‹ Nervosisme et névrosesChapitre 6 sur 48 · TROUBLES DU SYSTEME NERVEUX I · texte numérisé non relu

TROUBLES DU SYSTEME NERVEUX I

d'autrefois. Les fléaux que l'ignorance, la peur et la superstition aidées des redoutables effets de la contagion morale ont déchaînés sur nos ancêtres, jamais les écarts de Tesprit moderne, jamais notre vie agitée, nos excès de travail et de jouissances ne parviendront à les provoquer. Mais quelque fréquentes qu'elles fussent, ces névropathies du temps passé étaient encore exceptionnelles. Elles étaient terribles mais isolées*, ne frappaient que quelques individus et épargnaient le reste. Tout au contraire celles du temps présent sont plus bénignes, mais plus répandues; ce qu'elles ont perdu en violence, elles Pont gagné en diffusion. Elles se sont tellement infiltrées dans les nerfs des générations actuelles qu'elles en ont modifié le tempérament, et que les névropathes s'appellent légion. Leurs manifestations sont plus discrètes, plus mobiles, plus insaisissables; elles se présentent sous des formes innombrables. Eiles ne compliquent pas seulement les états maladifs, mais encore accompagnent souvent les actes physiologiques de l'organisme, et deviennent comme une manifestation normale de la manière d'être de l'individu. Aussi parle-t-on volontiers des troubles nerveux qu'on éprouve; on en plaisante, on en rit quelquefois. Quand on en est exempt, on en prévoit l'arrivée avec une certaine insouciance, et on continue à ne rien faire pour les éviter. On se dit^ après tout, que ce ne sera pas grave ; qu'un peu de repos, un voyage, une saison d'eaux en auront raison. On s'illusionne souvent; les maux de nerfs ne sont pas toujours bé

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nins et ne lâchent pas facilement leur proie; notre époque d'ailleurs en avu naître un terrible, autrefois inconnu. Cette maladie du système nerveux, qui devient de plus en plus fréquente, qui saisit brutalement sa victime en pleine force, en plein épanouissement de ses talents et de son intelligence, et qui en quelques mois la jette, pour y mourir, sur un lit de gâteux, c'est la paralysie générale. Elle décime surtout les plus forts, les plus robustes ; ceux qui, confiants dans Texcellence de leur constitution, surmènent leur système nerveux et, faisant à la fois excès de travail et de plaisirs^ usent, comme on dit vulgairement, la chandelle par les deux bouts. Pour ceux-là, la crainte de Charenton devrait être le commencement de la sagesse.

LE TEMPÉRAMEiNT NERVEUX

Ce que c'est qu'un tempérament. — Malgré la multiplicité des causes susceptibles d'engendrer des désordres des fonctions nerveuses, ne devient pas névropathe qui veut. Il faut encore une certaine disposition naturelle ou acquise en vertu de laquelle les organes de Tinnervation ont, de préférence aux autres systèmes organiques, une tendance à réagir à l'occasion des fonctions normales de Féconomie, ou contre les causes de détérioration qui la mena

cent. I faut, en un mot, être doué de ce qu'on appelle le tempérament nerveux.

Si Ton eût demandé à un médecin du siècle passé ce que c'est qu'un tempérament, il n'eût pas été embarrassé pour répondre et eût imperturbablement servi quelque belle définition toute prête : un médecin de notre temps est moins à son aise, car plus elle progresse, et plus la science devient réservée, hésitante, au point de vue des dogmes et des doctrines; plus elle sent qu'en ce qui touche l'essence même des choses, il lui est difficile d'approcher de la vérité. C'est qu'en effet la question des tempéraments touche aux plus hautes questions de philosophie médicale. Parler du tempérament de quelqu'un, c'est exprimer une idée qui soulève les problèmes les plus ardus : c'est, d'une part, porter un jugement sur le mythe du péché originel ; de l'autre, c'est en quelque sorte tirer un horoscope. Voilà pourquoi la science hésite et semble vouloir supprimer l'antique notion des tempéraments.

Cependant, on ne peut nier qu'il n'existe des variétés de la santé, des diversités de proportion et d'activité entre les parties du corps, des différences individuelles dans le mode de fonctionnement de l'économie.

