Aulomalisine psycliolng'KjHe, 1889, p. 358 et
tures de ce genre survenues spontanément à la suite de divers accidents*. L'observation qui me semble de beaucoup la plus remarquable est celle que j'ai présentée en collaboration avec M. le professeur Raymond au dernier congères de psychologie à Munich. Il s'agit d'une femme de 40 ans Vk. qui présente une contracture très particulière des deux jambes en extension (fig. 24 et 25). Une discussion de la forme de cette contracture se trouve indiquée dans une leçon de M. Raymond que j'ai recueillie'. Elle montre que cette position n'est pas due à la contracture générale de tous les muscles, mais à des contractions inégales et systématiques de ces muscles. C'est une attitude permanente qui exprime une idée
Fig. "25. — Contracture svstématique des jambes chez VK. attitude permanente de la crucifixion.
permanente et dans ce cas cette idée n'est rien moins que celle de la crucifixion. Cette malade est une extatique qui rêve continuellement au supplice de Jésus-Christ, qui dans ses attaques d'extase joue la scène de la crucifixion et qui a même présenté sur la fiice dorsale des pieds des bulbes de pemphigus représentant les stigmates du Christ fig. 26). En présence de ces cas il est juste d'insister sur la relation qui existe entre les contractures
2. Les actes inconscients et la mémoire pendant le somnambulisme. Revue philosophique. 1888. 1. 24o. Accidents mentaux des hystériques, 1893, p. 109.
3. Prof. Raviuond, Clinique des maladies du système nerveux, 2« série, 1897, p. 729.
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et les eatalepsles et suilc.iit siii- celle qui existe eiilie les coi.liîietures et les idées fixes.
Ces contractiues sysltMiiatisées ne s'observent pas très fréquemment. Pour que les idées fixes prennent cette forme, il faut qu'elles se développent d'une façon subconsciente chez des hystéri(iues. 11 est vrai érçalement que les contractures d'ordinaire ne gardent pas longtemps cette l'orme'. Peu à peu tous les muscles
se contractent davantage et le membre prend la position classique de la contracture générale.
Les phénomènes subsconscients sont, comme nous l'avons montré, très envahissants; ils ne restent pas limités, et ne tardent pas à grandir et à supprimer ou à modifier d'autres faits psychologiques en apparence étrangers.
C'est ainsi que les anesthésies s'étendent, que l'amnésie du somnambulisme gagne et que les instants qui précèdent l'état second sont oubliés comme le somnambulisme lui-même. Pour voir des phénomènes subconscients très nets et en particulier des contractures systématisées, il faut pouvoir les observer dès le début.
F.o. 20. - Excoriation épidermique consécu- ^gg j j^cs accidentelles dc notrc
tivc a une bulle île pcmphigus, développée
sponlanément sur le pied contracture de malade produisent aUSSÏ dcS atta-
VK. après une attaque d'extase avec atli- q^gg ^^ ^^^ délires et UOUS ne
ludc dc crucilixion. ^
rapporterons à ce propos qu'un incident qui nous a causé assez d'in([uiétude. Justine, qui semblait assez bien portante, avait été le matin prendre une douche à 1 hôpital, elle revint avec cet air sombre ([ui annonçait quelque orage, mais ne put expliquer ce (pii la tourmentait. Vers trois heures de l'après-midi, elle entra dans une colère furieuse et armée d'un couteau courut après son mari pour le frapper. Dans un instant de conscience elle cria : « Sauve-toi, je vais te tuer »,
l. Accidents mentaux des liyslériques, p, 109.
puis elle s'abandonna au délire. Il fallut trois hommes pour la maintenir et l'attacher. Prévenu immédiatement, j'étais fort afïlioé de voir cette folie que j'avais essayé d'enrayer devenir de plus en plus grave et je croyais qu'un internement immédiat devenait nécessaire. Cependant je pus constater que cette nouvelle idée fixe, quoique plus effrayante en apparence, n'était pas différente des autres. Le matin, à la douche, une femme avait raconté un petit événement ; une malade qu'elle connaissait avait été enfermée dans un asile parce qu'elle voulait tuer son mari. Ce fut assez, Justine avait médité ces paroles toute la journée, puis elle n'avait plus eu dans l'esprit que cette seule idée, tuer son mari à coups de couteau, et cette idée avait rempli une attaque comme jadis l'idée du choléra. Cette idée fixe dangereuse fut heureusement facile à effacer et Justine retrouva la tranquillité au moins pour quelque temps.
Il est en effet fiicile de remarquer que toutes ces idées secondaires, surtout celles du dernier groupe pouvaient, sans grand'peine, être effacées. Une séance de somnambulisme pour retrouver nettement l'image initiale, quelques suggestions, quelques dissociations en avaient facilement raison. Cela tient surtout au peu de durée antérieure de ces idées. Il en est en effet des idées fixes comme des contractures; M. Charcot a bien justement observé qu'il ne fallait pas laisser traîner les contractures, il ne faut pas non plus laisser se développer les idées fixes. Plus on les attaque près de leur origine, plus il est facile de les décomposer et de les détruire.
Mais cette remarque n'avançait pas la guérison de notre malade. A quoi bon avoir acquis le pouvoir de lui enlever rapidement une idée fixe, si elle en reprend une autre quelques instants après? Cette pullulation des idées fixes comme des parasites sur un arbre mourant est chez elle un fait des plus graves. Il semble que l'esprit ait été profondément bouleversé par la première obsession et qu'il soit maintenant incapable de résister au développement de la plus petite idée qui serait semée en lui. Une comparaison un peu singulière nous permet de comprendre cet état et son caractère dangereux. On sait que nos organes sont normalement très peu accessibles aux infections ; bien que des microbes nombreux et variés soient sans cesse déposés sur les orifices, ils ne pénètrent guère et dans l'intérieur du corps les muqueuses restent stériles. Cette résistance de l'organisme aux infections tient à
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bien ilos causes, mais dans certaines circonstances elle est vaincue. Une espèce niicr<)l)ienne spéciale, parliculièrenient dangereuse, anu'n<> rinfection primitive de rorganc. A partir de ce moment, il se produit un phénomène bien curieux, cjui a été particulièrement mis en lumière par INI. Jules Janet', à propos d'un organe spécial. L'infection primitive guérie, l'organe ne revient pas à son état de résistance et d'immunité antérieures ; il reste au contraire pendant un temps quelquefois très long dant un état de réceptivité, c'est-à-dire qu'il se laisse infecter très facilement et à tout instant par tel ou tel microbe banal qui auparavant n'avait aucune action sur lui. Ces infections secondaires de la pathologie organique ne me semblent pas sans analogie avec les idées fixes secondaires de la pathologie mentale. Nous voyons d'un côté comme de l'autre que la maladie n'est pas terminée avec l'infection ou avec l'idée fixe primitive ; la réceptivité qui subsiste donne naissance à des rechutes sans cesse répétées. Chacune de ces rechutes est dangereuse : il est facile de voir, pour revenir au sujet qui nous occupe, que chaque idée fixe nouvelle peut s'affermir et grandir et qu'elle constituerait très vite une qialadie tout aussi grave que la première. Il n'est pas impossible d'ailleurs (ju'une de ces idées nouvelles ne puisse par association réveiller la première et faire retomber la malade dans l'état d'où elle était sortie. La guérison qui nous a coûté tant de peines est donc bien compromise et ne semble pas avoir été aussi complète que l'on pouvait l'espérer.