CARACTÈRE DES IDEES FIXES
nêrés, etc. Il était facile de remarquer que les hystériques ne présentaient pas souvent des phénomènes absolument semblables à ceux qui avaient été décrits par les aliénistes, et l'on ne trouvait pas chez elles les véritables idées fixes telles qu'on les connaissait. Cette remarque est juste, mais ne doit pas, à notre avis, être exaoérée. Il faut chercher si les idées fixes ne se dissimulent pas chez nos malades en prenant une forme un peu particulière, il faut chercher en un mot s'il n'existe pas des idées fixes de forme hystérique.
Pour V parvenir, je résumerai brièvement certains caractères des idées fixes les plus connues pour montrer que les hystériques ne présentent pas des phénomènes absolument comparables et pour constater enfin quelle modification l'idée fixe présente chez elles.
i. — Caractères des idées fixes.
Pour constater les idées fixes sous leur forme la plus simple, je vous rappellerai brièvement l'observation d'une malade qui s'est présentée récemment à la consultation.
Observation I. — ^M""^ A..., une femme de trente-trois ans, d'une famille prédisposée aux troubles mentaux (un oncle et une tante du côté paternel sont morts aliénés), a toujours été ellemême arriérée et peu intelligente, quoiqu'elle n'ait pas présenté dans sa jeunesse d'accidents nerveux bien caractérisés. Elle s'est mariée jeune et a quatre enfants. Il y a quatre ans, elle fut obligée de iaire appeler un médecin de son quartier, pour soigner un de ses enfants. Je ne sais ce que notre confrère avait de séduisant et d'irrésistible en auscultant l'enfant, mais M'"*^ A... fut émotionnée et bouleversée par ce spectacle. Depuis, pendant trois années consécutives, elle n'a pas pu détacher son esprit de la pensée de ce médecin. Elle en était devenue complètement amoureuse, d'une manière bien invraisemblable. Elle passait ses journées en contemplation devant son image, car elle crovait le voir ; au moindre bruit d'un pas dans la rue, elle prétendait l'entendre qui montait chez elle et qui lui parlait; nuit et jour, elle lui adressait de tendres discours. Enfin, elle commit m die excentricités pour chercher à le revoir. Depuis un an, cette préoccupation s'est modifiée: M""' A... s accuse d'une faute imaginaire (pielle aurait
?if, i.i-s iDi rs ri\i;s dk tohme iiystkiuoui:
comiiiisc avec ce Micdcciii cl passe ses nuits à se confesser à son mari : une i(lét> (i\e de remords a icmplaeé |)res([iie eomplètemeut l'idée amoureuse. D'ailleurs, ces idées, même la dernière, diminuent sensihlenienl depuis quelque temps, surtout depuis que la malade est isolée et séparée de son mari.
.le irinsiste pas sur Ions les caractères de cette idée fixe, ce qui n'est pas l'ohjet de notre étude actuelle. Je vous fais seulement remai([U(M' comment l'idée du D"' X... se présente h la malade. Ce n'est pas chez elle queUpie chose de simple et d'abstrait, cette idée est un ensemble d'images visuelles, auditives, tactiles et probablement dans ce cas, génitales. Ces images sont condensées ensemble de manière à former un système, c'est-à-dire qu'elles sont liées de telle manière cjue la présence de l'une d'elle éveillée par un incident quelconque détermine immédiatement l'apparition de toutes les autres, c'est ce que Ton appelle Tassocialion des images. (^(>tte complexité, cette systématisation, cette association («troite de tous les éléments existe dans toutes nos idées les plus normales et dans toutes nos émotions (lui sont des fails du même genre : elles sont toutes des systèmes d'images qui tendent à se développer. Mais chez nous ce développement s'arrête aux premiers termes et ne se prolonge cju'avec notre consentement, sans être d'ailleurs jamais bien complet. Au contraire, chez M"^" A., le développement des images contenues dans l'idée de son médecin est toujours si complet qu'il aboutit toujours à des hallucinations variées et à des actes, et cela malgré ses efforts volontaires. Ces deux phénomènes, l'hallucination et l'action, ne sont en réalité, comme vous l'avez vu souvent dansées leçons, que le résultat du développement complet des éléments d'un système psychologique. Vous comprenez que suivant la nature de ces éléments qui entrent dans le système constitutif d'une idée, images visuelles, ou images de la sensibilité générales ou images kineslbési(|ues, images liées elles-mêmes à telle ou telle modification ])livsiologif[ue, à des troubles vaso-moteurs ou à des mouvenumts des mend)res, l'idée (jui résulte de leur ensemble peut prendre des aspects bien didérents qui constituent les diverses variétés du ddire émotif, de l'obsession ou de l'impulsion. Le mot « idée fixe » au moins dans ces études générales n'a pas pour n(>us un sens restreint, ce n'est pas uniquement une idée intellectuelle ou même abstraite qui persiste dans l'esprit. Un état émotif comme une terreur est également un système de phénomènes psyeholo-