‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 94 sur 326 · Aicidciils nit'iildii.r des Ityslcruiuos, 1893, p · texte numérisé non relu

Aicidciils nit'iildii.r des Ityslcruiuos, 1893, p

rétrécissement extrême du champ visuel des deux yeux. Très souvent, à la suite de ses attaques, elle reste entièrement contracturée de tout le corps. Elle reste absolument Immobile sur son Ut, les jambes dans l'extension forcée, les bras appliqués le long du corps, les poings fermés, la tète droite, les yeux clos et les dents'serrées. Cet état, qui peut se prolonger deux et trois jours si on n'intervient pas, est des plus singuliers au point de vue psychologique. La malade, totalement insensible à toutes les excitationt extérieures, n'est pas absolument sans conscience, elle a des rêves très complexes dont elle perd absolument le souvenir quand elle revient a l'état normal, mais dont elle retrouve la mémoire dans l'état de somnambulisme provoqué. Ces rêves variés sont surtout caractérisés par un sentiment de bien-être, de béatitude; la malade ne sent plus aucune attache terrestre, elle ne sent plus sou corps et croit voler en l'air, etc. Je remarque en ce moment le même sentiment de béatitude pendant l'attaque d'une autre malade qui a également perdu à ce moment toute possibilité de se mouvoir et tout sentiment de l'existence de ses membres. On peut se demander s'il n'y a pas quelque rapport entre ces deux phénomènes. Mais je n'insiste pas sur ce point de l'observation.

Il n'était pas bon de laisser se prolonger cet état, car la malade pouvait rester endormie plusieurs jours et se réveillait d'ordinaire avec les deux jambes contracturées. Il fallait donc après chaque attaque défaire les contractures de Célestine, ce qui n'était pas un petit travail, surtout si l'on songe que cette opération fatigante devait être recommencée deux ou trois fois par semaine. Quelquefois toutes les contractures n'étaient pas bien défaites quand on réveillait la malade, et celles qui subsistaient devenaient permanentes et tenaces. Elle garda ainsi pendant une semaine une contracture isolée du grand pectoral gauche : l'épaule gauche était tirée en avant et le bras appliqué contre le corps. Détail très particulier, quoique la peau fût absolument insensible surtout le reste du corps des deux côtés, la sensibilité était réapparue normaie sans hvpoesthésie ni hyperesthésie dans la région du muscle contracturé.^es impressions cutanées parfaitement distinguées en cet endroit ne déter.ninaient pas de soufïVances exagérées, mais au contraire la pression profonde portant sur le muscle lui-même ou les mouvements que l'on essayait de communiquer à l'épaule provoquaient les cris de la malade.

304 MUSCLES DL TllONC CHEZ LES HYSTÉRIQUES

Cette réapparltioM ilc la sensibilité sur la peau <jiu recouvre le grand pectoral me païaît pouvoir s'expli([uer par l'attention plus grande que la malade donnait ;» cette région contracturée; mais ce n'est là qu'une supposition sur laquelle je ne puis insister ici. Je rappelle seulement que le même fait se produit quand on attire l'attention d'une hystérique sur un point déterminé de la peau anesthésiée, ce point devient sensible, tandis que les parties avoisinantes restent insensibles. Les mêmes détails ont été notés chez la même malade un autre jour : une région bien délimitée, grande comme la paume de la main, était restée sensible sur la poitrine sous le sein droit : la pression profonde entre les côtes était extrêmement douloureuse et la respiration était gênée ; je pense qu'une contracture localisée des muscles intercostaux persistait en cet endroit. D'ailleurs je suis disposé à croire que souvent, chez les hystériques, les douleurs qui siègent sur le thorax et que l'on désigne d'une manière trop générale sous le nom de névralgies intercostales doivent être déterminées par des contractures de ce eenre.

Observation VIII. — L'observation de Qy... nous présente une contracture des muscles abdominaux dont l'origine est particulièrement intéressante. Cette jeune fille, âgée de 19 ans, est entrée au mois d'août 1895 dans le service de M. le professeur Raymond; elle est fille d'un père alcoolique qui a quitté sa famille et d'une mère morte tuberculeuse. Abandonnée dès son enfance, Qy... a été recueillie et élevée par une vieille tante qui vient de mourir, il y a un an. A ce moment, cette jeune fille, d'un caractère très doux et très timide, s'efi'raye de sa solitude et de sa misère et passe ses journées à pleurer la mort de sa tante ; elle mange mal, dort peu, devient de plus en plus inquiète et nerveuse. Ce n'est pas encore une hystérique, mais c'est un terrain tout préparé pour les troubles de la personnalité et les idées fixes qui vont constituer la névrose. Un soir, le concierge de la maison entre dans la mansarde de Qy... et veut abuser d'elle. Une lutte s'engage et cet individu parvient seulement à mettre la main sous les jupes de la jeune fille et à lui toucher le ventre du côté droit. A partir de cet incident, la santé de Qy... est tout à fait altérée; celle-ci se plaint de ne plus pouvoir rien digérer, à cause d'une constipation invincible, elle a sans cesse des étouffements, des rougeurs au visage et des maux de tête ; elle éprouve même de la dillicullé poui' uiiiier : la miction est lente et pénible

et la malade qui redoute cette souffrance n'urine plus ([u'une fois par jour. Enfin, dans l'atelier où elle travaille, Qy... éprouve un jour des angoisses ; elle rougit fortement, elle a quelques mouvements convulsifs des membres, pousse quelques cris et enfin tombe par terre profondément endormie. On ne peut parvenir à la tirer de ce sommeil dont elle ne sort que trois heures plus tard en gémissant et en pleurant, sans aucun souvenir de ce qui vient de se passer. Ces attaques de sommeil se reproduisant tous les jours, on se décide à conduire la malade à la Salpètrière.