Il est des hommes forts^ richement musclés, sanguins, à la mine fleurie; d'autres grêles, blêmes, aux traits mobiles, aux mouvements brusques et saccadés ; d'autres encore aux membres gros, à la face pâle et bouffie, aux mouvements lents et paresseux. Quelque différents

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qu'ils soient, ces hommes peuvent être égale ment bien portants, mais ils ne réagiront pas de même vis-à-vis des influences extérieures ; ils ne sont pas menacés des mêmes maladies, et si quelque cause morbifique les atteint en même temps, leur affection ne présentera ni la même marche, ni les mêmes symptômes.

Caractères du tempérament nerveux.— A quels signes reconnaît-on doncletempérament nerveux ?

Il est possible qu'aucun signe extérieur n'en révèle l'existence. Il peut exister avec les constitutions, les états de santé les plus divers. On voit par exemple des gens robustes, sanguins, doués d'une grande force et d'une énergie à toute épreuve devenir névropathes, mais c'est assez rare pour qu'on s'en étonne chaque fois que cela arrive. Il est plus ordinaire de rencontrer chez ces derniers des maladies aiguës et des inflammations; et quand leur système nerveux est atteint, c'est plutôt dans sa substance que dans son dynamisme. D'habitude, qui dit nerveux, dit quelqu'un de faible, de mobile, d'efféminé; et ce type créé par l'observation de tous les jours et de tout le monde est assez juste. Quand un auteur dramatique veut nous présenter une virago ridicule, il lui donne des vapeurs, et ce contraste nous fait rire, parce qu'il choque nos idées. Il en serait de même d'un cuirassier qu'on nous dépeindrait prompt à la syncope ; cela nous paraîtrait une imagination saugrenue.

« Pour peu que l'on ait exercé son regard

médical dans le monde ou sur le théâtre des hôpitaux, dit Michel Lévy, on a remarqué bientôt, entre les types variés d'organisation qui s'y pressent, des individus à taille médiocre, à visage expressif et mobile, à la fibre grêle et vibratile, aux proportions exiguës, au ton blafard ou terreux de la peau qui va parfois jusqu'à revêtir une teinte jaunâtre ; presque toujours leur œil est vif, leur front haut, et tout leur crâne disproportionné par son volume avec l'étendue de la face. Si on les observe en action, leurs mouvements sont brusques, saccadés, " d'une énergie qui contraste avec leur maigreur ou la mollesse du tissu musculaire; cette pétulance alterne avec une sorte d'indolence et d'affaissement. Si on les touche, leur peau ne procure pas au contact la sensation douce et halitueuse qui caractérise la chaleur cutanée du tempérament sanguin; elle est d'une chaleur acre, et comme mordicante. A cet ensemble de traits extérieurs, comment méconnaître les exemplaires flagrants du tempérament nerveux ?»(i).

Variétés. — Comme nous Pavons dit précédemment, toutes les personnes nerveuses ne répondent pas au type dont nous venons de rapporter la savante description, et en voici les raisons.

D'abord, il existe des tempéraments mixtes; le nerveux s'unit assez fréquemment au sanguin chez l'homme, au lymphatique chez la femme;

(i) Michel Lévy, Traité d^hy g. publique et privée, 6« édit^ Paris, 1879.

et les caractères de ces deux derniers peuvent être assez prédominants pour voiler complètement ceux de leur associé. Ces cas sont excessivement communs, et c'est un peu ce qui donne quelque apparence de raison à ceux qui professent un complet scepticisme au sujet de l'existence des tempéraments tranchés.

Ensuite, les différences individuelles qui constituent le tempérament ne sont pas toujours d'origine congénitale. Dans certains cas elles peuvent être acquiseset être le résultat d'influences dont l'action longtemps prolongée détermine des modifications durables de l'organisme. Ainsi le fonctionnement exagéré du cerveau et des nerfs, les ébranlements incessants et long, temps continués du système cérébro-spinal peuvent créer artificiellement une nervosité excessive, et c'est à ce mécanisme que nous devons certainement à notre époque la prédominance si marquée du tempérament nerveux. Ce tempérament ainsi acquis peut se transmettre par la génération et contribuer à son tour à la diffusion progressive de la prédisposition aux troubles du système nerveux.

