en rapport étroit avec 1 émotion. Peut-être pourrait-on sinon expliquer cette relation, au moins la ramener à une propriété plus générale de l'émotion. Quoique Ton ait fait récemment un grand nombre d'études sur l'émotion, on n'a pas assez insisté, à mon avis, sur une de ses propriétés psycliolt)giques les plus curieuses que j'ai déjà eu l'occasion de signaler autrefois. « L émotion, disais-je, rend les gens distraits ; bien plus, elle les rend ([uelqnefois anesthési<[ues soit passagèrement, soit d'une façon permanante. llack Tuke cite à plusieurs reprises des individus qui sont devenus aveugles ou sourds à la suite d'une forte émotion, .l'ai constaté moi-même que chez des hvstériques en voie de guérison, toute émotion subite ramène des anesthésies. En un mot, l'émotion aune action dissolvante sur l'esprit, diminue sa synthèse et le rend j)Our un moment misérable'. » Les émotions, surtout les émotions diti^s déprimantes, comme la peur, désorganisent, désagrègent les svnthèses mentales; si l'on peut ainsi dire, leur action est analyli([ui' par opposition à celle de la volonté, de l'attention, de la perception qui sont des opérations svnthétiques.

On verra dans le cours de cet ouvrage et en particulier dans le chapitre XI sur » le besoin de direction » bien des exemples

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