Cette jeune fille semble très effrayée, elle répond mal et a beaucoup de peine à sortir de sa rêverie et à prêter quelque attention à ce qu'on lui demande. Je note une diminution considérable de la sensibilité sur les membres du côté droit et un rétrécissement du champ visuel de l'œil droit à 50'^; du côté gauche la sensibilité n'est pas altérée et le champ visuel n'est pas rétréci. Le ventre au contraire est extrêmement hyperesthésié surtout du côté droit et la malade ne tolère pas le moindre attouchement sans pousser des cris. Si on insiste, si on appuie sur la paroi abdominale du côté droit, Qy... se débat un instant, puis s'endort profondément. Je reviendrai sur la signification de ce fait qui semble nous montrer sur la paroi abdominale un point hystérogène et hypnogène. Je remarque maintenant que toute la paroi du ventre est rigide aussi bien sur les côtés qu'au milieu, quoique moins fortement du côté gauche. Il n'v a pas actuellement de niét<''orisme, quoique la malade m'ait dit qu'il v a eu dans les premiers jours un gonflement du ventre ; actuellement on ne constate que l'immobilité et la dureté du ventre. La respiration semble se faire uniquement par les côtes supérieures, la malade ne peut ni pousser des soupirs ni respirer profondément ; en un mot, à l'hyperesthésie de la paroi s'ajoute une contracture des muscles droits et des muscles obliques, surtout du côté droit. A mon avis la constipation, les troubles digestifs et même les troubles de la miction dépendent en partie de l'immobilité de la paroi abdominale, immobilité qui est due à la fois à la contracture et à l'hyperesthésie, car la malade a peur de faire le moindre mouvement de l'abdomen, soit dans la défécation, soit dans la miction.

Obseiuatiox IX. — Je rapproche de l'observation précédente le cas d'une autre malade. Ma... que je décrirai brièvement, car il est presque identique à celui de Qy... Ma..., Agée de 32 ans, est entrée à la Salpètrière au printemps de 1895, parce qu'elle avait

:U)(; MUSCLES 1)(: TIIONC CIIRZ (.KS II VSTKIUQUES

(1rs altiKjiK's (le sommeil à propos do la moiiulie (Mnotioii. Chez cette malade comme chez beaucoup d'autres que j'ai déjà décrites, on peut constater pendant le sommeil hypnotique le souvenir des rêves qui remplissent et qui, à mon avis, jouonl un giaïul lôlc pour reproduire perpéluelleiniMil celle attacjue de somiuell tléterminée, la première lois, par une émolioii violente. La malade avait été guérie l'acilement de ses sommeils el avait quitté Thopital ; le mois dernier elle est revenue se plalndie d'un nouvel accident. A la suite d'une chute dans l'escalier, chute dans la(|uelle elle s'est contusionné le côté droit, elle a de nouveau ses attaques de sommeil presque tous les jours et en plus elle a une déviation permanente de la colonne vertébrale.

Le tronc est légèrement fléchi du côté droit, l'épaule droite est inclinée, la colonne lombaire est légèrement déviée, l'hvpocondre droit ne forme pas un creux, mais la paroi abdominale est rigide, en sent comme une corde qui relie les fausses côtes à l'épine iliaque antérieure, la respiration est gênée, la constipation est complète depuis 6 jours. Ici encore nous avons affaire à une contracture des muscles lombaires fléchisseurs latéraux et du muscle grand oblique de Tabdomen. L'hypéresthésie cutanée qui existe aussi du côté droit est bien moindre que dans l'observation précédente.

OiîSEuvATiON X, — Je terminerai cette énumération en signalant une malade M... chez laquelle la contracture des muscles du tronc est générale comme dans l'observation V, mais bien plus considérable que dans le cas de Co. Il s'agit d'une malade que j'observe depuis plus de sept ans en dehors de l'hôpital et qui a présenté tous les accidents les plus curieux de l'hystérie viscérale \ Cette jeune femme de 29 ans présente depuis dix ans des vomissements incoercibles qui surviennent soit immédiatement, soit peu de temps après ([u'elle a absorbé les aliments; elle ne parvient à s'alimenter que grâce à mille précautions. Ces vomissements alimentaires sont quel({uefois accompagnés de sang; ils sont en rapport avec des spasmes de rœso])hagc, du diaphragme, de l'estomac ; enlin la malade a présenté à diverses reprises des contractures des mâchoires et de la langue, des contractures de l'urètre et même du rectum ; ajoutons que, depuis des années, la malade est anesthésiquc sur tout le corps, qu'elle n'a aucune sensibilité

1. \iiir Ir clmpilrp vi de col ouvrage un ras d allocliirio, p. 235.

cutanée consciente, qu'elle a aux deux yeux le champ visuel réduit à un point, et qu'elle présente les troubles les plus curieux de la mémoire. J'espère pouvoir faire un jour une étude complète de ce cas intéressant, je ne veux étudier aujourd'hui qu'un seul des accidents que la malade présente le plus souvent.

