‹ Nervosisme et névrosesChapitre 36 sur 48 · LES VINS, LA BIERE, LE CIDRE · texte numérisé non relu

LES VINS, LA BIERE, LE CIDRE

produit une ;exagération de la déséquilibration nerveuse, de l'insomnie, des spasmes, des hallucinations et parfois du délire. Nous n'exagérons pas. Tels sont parfois les résultats du traitement tonique chez les individus névropathiques ; soit que le vin employé soit mauvais, comme nous venons de le dire, soit que la dose raisonnable, par appétence ou excès de zèle, ait été dépassée, soit que la prédisposition du sujet aux perturbations psychiques soit tellement accusée qu'il suffit d'une faible quantité d'alcool pour les déterminer.

Un jour je fus appelé à donner des soins à une dame de quarante-huit ans environ, qui depuis plus d'un an, sous l'influence de la ménopause, était atteinte d'un nervosisme dont les manifestations devenaient de plus en plus graves . A un abattement général des forces avaient succédé des troubles hvstériformes de tout genre, des mouvements convuisifs, des syncopes, des crises subites de faiblesse éveillant chez la malade la peur de mourir, des spasmes des organes de la génération, des étouffements continuels, des désordres gastriques caractérisés par le besoin subit de manger, et une foule d'autres symptômes névropathiques. Le médecin de la famille ayant ordonné le Bordeaux et les viandes saignantes, le traitement fut suivi avec cette conscience qu'on réserve d'habitude pour cette sorte de traitement. Dans les nombreux repas qu'elle faisait par vingt quatre heures, la malade absorbait environ un litre de vin, dose qui peut ne pas paraître exagérée

quand l'appétit est considérable et que Testomac fonctionne bien. Cependant les troubles, loin de se calmer, augmentèrent avec une régularité croissante ; aux symptômes précédemment indiqués vinrent se joindre des rêves, des terreurs nocturnes, des cauchemars : elle voyait des serpents, qu'elle écrasait en marchant; elle tombait dans des précipices, croyait distinguer des cercueils, des tombes autour d'elle. Puis survinrent des vomissements muqueux à goût amer et acide^ principalement le matin à jeun. C'est à ce moment que je fus consulté.

A ces divers symptômes, à l'aspect de la langue qui était rouge, fendillée, animée de mouvements convulsifs, je n'eus pas de peine à reconnaître une intoxication alcoolique dont les effets d'ailleurs ne tardèrent pas à disparaître, grâce à un changement radical de régime.

J'engagerai donc les femmes névropathiques à se défier des vins généreux. Elles sont déjà prédisposées par la constitution même de leur système nerveux à ces troubles psychiques qui vont du simple rêve jusqu'au délire, et dont l'illusion et la peur font tous les frais. Le délire névropathique étant caractérisé surtout par des hallucinations terrifiantes, et le délire produit par l'alcool ayant précisément les mêmes caractères, il en résulte que chez des femmes énervées, de faibles doses de boissons alcooliques suffisent à provoquer ces troubles de l'intelligence et aggraver la maladie qu'elles étaient appelées à combattre.

Enfin, il est une autre raison qui doit les en-

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