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Tentative d'interprétation

Il est bien probable (|uc les cas d'amnésie continue, comme

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les cas de paralysie ou de tout autre symptôme ne pourront pas tous être interprétés exactement de la même manière; le même phénomène apparent peut être le résultat de bien des circonstances diiîcrentes. Ainsi le cas de Marcelle n'est pas tout à fait identi<|ue aux autres, puisque l'on ne peut chez celle malade retrouver Irace des souvenirs subconscienls. On note chez elle que l'amnésie continue est liée à de grands troubles de perception cl varie avec eux. Il est probable que ce ([ul fait défaut, c'est la liaison, la systématisation des Images <[ui est définitivement absente parce que la synthèse mentale n'a pas été effectuée au moment de la perception. Si nous lisons un livri^ chinois sans le comprendre nous ne pouvons évidemnienl pas cons(n'verle souvenir des idées contenues dans ce livre. L'amnésie continue se rattache donc ici au trouble de la perception. En esl-il ainsi dans les autres cas ? Evidemment non, d'abord parce f|ue l'on ne retrouve pas chez ces malades les mêmes troubles de la perception, (juel(|ues-unes perçoivent très bien et comprennent même ce qu'elles lisent, si on les Interroge immédiatement. Les systèmes d'images semblent donc dans ces cas avoir été constitués. D'ailleurs, comme on l'a vu, ces amnésies ne sont pas aussi absolues cpie dans le premier cas et ont des caractères spéciaux.

Il faut tenir compte de tous ces caractères si l'on veut essaver de se représenter la nature générale de cette perturbation psychologique. Cherchons quelle partie de la mémoire est détruite chez ces malades : il ne s'agit évidemment pas d'un trouble apporté dans les opérations intellectuelles qui se joignent à la mémoire, comme la reconnaissance et la localisation. Un trouble de ce genre donne lieu à des illusions, à des délires plutôt qu'à de véritables amnésies, et nous n'avons ici rien de pareil.

II nous faut considérer, dans la mémoire, des opérations plus élémentaires : la première de toutes est appelée depuis longtemps 1(1 cnnsen'ntion des souvenirs ; ce mot n'est que la description d'un lait et non son explication : les phénomènes psychologiques qui se sont produits une fois ne disparaissent pas complètement : ils laissent des traces, comme on disait autrefois, c'est-à-dire qu'ils laissent dans le cerveau une certaine modification fort inconnue qui leur permet de se reproduire. En un mot, un phénomène psychologique est conservé quand il peut de temps en temps être reproduit ; il n'est plus conservé quand sa reproduction est devenue de(initi\cnienl iinpossibie. l*rut-on dire qu'il y a ici un délaut de

