LES VINS, LA. BIÈRE, LE CIDRE I^Ç
gager à une extrême réserve : « Joseph Frank, dit un auteur, croit que Tabus du vin par les fetn mes, dont le système nerveux jouit d'une si grande irritabilité, est une des principales causes de l'avortement et des fâcheux accidents de la parturition, qu'il est si commun d'observer dans les pays vignobles » (i). C'est un point de vue que nous ne pouvions oublier.
Vins blancs. — Si les gens nerveux ont besoin de surveiller l'emploi qu'ils font des vins rouges, ils doivent s'abstenir des vins blancs, dont Faction sur le système nerveux est toute spéciale, et des plus énergiques.
Qu'ils proviennent des crus fameux du Bordelais, des coteaux du Rhin ou de la Loire, des plaines de la Champagne ou de régions moins vantées; qu'ils soient secs ou mousseux, plats ou fortement chargés d'alcool, ils produisent une excitation nerveuse marquée par de l'agitation physique et intellectuelle, un malaise général" et une insomnie pénible. Même à faible dose, ils amènent parfois un éréthisme cérébral-absolumentinexplicable. J'ai vu deux ou trois verres de Champagne frappé produire presque instantanément chez un homme impressionnable et énervé par des préoccupations très vives, une ivresse bruyante, bientôtsuivie d'un collapsus inquiétant.
A quels principes doit-on attribuer ces effets ? C'est ce que la science ne peut dire encore avec certitude. Très probablement il s'agit de l'action spéciale des substances volatiles et éthérées que
,(i) Lancereaux, Dict. encyrlop. des se. méd., i^e sér., t. II,
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contiennent tous les vins blancs, même ceux de qualité inférieure. L'acide carbonique dont sont chargés les vins mousseux vient ajouter ses effets à ceux du vin lui-même. Ce gaz est un stupéfiant mais qui, avant de stupéfier, produit une vive excitation. Trousseau qui avait remarqué la puissance toxique toute spéciale de certaines boissons alcooliques, classait à part comme particulièrement dangereux le vin de Champagne, le vin du Rhin, les eaux-de-vie de grains et de pommes de terre.
Bières. — La bière ne convient pas aux estomacs atones. Elle est lourde, provoque des aigreurs et de la fatigue stomacale. En raison delà grande quantité d'eau qu'elle contient, elle est débilitante*, de là vient l'usage adopté dans les pays du Nord, d'en faire suivre l'ingestion de doses plus ou moins fortes de genièvre. La bière, suivant les espèces, contient de 4. à 8 pour 100 d'alcool; l'Aie et le Porter sont les plus alcooliques, la bière de Strasbourg l'est le moins.
Cependant, cette boisson peut rendre quelques services dans le cas où il y a indication de réduire au minimum la quantité d'alcool absorbée, indication qu'on rencontre dans certains états névropathiques.
M. Coulier fait observer qu'en buvant à son repas une demi-bouteille de vin, on absorbe de 40 à 45 grammes d'alcool anhydre, tandis qa'une bouteille de bière, qui peut dans l'alimentation remplacer la demi-bouteille de vin, ne contient que 3o grammes d'alcool ; d'où une quantité de 1 1 kilo-
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grammes d'alcool pur soustraite par année à réconomie, ce qui n'est pas à dédaigner, quand l'alcool est contre-indiqué (i).
A titre de boisson alimentaire, la bière peut encore être conseillée à certains valétudinaires. Elle contient par litre environ 5o grammes d'un extrait qui renferme un peu d'azote et beaucoup de matières hydro-carbonées qui le rapprochent de la composition du pain.
D'autre part, les personnes sujettes aux irritations de vessie, aux névralgies de cet organe, devront s'en abstenir, car le houblon qu'elle contient a une action irritante sur la membrane muqueuse des organes urinaires.
Les personnes qui ont une forte tendance à engraisser s'en priveront également. L'abus des alcools fait maigrir, mais la bière engraisse.