Cette action des causes extérieures sur le tempérament ne s'exerce pas nécessairement dans un sens nuisible. Elle est heureusement mise à profit par l'hygiène qui, en imprimant une direction donnée à l'organisme, parvient à en modifier avantageusement les tendances morbides et à transformer dans une certaine mesure la manière d'être de l'individu. C'est ainsi que la prédominance exagérée du système

nerveux peut être dans beaucoup de cas heureusement combattue et souvent neutralisée, sinon anéantie. L'action de Thygiène est surtout puissante sur le tempérament nerveux acquis; elle est moins efficace contre le tempérament nerveux primordial qui prend son origine dans les influences de l'hérédité accumulées de génération en génération.

Parenté desnévroses et des autres maladies chroniques. — Celui qui se reconnaîtra dans le portrait que nous avons donné de l'homme doué d'une prédominance native du système nerveux, ne se trouvera sans doute pas satisfait d'avoir acquis cette notion d'ailleurs incomplète; il cherchera peut-être à pousser plus loin ses investigations, et fouillera dans ce but les archives pathologiques de sa famille. Il peut se faire que ce soit en vain. Ni son père ni sa mère n'étaient d'une nervosité excessive; à peine sa mère avait-elle, dans les circonstances critiques de la vie, quelques crises de nerfs comme en ont toutes les femmes, ce qui ne tire pas à conséquence. Il a peut-être des frères et des sœurs, — pas beaucoup; — mais enfin, il en a, et ils ne sont point, comme lui, prédisposés aux névropathies. Pourquoi lui seul,

peut-être, de sa famille, est-il marqué au front pour le supplice des nerfs, confime une victime expiatoire ? Telle sera la question qu'il se posera vainement sans doute, et à laquelle nous allons essayer de répondre.

Il peut arriver, en effet, que le névropathe n^ait pas pour ancêtre des névropathes; que, le premier de sa famille, il soit frappé de cette forme spéciale des maladies chroniques; en un mot, qu'il commence une série, car s'il est plus général de voir les névroses succéder aux névroses à travers les générations, on n'est pas névropathe de père en fils de toute antiquité, et les ancêtres du premier névropathe ont nécessairement été exempts de désordres du système nerveux. Hé bien, que celui-là étudie de nouveau l'histoire de sa famille; qu'il note au passage les maladies ou les indispositions dont ont pu souffrir ses parents, et voici ce qu'il découvrira :

Son père avait la goutte, ou bien le diabète, ou encore des rhumatismes.

Sa mère était sujette aux coliques hépatiques, ou atteinte d'obésité, à moins qu'elle n'ait eu des arthrites noueuses des mains, ou des éruptions cutanées.

Parmi ses aïeux il en trouvera qui auront souffert des mêmes désordres de la santé, qui auront eu la pierre, la gravelle, des hémorrhoïdes, de l'asthme, la migraine, des névralgies...

Nous voici en contact; qu'il ajoute à toutes CCS modalités pathologiques ses propres ten-

dances névropathiques, et notre observateur aura fermé le cercle où viennent se rencontrer toutes ces maladies réunies entre elles par un lien évident de parenté morbide.

Artliritisme. — C'est en effet une chose à peu près démontrée aujourd'hui que toutes ces affections chroniques sont un peu de la même famille; elles naissent sous l'influence des mêmes causes, ou plutôt du même concours de circonstances, qui presque toutes sont des infractions aux lois de Thygiène. Il est à peine besoin de faire remarquer ce qu'a d'artificiel l'existence de l'homme civilisé. Tous ses soins se portent à se procurer le bien-être, à éviter la douleur, l'épuisement, la fatigue. Il est doué de muscles puissants, et tous ses efforts tendent à s'en servir le moins possible. Beaucoup d'hommes et presque toutes les femmes passent leur vie dans une immobilité forcée, dans l'atmosphère confinée des bureaux, des ateliers ou des appartements, conditions qui s'opposent à l'opération normale des combustions organiques. Nous pourrions satisfaire notre faim avec quelques aliments simples; nous varions les mets à l'infini, nous les soumettons à des préparations innombrables, et en même temps que des jouissances du goût, nous nous procurons une stimulation factice de l'appétit qui nous pousse à des excès de nourriture. De ces causes et de quelques autres encore, il résulte une surabondance de matériaux nutritifs qui, faute d'emploi, encombre l'organisme, en encrasse les rouages, y jette le trouble et provoque les désordres de la

santé dont nous avons parlé plus haut. Ces affections, tirant leur nom des plus importantes et des plus tranchées d'entre elles, la goutte et le rhumatisme, ont reçu le nom de maladies arthritiques^ ou sont englobées dans l'expression synthétique et abstraite d'Arthritisine.

