‹ Nervosisme et névrosesChapitre 3 sur 48 · NERVEUX · texte numérisé non relu

NERVEUX

La maladie du siècle. — Les troubles du système nerveux sont devenus tellement prédominants à notre époque qu'ils en sont comme la caractéristique maladive. Nos pères avaient trop de sang, toutes leurs maladies réclamaient la lancette; nous, nous avons trop de nerfs, notre sang appauvri ne parvient plus à les modérer, et ils sont toujours prêts à faire explosion

aussi bien dans l'état de santé que dans l'état de maladie. Cette transformation radicale dans la constitution des individus n'a pas échappé à l'observation du vulgaire qui, toujours enclin à Texagération, et se passant volontiers des ordonnances du médecin, abuse maintenant des toniques et des excitants de toute espèce, comme jadis il abusait des émoUients et de la saignée.

Ces modifications de la santé publique ne sont pas fortuites : elles sont le résultat des profonds changements survenus dans les conditions de Texistence. A la vie paisible, régulière, pondérée qu^on menait autrefois a succédé une existence accidentée, emportée, fiévreuse. Jadis, la tradition et les lois, en parquant les hommes dans des castes fermées, imposaient des bornes à leur activité, contenaient dans d'étroites limites leurs désirs et leurs appétits, et les poussaient tout naturellement dans la voie tracée par leurs ancêtres. Ils y entraient avec la certitude de la parcourir sans encombre, partant sans grand effort. Aujourd'hui que les barrières sociales sont abaissées, un horizon immense s'ouvre à toutes les ambitions, à toutes les énergies : la science, les honneurs, le pouvoir, la richesse sont des buts accessibles à tous. Mais en même temps les obstacles se sont accumulés, la concurrence s'est déchaînée, de telle sorte que la vie est devenue une lutte acharnée où les moins doués succombent, où les mieux partagés s'épuisent en efforts surhumains. La caravane qui s'enfonce dans le désert

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