Cidres. — Le cidre est une boisson froide que l'on corrige aussi dans les pays où il est de consommation générale, par l'ingestion de fortes doses d'alcool. Il est souvent acide, ce qui contribue à le rendre peu favorable aux dyspeptiques et aux gastralgiques. Lorsqu'il est mousseux et chargé d'acide carbonique, le cidre produit rapidement l'ivresse et des effets nerveux analogues à ceux de certains vins blancs.
Les personnes qui y sont habituées peuvent en boire ; les autres s'en abstiendront à moins qu'elles ne recherchent ses propriétés laxatives et désobstruantes ou son effet anti-goutteux qui, au dire de Garrod, serait très réel.
(i) p. Goulier, Dict, encyclop. des se. mé.i^, i« sér. t. IV.
A. CULLERRE. NeRV. II
Vins alcooliques. — L'hygiène domestique, avec ou sans l'intervention du médecin, fait un grand usage de quelques-uns des vins de cette catégorie, qui sont chauds, généreux et produisent, momentanément du moins^ une stimulation énergique du système nerveux. Pris en petite quantité à la fin du repas, ils favorisent, diaprés G. Sée, notablement la digestion.
Le IVladère, le Xérès, le Marsala, le Porto sont des vins secs contenant jusqu^à 20 pour 100 d'alcool. Pour les faire voyager ou pour accroître leurs qualités marchandes, le commerce les additionne encore d'une certaine quantité d'alcool qui va jusqu'à 5 pour 100. « Le Porto, dit Fonssagrives, est véritablement un vin médicinal, et il commence à ce titre, à être fréquemment employé en France dans les cas où antérieurement on recourait à Tusage à peu près exclusif du Malaga... Il se rapproche de nos vins du Midi sous quelques rapports, notamment par son astringence; il excite moins les nerfs que le Madère sec, et a sur la circulation la même action stimulante. »
Le Malaga, le Lunel, le Chypre, le Lacryma- Ghristi, le Malvoisie, sont des vins à la fois alcooliques et doux, d'une authenticité fréquem-
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ment douteuse et dont l'usage, au moins pour quelques-uns, le Malaga, par exemple, est extrêmement répandu. Les gastralgiques s'en trouvent mal, en raison du sucre qu'ils contiennent en abondance et qui subit dans l'estomac la transformation acide. Les estomacs paresseux devront s'en abstenir également, car ils écœurent et enlèvent l'appétit.
Certains de ces vins, comme le Madère, le Malaga, le Banyuls, soit purs, soit additionnés de principes amers^ sont employés comme apéritifs et pour stimuler l'appétit. Ils produisent en général un effet diamétralement opposé ; et les personnes nerveuses doivent s'en abstenir d'une façon absolue. Hippocrate Ta fait remarquer, ce qui n'est pas d'hier, comme on voit : « Boire du vin pur dissipe la faim (i). »
De même doivent être condamnés ces abus du Malaga, du vin de quinquina que font tant de gens sous prétexte de remédier à des faiblesses, à des défaillances dont ils se sentent menacés. Habituellement pris à jeun, ils ont une action pernicieuse sur l'estomac et se présentent dans des conditions d'absorption des plus favorables à la production de l'intoxication alcoolique.
Une dame, âgée de vingt-huit ans, sans avoir jamais fait de maladies graves, avait toujours été un peu nerveuse et délicate. Elle jouissait à dix-huit ans d'un embonpoint considérable qu'elle voulut combattre par l'eau vinaigrée.
(i) HippocratQj Aphoris.neSy traduction Littré^ Paris, 1844.
Ce traitement réussit à la rendre sérieusement malade ; pourtant elle se remit, mais Tembonpoint disparut. Elle se maria, eut trois grossesses régulières et jouit pendant une dizaine d'années d'une santé satisfaisante.