Ainsi l'économie prend peu à peu l'habitude d'un fonctionnement vicieux qui finit par passer à rétat constitutionnel, par devenir une seconde nature. Il peut bien se faire que, dans le principe, ces troubles des fonctions organiques soient légers, ne dépassent pas les limites d'un simple inconvénient compatible avec un état général passable, mais cet état n'est déjà plus la santé ; peu à peu il entraîne des modifications dans les profondeurs intimes de l'être, et jusque dans les mystérieuses fonctions de la reproduction. Les caractères défectueux ainsi acquis peuvent en effet se transmettre par la génération soit d'une façon similaire, soit plus souvent en se transformant, conformément aux lois qui régissent rhérédité morbide ; car ce qui se transmet, ce n'est pas la maladie elle-même, mais une tendance vicieuse de la nutrition dont les effets peuvent se manifester sous de nombreux aspects morbides. C'est ainsi que dans une génération on verra apparaître la goutte, le diabète, le nervosisme ; dans la suivante se manifesteront les névropathies, la lithiase biliaire, la gravelle, la dyspepsie, les éruptions cutanées, les hémorrhoïdes; dans une autre enfin, Tobésité, la folie, les spasmes, les névralgies, la chorée... Plus le trouble de la nutrition s'enracine, et plus les

désordres nerveux deviennent graves et fréquents. Si rien ne vient s'opposer à la marche progressive des déviations nutritives, la race s'abâtardit et finit par s'éteindre dans les dégénérescences, dans les infirmités, les malformations, l'imbécillité, l'idiotie et enfin dans la stérilité (i).

Les névroses, assurément, ne sont pas Tapanage des privilégiés de ce monde, comme pourraient le faire supposer quelques-unes des explications précédentes *, toutefois c'est beaucoup plus rarement qu'on les rencontre chez les gens qui vivent d'une façon moins éloignée des conditions naturelles de l'existence (2). Dans ce cas on constate que Tabsence absolue de bienêtre a des conséquences analogues à Texcès de confortable. Une alimentation insuffisante, une hygiène trop mauvaise, Tinfluence morale de la . misère, les passions dépressives produisent un alanguissement de toutes les fonctions, entravent les échanges et déterminent à la longue tous les effets d'une nutrition défectueuse.

Les anciens disaient que le sang est le régulateur des nerfs; nous pourrions dire à notre tour que les humeurs viciées troublent les fonc-

(i) Voy. Ch. Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition. Paris, i885. — Ch. Féré, La famille riévropathique.{Arch. de neurol.)

(2) La population rurale n'est pas à l'abri des névroses ni des dégénérescences, comme je l'ai moi-même démontré. (Ann. méd. psychoL, 1884.) Mais il est certain que les manifestations légères et protéiformes de la névropathie qui pullulent dans les villes parmi les classes aisées de la société y sont à peu près inconnues, surtout chez l'homme.

tions nerveuses. Nous savons quels épouvantables effets produit sur le système nerveux un sang qui charrie un poison accidentellement introduit dans l'organisme. Quand le sang charrie d'une façon continue les poisons provenant d'un vice nutritif, les déchets incomplètement brûlés de l'organisme, comment ne se produirait-il pas des accidents nerveux ?

Herpétisme. — Les affections comprises dans le terme générique à' arthritîsme ont une tendance à s'isoler par petits groupes qui se manifestent soit successivement chez le même individu, soit isolément chez les divers membres d'une même famille. Récemment, un savant (i) a décrit sous le nom à' herpétisme un de ces groupes très intimement uni lui-même aux affections nerveuses.