D'une façon presque subite et en apparence sans cause précise, mais en réalité à la suite dune légère émotion, M... se raidit, se contracture complètement. Cette contracture n'envahit jamais, c'est là un fait curieux, les muscles des bras ou des jambes, mais elle porte sur tous les muscles du tronc et sur les muscles des viscères. Je suis disposé à croire que le spasme, chez elle, porte aussi sur le diaphragme, mais l'examen des contractures du diaphragme chez les hystériques me semble important et mérite une étude distincte, je n'étudie en ce moment que les contractures des muscles du tronc.

La malade a une respiration courte, essoufflée, fréquente, qui semble se produire uniquement par les côtes supérieures encore un peu mobiles, la poitrine semble serrée, contractée, en expiration plutôt que en inspiration comme chez Leq... Les bras, sans être complètement accolés au thorax comme chez Co..., s'écartent difficilement et ne peuvent être élevés au-dessus de la tête. Le ventre est quelquefois gonflé souvent quand il y a spasme du diaphragme) : le plus souvent il est rétracté et dur, quand le spasme porte uniquement sur les muscles aljdominaux. Comme la malade est très maigre, on distiuouc au toucher et même à la vue les muscles contractures, les segments des muscles droits, la limite des muscles obliques qui forme un relief, une corde tendue entre les dernières côtes et l'épine iliaque. Dans le dos, on distingue deux lignes obliques formant un angle dirigé en bas vers la première vertèbre lombaire et qui me semblent former la limite inférieure du muscle trapèze.

La malade, absolument raide, marche tout d une pièce sans même pouvoir baisser ou tourner la tète, elle ne peut aucunement modifier sa petite respiration, elle n'a plus de rire, de hoquets, ni de sanglots et se plaint de pleurer « tout silencieusement ».

La digestion est très difficile, la miction ne peut se faire que par la sonde, la défécation très rare (une fois par quinze jours) est extrêmement difficile. Différents médecins qui ont eu l'occasion d'ausculter la malade pendant ces périodes de contractures et qui ne connaissaient pas la nature exacte des troubles respira-

:tOS MISCI.F.S hl l'KONC CIIF./ I.KS HYSTÉRIQUES

toires tlo ci'ltc luahule ont cnleiulii des râles de l)r<)iu'hile, je les ni bien riirement eiilendiis cl je les crois tout à fait accidentels. J^M réalité, malgré ces modifications considérables de la respiration, on ne perçoit guère de signes stéthoscopiques appréciables, si ce n'est la fréquence des respirations et la brièveté de 1 inspiration.

Si i ai réuni en assez grand nond)re les observations de contractures des muscles du thorax et de ral)domen, c est pour montrer (pièces contractures sont fréquentes, l)eaucoup plus fré(|uentes (piOii ne le croit généralement. En dehors des observations précédentes qui présentent des cas typiques du phénomène, on observe des contractures incomplètes de ces muscles, des contractures moins généralisées chez un très grand nombre d'hystériques et elles jouent un rôle important dans leurs malaises, leurs douleurs et même comme on le verra dans leurs troubles viscéraux.

Quand ces malades se plaignent d'étouffer, « d'avoir la poitrine dans un étau », (piand elles toussent, quand elles ont de la peine à digérer, (piand elles souffrent d'une constipation intense, il faut songer à la contracture possible soit de tous les muscles, soit de l'un des muscles du thorax et de l'abdomen.

Aussi le diagnostic de ces accidents est-il important et doit-il être fait avec précision. Les descriptions précédentes permettent de résumer brièvement les signes qui peuvent faire supposer et reconnaître rexistence d'une de ces contractures.

Souvent elles accompagnent d'autres contractures des membres ou de la face, celles de l'abdomen par exemple sont presque toujours surajoutées à la coxalgie hystérique; plus souvent encore elles accompagnent d'autres spasmes viscéraux et il est facile de les soupçonner dans ces cas; mais il faut savoir qu'elles peuvent exister seules sans que le sujet qui se plaint de malaises en sache la nature précise et il faut rechercher ces contractures pour les découvrir.

Souvent ces contractures sont accompagnées par une anesthésie de la région, plus souvent par une hyperesthésie qui permet de les reconnaître plus facilement. Mais elles peuvent siéger sur un côté déjii complètement anesthésique au[)aravant comme dans les observations I, III, VIII et ne pas se distinguer par des caractères superficiels; quelquefois elles peuvent ètie accompagnées par une sensibilité normale des téguments comme dans les observations I et V. On les reconnaîtra en priant le sujet d'exécuter divers mouve-

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