Mais à ce moment, elle s'affaiblit et devint anémique. Elle mangeait très peu, se plaignait de malaises, de douleurs d'estomac, de dyspepsie. Son médecin lui conseilla les toniques. Alors elle se mit à prendre quotidiennement une dose de vin de quinquina au Malaga évaluée à un verre à Bordeaux. De plus, elle déjeunait souvent le matin avec du Malaga pur et des biscuits. Ce régime, au lieu d'améliorer son état, Tempira sensiblement. Les travers de son caractère s'accentuèrent; elle devint d'une jalousie extrême et faisait à son mari les querelles les plus absurdes et les moins motivées. Elle commença à se plaindre qu'on parlait mal d'elle, que ses voisins lui en voulaient-, elle entendait des paroles injurieuses à son adresse.
Peu à peu elle se met à parler avec une loquacité inaccoutumée et incohérente. L'excitation redouble ; elle est envahie par une peur sans cesse croissante; elle voit dans son lit des crapauds^ des serpents ; elle sent qu'on la pince, qu'on la tourmente de mille manières. Les joues sont rouges, la peau chaude, la langue saburrale. Elle fait des gestes bizarres, des grimaces, fixe avec son doigt un des angles de sa chambre, fait faire silence pour mieux prêter l'oreille à ses hallucinations. Elle ne veut pas rester couchée, bouleverse ses couvertures dans
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lesquelles elle cherche des rats et d'autres bêtes immondes. Elle parle beaucoup, sans suite; s'arrête parfois, effrayée, demandant une lance pour chasser les animaux qui viennent la dévorer. L'insomnie est complète, et bien qu'il n'y ait pas de tremblement de la langue, on constate quelques contractions spasmodiques dans les doigts.
Il fallut plusieurs semaines pour obtenir la guérison de cette maladie qui n'était autre chose qu'un cas d'alcoolisme subaigu. On comprendra sans peine que chez une jeune femme affaiblie et anémiée, névropathique, ne mangeant pas, des doses de Malaga, quoique peu considérables en elles-mêmes, mais prises à jeun et répétées quotidiennement pendant des mois, aient fini par déterminer les symptômes d'intoxication que nous venons de passer en revue.
Les ligueurs. — D'après le professeur G. Sée, (( i'unlité des liqueurs à la fin des repas est incontestable ; il est préférable de ne pas employer les liqueurs sucrées. » Tous ceux qui, sans être à proprement parler des dyspeptiques, ont des digestions anxieuses, pénibles, accompagnées de cet alourdissement des fonctions cérébrales, de cet accablement des énergies physiques qui finit par mener à l'hypocondrie, souscriront à ces préceptes.
Les alcools secs tels que le cognac, le rhum, le kirsch, le genièvre, sont ceux qui à petite dose ont l'action la plus rapide sur l'estomac, et qui, dans certains cas de malaise stomacal, produisent le soulagement le plus complet et le plus
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rapide. C'est un fait d'observation indiscutable, et qu'il faut accepter en dépit des expériences physiologiques qui prétendent démontrer que l'alcool non dilué arrête les fonctions digestives. En France, on préfère généralement le cognac, qui est sans rival, quand il est de qualité irréprochable. Le kirsch, dont l'arôme délicat décèle de petites quantités d'acide prussique, jouirait sur le système nerveux d'une action sédative assez marquée.
Les liqueurs sucrées ont l'inconvénient de provoquer les acidités gastriques chez les personnes sujettes au pyrosis. Chez celles qui n'ont pas à craindre cet inconvénient, elles jouissent des mêmes propriétés eupeptiques que les alcools secs. L'anisette est stomachique, et, dit Fonssagrives, « combat efficacement cette disposition flatulente, si commune à toutes les dyspepsies atoniques. » Le curaçao^ par ses propriétés amères et aromatiques, a une action tonique sur l'estomac. La chartreuse mérite son titre de reine des liqueurs^ et Télixir de Garus est digne de sa réputation séculaire.
Les liqueurs, surtout les alcools secs, sont encore appelés à rendre d'autres services. En général, ceux qui ne peuvent, sans éprouver des renvois acides et une sensation de brûlure à Pépigastre, prendre du vin à leurs repas, tolèrent parfaitement l'eau additionnée de rhum ou de cognac (G. Sée), et cette boisson a sur leurs fonctions digestives l'action la plus salutaire.