L'herpétisme présente deux périodes : Tune caractérisée par des désordres dynamiques du système nerveux : migraines, névralgies, spasmes, hypocondrie; l'autre par des lésions matérielles qui, frappant surtout les téguments et les tissus peu vasculaires, ont pour conséquences les affections de la peau et le rhumatisme articulaire chronique. Nous ne pourrions, sans dépasser les limites de ce travail, entrer dans rétude de ces hautes questions de pathologie générale; contentons -nous d'esquisser, d'après le D' Lancereaux, quelques traits de l'herpétique idéal.

Dès sa naissance, cet être fictif a des aptitudes

(i) E. Lancereaux, Traité de l'herpétisme^ Paris, i883.

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morbides spéciales ; à propos de la cause la plus légère, il sera attteint d'affections spasmodiques, de faux croup, de convulsions passagères. Plus tard, pourront survenir l'incontinence des urines, des rêves, de l'agitation pendant le sommeil; à la puberté, des pertes séminales involontaires, des troubles dyspeptiques passagers ; après la vingtième année, la migraine, les névralgies, les viscéralgies. Enfin, à un âge plus avancé surviendront les affections de la peau, et les autres lésions des tissus dont nous avons précédemment parlé. « Pendant sa première jeunesse, l'herpétique se fait à peine remarquer, soit par ses qualités physiques, soit par ses qualités morales ; mais au fur et à mesure qu'il avance dans la vie, sa physionomie s'accentue, ses traits s'accusent : il est ordinairement sec, nerveux, alerte, remuant, actif, s'il ne tombe pas dans l'hypocondrie. »

Plus d'un névropathe se reconnaîtra à ce portrait : n'a-t-il pas, d'ailleurs, des analogies frappantes avec celui que nous avons donné du tempérament nerveux ?

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S'il est des névropathes exclusivement névropathes, il en est d'autres qui peuvent cumuler plusieurs affections chroniques et éprouver,

soit simultanément, soit alternativement avec leurs troubles nerveux, des manifestations goutteuses, herpétiques ou rhumatismales. Chez ces derniers, les troubles nerveux seront moins tenaces, plus intermittents, plus localisés; chez les premiers, au contraire, la névropathie étant exclusivement en scène, étalera un véritable luxe de manifestations dont la variété et la mutabilité n'ont pas de bornes.

Névropathies partielles. — Parmi cellesci, la plus commune et la plus importante est constituée par le groupe des névralgies. La disposition aux névralgies sera d'autant plus tenace, d'autant plus généralisée que le tempérament nerveux sera plus pur. Un arthritique, un rhumatisant, un herpétique aura plus particulièrement une névralgie localisée à un appareil, au nerf trifacial, au plexus brachial, au sciatique. Un vrai névropathe aura des névralgies multiples, erratiques, parfois générales; il souffrira d'hypéresthésies diverses, soit de la peau, des muscles, soit des organes des sens. Les viscéralgies généralisées, c'est-à-dire les névralgies des organes internes, seront aussi plus particulièrement son lot. Les arthritiques éprouveront des troubles localisés à l'estomac, au foie, aux reins, au cœur ; le vrai névropathe les aura tous, il y joindra les névralgies des organes de la génération, les arthralgies, T'irritation spinale.

La migraine ne semble appartenir particulièrement à aucun état constitutionnel. Elle est fréquente à Tétat de manifestation névropa-

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thique pure, et se transmet souvent par hérédité similaire ; mais elle se rencontre aussi dans la goutte, la dartre, la gravelle, le rhumatisme noueux.

L'angine de poitrine, d'origine purement nerveuse, se rencontre chez les rhumatisants, les hypocondriaques, les intoxiqués par le tabac. L'asthme est plus commun chez les herpétiques. Les spasmes, les crampes, les tics convulsifs, les palpitations nerveuses peuvent se rencontrer isolément; mais la plupart de ces syndromes sont très souvent sous la dépendance d'une maladie nerveuse, comme l'hystérie, dont nous parlerons plus loin, ou font partie d'un ensemble morbide que l'on peut appeler népropathie générale.

