CARACTÈRES DES IDEES FIXES
gi(|ups et physiologiques associés les uns avec les autres, ce qu'on nomme un état de la personnalité est aussi du même genre. Des états émotifs ainsi entendus peuvent également persister et se développer complètement de la même manière. Sans entrer dans ces études, remarquons seulement que chez notre malade l'idée fixe est bien ici analogue ;i une suggestion et qu'elle est caractérisée, comme elle, par le développement complet et automatique de tous les éléments d'une idée, en dehors de la volonté de la malade'.
Ces caractères nous sont bien connus, nous les ayons souvent étudiés à propos des suggestions. Mais j'insiste aujourd'hui sur un point, c'est ([ue tout ce développement, tous ces éléments de l'idée semblent avoir toujours été bien connus par la malade, je ne dis pas seulement que M"^° A... reconnaissait l'absurdité de son délire, c'est là ce caractère que l'on appelle à tort « conscience de l'idée fixe » et qui est assez variable. Je dis que M™'" A... tout en déplorant son état savait très bien qu'elle pensait tout le temps au D'' X..., elle avait conscience de son idée dans le sens psychologique du mot, elle se rendait personnellement compte de sa pensée obsédante et interrogée elle aurait pu dire : « Je sais ce qui me tourmente, je sais que je pense à la figure, à la voix du D''X... M. Aujourd'hui encore elle nous déclare qu'elle s'en souvient parfaitement : la conscience et le souvenir semblent donc complets. Ce caractère de la conscience de l'idée fixe, entendu dans ce sens qui, à mon avis, est le vrai sens du mot, est un fait très important. D'abord il caractérise un groupe très considérable de malades, les psychasthéniques qui ont des idées fixes conscientes, au moins en apparence. En outre il nous présente un problème psychologique fort délicat, car nous avons quelque peine à comprendre que les malades aient une conscience aussi complète de leur idée fixe tout en avant aussi peu de pouvoir sur son développement ou son arrêt. Rappelons-nous donc que la plupart des idées fixes anciennement connues, les monomanies d'Esquirol, sont des idées conscientes, c'est-à-dire connues par le malade.
Cette malade que j'étudie devant vous, ne présentait pas uniquement ce symptôme de Vidée fixe, elle avait depuis longtemps un état d'esprit tout particulier qui, à mon avis, a permis le développement de l'idée fixe. Cet état, qui se caractérisait surtout par la suggestibilité, consistait en troubles de la perception, en alté-
1. Pierre Jancl. Accidents mentaux de.s hystérif/ues. 1894, p. 'ÔO. 56.
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liitions riiriciises de l;i iiK-moire se rapprochant l^oaucoup de raiiiiii'sii> c'oiilimio, vvt oubli cont iiincl dos choses récentes', en un(* diminution considéiable de hi v()h)nté et de l'attention. Ces divers svinplômes l'ondainentaux constituent les signes de hi faiblesse mentale des stii>mates de psychasthénie.
Enfin, d'autres symptômes pouvaient être considérés comme poste rieurs à l'idée fixe, comme la conséquence de cette idée ; ce sont, en premier lieu, des actes, des paroles, des délires et aussi de nouveaux troubles de la sensibilité, de l'attention et de la mémoire, qui se surajoutaient aux premiers.
Si nous faisions une étude complète des idées fixes, il faudrait étudier séparément ces trois groupes de symptômes, distinguer soigneusement ce qui est un stigmate primitif, une simple manifestation de la faiblesse cérébrale qui va servir de terrain favorable au développement exagéré d'une idée, ce qui est une idée fixe accidentelle, et ce qui est une conséquence de l'idée fixe. Un même phénomène comme le doute, par exemple, peut, suivant la façon dont il se présente, être simplement un stigmate, constituer un(> idée fixe ou dépendre d'un trouble d'attention consécutif à l'idée fixe". Ces distinctions ne sont pas, à mon avis, sans importance. Il faudrait aussi étudier le phénomène des idées fixes en luimême et constater les variétés qu'il représente, suivant que l'idée est complète et se développe jusqu'à l'hallucination, ou qu'elle est incomplète et se réduit le plus souvent à l'obsession verbale, suivant (jue l'idée est primitive ou qu'elle est secondaire et dérive de la première, comme 1 idée de remords dans le cas présent dérivait de l'idée amoureuse, suivant que l'idée est acceptée par le sujet (jui croit à la réalité extérieure ou qu'elle est repoussée par le malade qui se rend compte de son trouble mental, etc. Mais nous ne pouvons entrer dans ces questions, que nous avons