Les personnes défaillantes mettent encore en
usage avec un certain succès des alcools aromatiques plus concentrés que les liqueurs ; ce sont : l'élixir de la Grande-Chartreuse, l'eau de mélisse des Carmes, Talcool de menthe, cordiaux dont l'usasse discret ne saurait être déconseillé. Quelques gouttes de ces liquides réveillent la vie qui semble abandonner si souvent les femmes énervées et vaporeuses, si disposées à la syncope, et répandent dans tout l'organisme une chaleur brûlante qui produit une réaction énergique, une véritable résurrection.
Comme pour les autres liquides alcooliques, nous dirons que l'inconvénient des liqueurs réside surtout dans l'abus auquel les gens nerveux ont une tendance naturelle. L'effet réconfortant s'épuise, et demande impérieusement à être renouvelé ; on augmente d^'abord la dose, on la rend ensuite plus fréquente : là est le danger.
Il est un trouble grave entre tous, chez certaines personnes nerveuses : c'est celui qui a l'estomac pour siège, et qui se traduit par une sensation de malaise, de brûlure, d'angoisse qui ne cède qu'à Tingestion de liqueurs fortes. Les femmes surtout, à certaines époques critiques, pendant la grossesse, dans l'état de chloro-anémie, dans la convalescence de maladies graves, éprouvent ce phénomène, d'où naît un désir irrésistible de boire. 11 faut la surveiller avec soin, car il conduit à la gastrite et à l'alcoolisme.
Quant à cet appétit maladif s^ joint de la tristesse, des idées noires, de la dépression mélan-
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colique, de Tanesthésie morale, et qu'enfin au lieu de se présenter seulement dans les circonstances que nous venons d'énumérer, il revient plus ou moins fréquemment à des intervalles réguliers, on a affaire à une véritable psychopathie, le besoin maladif de boire, la dipsomanie.
Au début, ces malades qui ne sont pas ivrognes de nature, opposent la plus vive résistance et s'entourent de toutes sortes de précautions pour ne pas succomber. Peine inutile : leur résistance est la cause même de leur chute ; le premier verre qu'ils boivent est pour se donner la force de vaincre, mais ce premier pas franchi, ils ne peuvent plus s'arrêter. Tout leur est bon pour satisfaire leur passion maladive ; non seulement les alcools ordinaires et les liqueurs, mais Teau de Cologne, le vulnéraire^ Tabsinthe, la teinture de menthe, Téther, et même les boissons dénaturées par des substances écœurantes ou malpropres qu'ils appellent en vain parfois à leur secours.
Cette maladie se déclare chez certaines personnes à prédisposition héréditaire psychopathique, chez certaines hystériques, chez certains hypocondriaques. Elle se déclare encore chez quelques individus à la suite de grandes fatigues cérébrales. Parfois elle signale le début prochain de la paralysie générale progressive.
Morel fait remarquer que des idées fausses sur l'hygiènepeuventy conduire. Ainsi il cite Texem* pie d'un hypocondriaque très intelligent qui s'était persuadé que les toniques pouvaient seuls
apporter un remède efficace à ses maladies imaginaires. Les vins généreux inaugurèrent le traitement, puis peu à peu furent remplacés par les alcools et l'absinthe. Le même auteur fait observer que, sous l'influence d'un état névropathique bien déterminé, Faction de l'alcool est neutralisée et que l'individu peut en consommer de grandes quantités sans en ressentir les effets.
« Un hypocondriaque auquel nous avons donné des soins couronnés d'un plein succès, en était arrivé à un tel dégoût de la vie, après avoir épuisé tous les remèdes imaginables, qu'il conçut ridée de s'abrutir avec les boissons
dilcooliqiies (je cite ses propres expressions) ; il en consomma des quantités vraiment effrayantes sans pouvoir ressentir le phénomène de Tivresse. Dans son désespoir, il avala un jour, presque d^un seul trait et sans plus de succès, un litre de kirsch (i). »
Si tous les névropathes ne doivent pas trouver dans l'alcool le Léthé dont Tivresse fait oublier toutes les souffrances, ils y trouveront à coup sûr l'abrutissement et la dégradation morale, certitude qui doit suffire à les rendre circonspects (2).