Névropatîiie générale. — On désigne sous des noms excessivement nombreux, presque aussi nombreux que les symptômes par lesquels elle se manifeste (i), une affection très répandue, d'une gravité très variable, d'une physionomie vague, confuse, mobile^ insaisissable, frappant à la fois toutes les parties du système nerveux et déterminant des troubles fonctionnels de la sensibilité, de l'intelligence, du mouvement et des organes internes. Nous la désignerons indifféremment dans ce travail sous les

(i) Voici quelques-uns des noms qu'a reçus cette affection : Cachexie nerveuse, maux de nerfs, diathèse nerveuse, vapeurs, affection vaporeuse, névrose protéiforme, faiblesse irritable des nerfs, névralgie générale^ névropathie cérébrogastrique ou cérébro-cardiaque, état nerveux, nervosisme, etc.

noms d'état nerveux chronique; de 7iervosisme; de neurasthénie à cause de la faiblesse radicale de toutes les fonctions nerveuses ; et de névropathie protéiforme, en raison de l'extrême mobilité des symptômes sous lesquels elle se manifeste.

Tous les nosographes sont pris de découragement quand il s'agit de décrire une maladie qui, selon Texpression de Sydenham, n'est constante que dans sa mutabilité (i).

C'est un mélange incessant de surexcitabilité et d'épuisement, de souffrance et d'apathie, de spasme et de relâchement, de sensiblerie et d'indifférence, d'exaltation intellectuelle et d'impuissance mentale absolue. Tout l'appareil cérébro-spinal est ébranlé.

La tête est le siège de troubles douloureux extrêmement variés, de sensations bizarres de vide, de pesanteur, d'éclatement, de vertige, accompagnés d'insomnie, de cauchemars, de rêves pénibles.

Les organes des sens présentent des désordres de toute espèce : l'œil se trouble, perd de son acuité, ne distingue plus les couleurs, éprouve des hallucinations, a peur de la lumière; l'ouïe est le plus souvent exaltée et troublée par toutes sortes de sensations subjectives de sons et de bruits pénibles; le goût et surtout l'odorat sont à la fois décuplés et pervertis; la peau acquiert une sensibilité telle que le moindre souffle,

(i) A. Axenfeld, Traité des néur oses, rt\u par H. Huchard, Paris, i883.

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le moindre contact produit des sensations insupportables,

Le cœur et les organes de la circulation sont tellement irritables, qu'à chaque instant le patient est nienacé de palpitations, de battements des artères, de syncope, d'accès d'angine de poitrine. La respiration est tantôt accélérée, tantôt ralentie par des spasmes que détermine la moindre émotion ; les organes digestifs sont le siège de souffrances innombrables; l'estomac ne digère plus, ou ne fonctionne qu'en ébranlant l'organisme jusqu'en ses profondeurs.

Quant aux viscéralgies, il serait vain d'en essayer même une simple énumération.

Le caractère devient sombre, morose, irritable; la sensibilité morale est tantôt exaltée, tantôt anéantie ; l'intelligence s'affaisse et n'est plus capable d'aucun effort; elle s'absorbe de plus en plus dans les préoccupations égoïstes et dans l'hypocondrie.

Bien qu'ils soient affaiblis à un point considérable, les neurasthéniques sont parfois capables d'efforts extraordinaires quand ils sont poussés par l'idée du devoir, par un violent désir, par une émotion. Une femme névropathique, pouvant à peine se tenir debout, suivra pendant plusieurs heures, au milieu d'une ville insurgée, son mari qui est officier, et dont la vie court des dangers. Une autre femme, que les souffrances tiennent toujours étendue sur sa chaise longue, retrouvera des forces pour soigner nuit et jour son enfant malade ; mais une autre en retrouvera également assez pour aller

au bal, au spectacle, là où l'appelle son plaisir. A la suite de ces excitations passagères et factices survient un abattement nerveux encore plus grand et plus insurmontable qu'auparavant.

Quand le mal se prolonge, le patient tombe dans une anémie et un dépérissement profonds, au point que, comme le fait remarquer Bouchut (i), son existence devient un problème. Néanmoins, la mort n'est presque jamais la terminaison de cette maladie, et ceux qui en sont atteints peuvent voir leur martyre se prolonger jusque dans un âge très avancé.

