‹ Nervosisme et névrosesChapitre 4 sur 48 · TROUBLES DU SYSTEME NERVEU II · texte numérisé non relu

TROUBLES DU SYSTEME NERVEU II

laisse derrière elle d'autant plus de cadavres qu'elle s''éloigne davantage de son point de départ : ainsi la société moderne, à mesure qu^elle avance dans la voie du progrès, sème son chemin d^épaves de plus en plus nombreuses, tristes victimes des névroses et des psychopathies.

Notre siècle est le siècle du mouvement accéléré. La modeste diligence qui cheminait à petites journées sur les routes royales du bon vieux temps était l'image fidèle de la vie d'alors ; comme le train-éclair qui fait cent kilomètres à l'heure est le symbole de notre vie à toute vapeur. Nous sommes dans une effervescence perpétuelle; notre système nerveux demeure dans un état de tension qui ne se relâche jamais. L'encombrement des carrières, la difficulté de plus en plus grande d'arriv^er, nous obligent dès le jeune âge à surmener notre cerveau encore imparfaitement développé (i); plus tard nous soutenons ses forces défaillantes par Tusage de nombreux excitants artificiels : c'est une machine dont on charge les soupapes, au risque de la faire éclater ; et de fait, elle éclate souvent. Nos sens constamment tenus en éveil par les impressions sans cesse renaissantes du milieu moderne réclament à leur tour, à mesure qu'ils se blasent et s'émoussent, des excitations de plus en plus fortes ; de là un appétit de jouissances d'autant plus exagéré que le sys-

(i) Voy. Lagneau^L^ surmenage intellectuel. {Ann. d''hyg., j8S6. Tome XVl, p. 274,)

tème nerveux est déjà plus déséquilibré, et des excès de tout genre auxquels il ne tarde pas à succomber tout à fait.

Ainsi, nous ne vivons pas seulement trop vite, mais encore nous vivons trop. Un homme de nos jours, à peine arrivé à l'âge mûr, n'a pas seulement développé plus d'efforts, accompli plus de travaux, soutenu plus de luttes qu'un vieillard d'autrefois -, plus que lui encore il a goûté des plaisirs, subi des vicissitudes, éprouvé des peines et des chagrins. La vie moderne ressemble à un kaléidoscope : aux ascensions soudaines succèdent de désastreux plongeons, et tel qui avait gravi le faîte des honneurs ne tarde pas à retomber dans une obscurité profonde. Les fortunes se font et se défont avec une étonnante rapidité; du jour au lendemain on voit le pauvre devenir riche, le riche retomber dans la misère. Ces contrastes heurtés, ce manque de transition entre les phases successives de l'existence, ces brusques passages d'une condition à une autre sont une nouvelle et puissante cause de détraquement pour le système nerveux qui n'est pas et ne peut pas être préparé à de telles secousses.

Les modifications subites et radicales des conditions de l'existence ne sont pas seulement fatales aux individus, mais à des classes entières. La population rurale émigré vers les grandes villes, croyant y trouver, avec un labeur moins rude, plus de bien-être et plus de jouissances. Ce qu'elle y rencontre, en réalité, c'est une lutte pour Tcxistence bien autrement

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