(i) Morel, Traité des dégénérescences de V espèce humaine, Paris, 1857.
(2) Voyez Bergeret, De l'Abus des Boissons alcooliques, dangers et inconvénients pour les individus, la famille et la société. Paris, 1870.
Café. — Le café agit sur nos organes par plusieurs principes isolables dont l'action est différente.
Le premier, la caféine, existe aussi bien dans le café vert que dans le café torréfié, et agit principalement sur la moelle et sur le cœur. On l'emploie comme médicament; elle calme les palpitations, augmente la puissance des contractions cardiaques et produit des effets diurétiques.
Le second consiste dans une huile essentielle, une essence aromatique qui ne se développe que par la torréfaction. C'est ce principe qui donne au café son arôme. Il exerce une action spéciale sur l'intelligence; provoque l'affluence des idées, les rend plus rapides, plus nettes, plus claires. Il ouvre l'imagination, dégage la mémoire, augmente l'attention, donne plus de décision au jugement. On a remarqué, toutefois, que les effets de ce principe aromatique sont plus superficiels que profonds, et que s'il donne un tour plus vif à la pensée et à l'expression, il n'augmente pas les facultés créatrices.
Ses effets physiques ne sont pas moins énergiques. Un des plus pénibles est une insomnie persistante, à laquelle viennent s'ajouter parfois
de Tanxiété ép;gastrique, un point gastralgique, l'accroissement de l'excitabilité sensitive, des picotements à la peau, une sensation de froid dans le dos et les lombes, enfin des spasmes et des tremblements. Ces derniers effets, au dire des physiologistes, seraient plutôt dus à la caféine, qui jouirait de propriétés tétanisantes analogues à celles de la strychnine, qu'à Tessence de café.
Une dernière propriété du café, qui reste hypothétique, serait de déprimer le sens génital. Ce qui est mieux démontré, c'est que Tinfusion de café torréfié facilite la digestion, augmente les sécrétions gastriques et favorise la contraction des plans musculaires de Testomac.
Les rhumatisants qui souffrent de céphalalgies, les goutteux, les asthmatiques dont la maladie relève de la diathèse arthritique se trouvent bien, en général, de Tusage du café. Un médecin (i), à l'appui de cette thèse que le café pris avec modération était favorable contre la migraine, la gravelle et la goutte, a fait observer que l'arthritis est à peine connue en Turquie et aux Antilles, où cette boisson est d'un emploi vulgaire.
Les gens flegmatiques et polysarciques s'accommodent mieux du café que les personnes nerveuses. A celles-ci, il procure presque à coup sûr des crampes d'estomac, des palpitations, de l'insomnie et une surexcitation très pénible
(i) Foy, Notes sur les propriétés médicales du caféo {Bulletin de thérapeutique, t. Vill).
du système nerveux. Elles feront donc mieux de s'en abstenir, bien que i^iiabitude finisse par avoir raison de cette extrême susceptibilité.
L'abus du café est plein d'inconvénients pour les névropathes; il provoque à la longue une sorte de cachexie caractérisée par la pâleur de la face et des téguments, des troubles de la respiration, de la dyspnée, des palpitations et une tendance continuelle à la s3mcope.