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c()iist'i\ ;ili()ii (les im;ii;('s |»;ii' pai'ul vsi(\ piir ('|»iiis('iiiciil dv ("(Mliiiiis (•(Mitit's .' Il csl li()|) rvidciit (lu'iim' paicillc maladie suppose* une alh'ialioii féiébralc cl en pailiculier une altéralioii des ceiilres eoilieaux. mais il l'aiit évilei' les explications prématurées (piî en rahsenee d aiialxses hislolonicpics ne peuvent être (pii' [)liilosophicpies et tiéductives, et il faut oherchei' par l'analyse [)récise et expérimentale du trouhle lui-même à préciser sa nature, afin de laciliter plus tard rinl(M'j)rélalion des lésions cérébrales (pie Ton découvrira. Peut-on donc allirmer qu'une amnésie de ce genre nous indi(|ue la suppression d'un centre sensoriel déterminé qui ne pourrait plus conserver les conditions ou les traces nécessaires pour la conseivation des images? D'un côté il (audrail (pu^ cet engourdissement cérébral fût bien étendu, puiscpi'il supprime al)solumcnt tous les souvenirs aussi bien auditils (pie visuels ou kinesthési(|ues, d'aulre part on pouirait s'étonner (pi'un épuisement si considérable n'amène aucun trouble du mouvement et ne s'acconq)agne même, chez M""' D., d'aucune aneslhésie. D'ailleurs nous n'avons pas à hésiter ici, il est certain que la conservation des souvenirs est absolument intacte dans tous ces cas: pendant le sommeil naturel, pendant le somnambulisme, tous les souvenirs renaissent sans difficulté : les traces en étaient donc conservées. Les psychologues tiécrivent alors un autre phénomène essentiel dans le souvenir : c'est la reproduction des images. Par un mécanisme, que nous n'avons pas à étudier et dans lequel l'association des idées joue le plus grand rôle, les phénomènes psychologiques piimitifs ([ui se sont conservés à l'état latent réapparaissent un peu moins forts, moins complets surtout, mais à peu près avec les mêmes caractères que la première fois. On les appelle alors des images et on comprend que la renaissance des images au moment opportun soit une condition essentielle du souvenir complet. Estce ici fpie nous allons trouver l'explication de lamnésle continue .' Cela semble au premiei- abord très vraisemblable : M""' 1)., |»ar exemple, semble ne pouvoii' reproduire les images (ju'en rêve, pendant le sommeil, et ne pas [xnivoir les reproduire quand il le laut, suixaiit les besoins de la veille. Je crois même que cette opinion renferme une partie de la vérité : le cerveau fatigué d'une mani('re ])arliculière ne reproduit les images qu'avec difficulté et dans des conditions spéciales, mais cela est loin d'ex|)li(juer tous les lails. A nion avis, les souvenirs |»euvciil se re|)i(>(liiire, cl se rcpiddiiiseiil plus (pi^tii ne le (i^til, même [)eiulant la veille,

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et iSI"'' D., si je ne me trompe, a souvent dans respiil on sur les lèvres la réponse à la question ([u'on lui pose ou qu'elle se pose à elle-même. Pourquoi est-ce que je me figure une chose pareille, quand la pauvre femme se déclare si malheureuse et prétend qu'il lui est impossil)le de retrouver le moindre souvenir ? Parce que, en premier lieu, nous avons déjà vu bien des choses semblables chez les hvstériqucs, surtout en étudiant les anesthésies, et, en second lieu, parce que divers procédés, et en particulier l'écriture automaticpie, nous ont montré la reproduclion réelle de tous ces souvenirs même pendant la veille, au moment où nous les désirions.

Mais où donc chercher cette altération de la mémoire qui doit bien exister quelque part pour produire des résultats aussi manifestes ? Les psycholoii^ues, dans leurs descriptions, n'admettent pas d'autres phénomènes élémentaiies dans la mémoire, en dehors de la conservation et de la reproduction. Je crois qu'ils ont tort et que la maladie décompose et analvse mieux la mémoire que n'a pu faire la psychologie. 11 ne suffit pas, ainsi que beaucoup d'études précédentes nous l'ont appris, qu'une sensation simple et isolée soit produite dans l'esprit pour qu'elle soit par cela même appréciée par le sujet. Il faut, pour la conscience complète d'une sensation qui s'exprime par le « y e sens », qu'une nouvelh^ opération s'ajoute à la première.

Il faut qu'une sorte de svuthèse réunisse les sensations produites et les rattache à la masse des idées antérieures, des sentiments passés et présents, de la cœnesthésie actuelle dont l'ensemble constitue la personnalité. Eh bien, il doit en être de même pour les images ; il ne suffit pas, pour que nous ayons conscience d'un souvenir, que telle ou telle image soit reproduite par le jeu automatique de l'association des idées, il faut encore que la pe/ception personnelle saisisse cette image et la rattache aux autres souvenirs, aux sensations nettes ou confuses, extérieures ou intérieures, dont rensend)le constitue notre personnalité. Que l'on appelle cette opération comme on voudra, que l'on forge pour elle le nu)t de « personnification » ou que l'on se contente des termes vulgaires (£ue nous avons toujours employés : « perception personnelle ries souvenirs », ou « assimilation psychologique des images », il faut loujours constater son existence et lui donner une place chius la psycludogie des souvenirs comme dans celle des sensations.

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