Un cas d'hémianopsie interne
La malade que nous allons étudier est une femme de quarantedeux ans que je connais et que j'étudie depuis très longtemps, l-ln clTet, et cela n'est pas indifférent pour l'étude des faits que je vous si<;nale, il y a près de cinq ans que j'ai rencontré cette personne pour la première fois dans le service de mon éminent maitre M, Jules Falret et que je continue à suivre régulièrement, sans interruptions, tous les incidents de sa maladie. J'ai déjà décrit cette malade sous le nom de « Justine » et j'ai exposé d'une façon assez complète la plupart des accidents qu'elle a présentés autrefois dans un article publié le printemps dernier par la Revue philosophique \
C'est avant tout une malade à idées fixes ; ce nest pas là un diagnostic, si vous voulez, c'est au moins lénoncé du symptôme pathologique de beaucoup le plus important qu'elle a toujours présenté. Pendant vingt années de suite, elle a été tourmentée par une idée fixe à la fois obsédante et impulsive, celle du choléra, et cette idée l'avait mise dans un tel état de délire que l'on venait pour l'enfermer dans le service de M. Falret. Quand cette idée du choléra a été elTacéc de son esprit par des procédés psychologiques sur lesquels j'ai longuement insisté, j ai vu surgir dans son esprit d'innombrables idées fixes nouvelles en rapport avec la précédente et en dérivant par association ou sans rapport avec elle. Il semblait vraiment que cet esprit affaibli par l'idée fixe primitive ne fût plus capable de résister aux influences les plus légères qui provoquaient continuellement l'apparition d'idées fixes secondaires.
1. Pierre Jaiul, Histoire d une idée fixe. Revue philosophique, iévrier 189'i, {>. 121 el cha|)ilre iv de ce livre.