Krishaber a signalé les dangers du café et du thé dans cette forme de névropathie qu'il a désignée sous le nom de cérébro -cardiaque, « Il est, dit-il, parfaitement admissible, suivant moi, que Faction des boissons excitantes ingérées journellement et restée presque inaperçue chaque fois, s'accumule en quelque sorte, et se manifeste par des phénomènes d'intoxication à un moment déterminé. Ne voyons-nous pas que les choses se passent ainsi pour les boissons alcooliques ? Le delirium tremens, produit d'une intoxication lente et progressive, éclate le plus souvent brusquement soit sans causes appréciables, soit au contraire à l'occasion d'une maladie intercurrente. Je ne vais pas jusqu'à supposer que la névropathie dont je m'occupe est le dilirium tremens des boissons excitantes, mais je ne puis méconnaître la large part qu'elles ont prise dans le développement de cette névropathie, dans sa recrudescence lorsqu'elle tendait à diminuer, et dans sa prolongation excessive. J'ai interrogé à ce sujet tous mes malades sans exception et je puis affirmer que presque tous ont fait grand abus, ou
au moins usage exagéré de café, du thé, et quelques-uns de tabac (i). »
Tels sont les effets de ce qu^on pourrait appeler Vivrognerie du café et du thé, ivrognerie à laquelle sont portés surtout les femmes nerveuses et les hommes qui se livrent aux travaux de Tesprit. Le café a été accusé par Stoll de causer Thystérie, et cette opinion a été depuis partagée par beaucoup de médecins. Hahnemann (2) le rend responsable de la décadence intellectuelle de notre siècle, qui au lieu d'enfanter des chefs-d'œuvre ne mettrait au jour que des œavres creuses et sans profondeur. Il oubliait sans doute que Voltaire et Baffon, qui ont largement, pour leur part, contribué à la création des chefs-d'œuvre du xviii® siècle, faisaient usage de café. M°^® de Sévigné disait du café : « il m'abêtit » -, elle n'a pas réussi à faire école. Tissot prétend que c'est un poison pour les gens de lettres ; s'il tue, il y met le temps, comme Ta bien prouvé Fontenelle.
En somme, il ne faut rien exagérer *, l'usage modéré des boissons stimulantes ne peut être dangereux que pour quelques rares personnes présentant une intolérance spéciale; pour les autres il restera inoffensif à la condition cependant qu'il n'ait pas pour but de faire disparaître la fatigue intellectuelle causée par une application prolongée, et de faciliter ainsi un excès de travail. L'épuisement cérébral et les troubles les
(î ) Krishaber, Dict. encyclop des se. méd., j« sér., t. XIV. (2) Hahnemann,ii^«ie sur le café, in Études de médecine homœopathique. Paris, i855.
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plus graves du système nerveux ne tarderaient pas à être les conséquences de cette dangereuse pratique.
Tlié. — Comme le café, le thé contient à la fois un alcaloïde, la théine, identique chimiquement à la caféine, et qui jouit par conséquent des mêmes propriétés, et un principe aromatique dont Faction sur le système nerveux est toute spéciale.
Les innombrables variétés de thé peuvent se ranger en deux catégories : le thé vert et le thé noir. Les deux sortes ne diffèrent entre elles que par le mode de préparation. Le thé vert simplement exposé à la vapeur puis séché dans des récipients de fer conserve tous ses principes aromatiques, ce qui explique ses propriétés plus excitantes sur le système nerveux, tandis que le thé noir est desséché à une température élevée qui volatilise une partie de son principe actif.
L'action du thé est très analogue à celle du café. Ses effets immédiats consistent en un sentiment de bien-être, une rapidité plus grande de la circulation, un besoin de mouvement et d'activité, l'accélération des fonctions digestives. A cette stimulation purement physique fait bientôt place une excitation cérébrale légère, à la fois douce et agréable : on se sent porté à la bienveillance, à l'attention et à l'étude : le travail cérébral devient facile, Tintelligence plus vive, le jugement plus profond.
Parmi les gens nerveux, il en est qui ne peuvent supporter cette boisson. A peine Font-ils ingérée qu'ils éprouvent un malaise générai.
bientôt suivi d'une excitation pénible, d'une sorte d'ivresse, de l'insomnie et de la courbature. Ils doivent s'en abstenir d'une façon complète (1).
L'abus du thé ne tarde pas à être suivi d'accidents nerveux analogues à ceux du café : vapeurs, gastralgie, agacements, bâillements, palpitations, tremblements^ tristesse, insomnie. Les thés verts, surtout, exercent à la longue sur le système nerveux une action toxique amenant une débilité de plus en plus grande, une émaciation progressive, une véritable cachexie. Pour ceux qu^épargnent les troubles nerveux, Tusage abusif du thé présente d'autres inconvénients. Il débilite, fatigue les organes digestifs et peut amener une dilatation permanente de l'estomac.
Le thé convient principalement aux personnes grasses et lymphatiques, aux constitutions catarrhales et rhumatisantes, aux gros mangeurs d'aliments gras et farineux, à ceux qui habitent des contrées humides et marécageuses. Il se montre efficace dans les fatigues d'estomac qui sont le résultat de veilles prolongées ou des excès de table. Il facilite le traitement de l'ivrognerie en substituant sa stimulation à celle de l'alcool et en combattant le collapsus qui succède chez le buveur à la privation des spiritueux. Enfin il convient aux vieillards <(. qui
(i) Depuis quelques années divers médecins anglais et américains ont décrit sous le nom de théisme aigu et chronique, une maladie très analogue à l'alcoolisme, causé par l'abus du thé poussé jusqu'à l'ivrognerie.
trouvent dans les arômes suaves le dernier plaisir des sens, et dans une stimulation de quelques heures l'illusion de la force (i). »
Chocolat. — Le chocolat est un aliment qui a pour base le cacao. L'usage en a été importé en Europe par Fernan Gortez après la conquête du Mexique. Il devint en grand honneur sous Louis XI V"-, Marie-Thérèse en faisait son aliment de prédilection, et il surprenait tout le monde par le nombre et la diversité de ses propriétés. « Je pris, dit M'^® de Sévigné^ du chocolat avant hier pour digérer mon dîner afin de bien souper, et j'en ai pris hier pour me nourrir et pour jeûner jusqu'au soir; voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu'il agit selon l'intention. »
Le cacao, comme le café, doit être torréfié pour servir à Talimentation. Il contient un alcaloïde analogue à la caféine et à la théine, la théobromine -, un corps gras abondant, le beurre de cacao, et une notable proportion d'albumine. C'est un aliment analeptique, mais indigeste, en raison de la matière grasse qu'il renferme. Le chocolat au lait se digère difficilement ; préparé à Teau il est moins lourd. On le rend moins indigeste en l'aromatisant avec la vanille, la cannelle, et surtout en l'associant au thé ou au café.
Pour les estomacs qui le supportent sans malaise, le chocolat n'a aucun inconvénient.
Nous laissons à Brillât-Savarin la responsabi-
(i) M. Lévy, Traité d'hyg., t. I, Paris, 1879.
lité de l'opinion devenue vulgaire, qui accorde à cet aliment de hautes vertus aphrodisiaques.
Boissons aromatiques diverses. — Dans le but soit d'activer la digestion, soit d'obtenir un effet antispasmodique, on fait assez communément usage de boissons aromatiques chaudes telles que Tinfusion de menthe, de mélisse, de badiane, de tilleul, de fleurs et de feuilles d'oranger. Ces boissons ont une action eupeptique évidente; elles stimulent le tube digestif, et activent la circulation. Les vaisseaux se dilatent, la peau devient moite et chaude, le sang circule avec plus de facilité. Il en résulte une légère stimulation cérébrale, souvent aussi de l'insomnie, et une action aphrodisiaque chez certains individus. Mais ces effets, assez analogues à ceux du thé, sont beaucoup plus incertains et surtout plus éphémères.
On ne trouve dans ces substances, que le principe aromatique stimulant propre à chacun d'eux. Tout principe alcaloïdique analogue à la caféine, faisant défaut, elles n'ont naturellement aucune action alimentaire et n'exercent aucune influence sur la nutrition.
Ces boissons sont utilisées aussi avec avantage dans certains troubles névropathiques. La menthe» la mélisse sont stimulantes, elles conviennent dans les névroses utérines. La badiane réussit dans les coliques venteuses; le tilleul, les fleurs d'oranger dans l'hystéricisme, les spasmes, les vapeurs.
A. GULLERRE. NeRV. 12