Tous les neurasthéniques ne sont pas également frappés; il existe de nombreux degrés dans la gravité de leur état. Chacun présente en outre une sorte d'individualité morbide particulière, étant plus spécialement atteint dans telle ou telle fonction, dans tel ou tel organe. De là la tentative de certains auteurs pour diviser la névropathie générale en plusieurs syndromes caractérisés par un trouble nerveux prédominant, comme la névropathie cérébrocardiaque^ la maladie cérébro-gastrique ; la cérébrasthénie, qui ne sont que des formes de la maladie qui nous occupe où prédominent les désordres cérébraux, soit isolés, soit unis aux désordres du cœur ou de l'estomac.

Si nous nous sommes un peu étendu sur cette forme de la névropathie, c'est en raison de son extrême fréquence. On la rencontre à chaque

(î) Bouchutj Du nervosisme. 2° édition. Paris, 1877.

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pas dans le monde ; c'est la maladie des femmes nerveuses, des artistes, des hommes de lettres, des savants (i). Elle se confond bien souvent, chez les femmes, avec l'hystérie ; chez les hommes, en raison de la prédominance des symptômes psychiques, avec l'hypocondrie, le spleen, la mélancolie ; dans les deux sexes, avec le rhumatisme vague. Sa parenté avec les maladies chroniques est affirmée par les médecins les plus compétents. « Tous les cas d'irritation spinale et de neurasthénie que nous avons pu observer, et presque tous ceux dont nous avons vu dans les auteurs la relation complète, surtout au point de vue de Tétiologie, disent Axenfeld et Huchard, sont d'origine rhumatismale ou goutteuse. De là à admettre la nature rhumatismale ou goutteuse de cette maladie, il n'y a qu'un pas et nous n'hésitons pas à le franchir : dans la plupart des cas, la neurasthénie est une névrose arthritique (2). »

Hystérie. — A côté de la névropathie générale vient se placer l'hystérie, qui, dans ses formes atténuées, se confond souvent avec elle. Par la gravité de quelques-uns de ses symptômes, par leur extrême complexité, par sa fréquence inusitée, l'hystérie est la plus importante des maladies nerveuses.

Si l'on en croit Briquet (3), une femme sur deux serait hystérique. Il y a assurément quelque

(i) Voy. Réevillé-Parise, Hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit, Paris, 1881.

(2) Axenfeld et Huchard, Traité des nécroses, Paris, i883.

(3) Briquet, Traité de l'hystérie, Paris, 1859.

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exagération dans la statistique de ce savant*, cependant, si on veut élever à la dignité d'hystérique toute femme qui dans le cours de son existence aura éprouvé quelqu'un des accidents nerveux qui font partie de la symptomatologie de cette névrose, nul doute que le quart, sinon le tiers du genre humain ne soit digne d'entrer dans cette grande famille pathologique.

J'oubliais les hommes qui paient aussi un tribut à rhystérie, quoique beaucoup moins fréquemment. Il est vrai qu'à titre de compensation elle revêt presque toujours chez eux des formes graves. Si sur les deux autres tiers de l'humanité on prélève la part des autres maladies nerveuses, on voit que bien peu de gens peuvent se flatter de posséder un système nerveux vierge de toute tare pathologique. Cette évidence apparaîtra encore plus clairement quand nous aurons décrit le domaine des affections psychiques.

La symptomatologie de l'hystérie est si touffue qu'elle embrasse presque toutes les manifestations maladives dont est susceptible le système cérébro-spinal: convulsions, paralysies, contractures, spasmes, névralgies, anesthésies, hyperesthésies, désordres multiples de la sensibilité générale et spéciale, viscéralgies, céphalalgies, angine de poitrine, asthme, palpitations, troubles des sécrétions, hémorrhagies, désordre de rmtelligence et de la sensibilité morale, délire.

La forme la plus grave, et h-^ureusement la moins fréquente, est la forme convulsive, connue sous le nom dCh/stéro-épilepsie.

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La forme vaporeuse, souvent si difficile à distinguer de la névropathie protéîforme, dont elle est réellement peu distincte, est la plus commune ; à titre exceptionnel, elle se complique parfois de crises convulsives qui ne rappellent que de loin les formidables attaques de l'hystéroépilepsie. Son caractère le plus constant, le plus précieux pour le diagnostic, est cette sensation de boule remontant du ventre à la gorge, qui ne manque presque jamais.

On distingue encore une forme psychique^ qui va depuis la plus légère perversion de la sensibilité morale jusqu'au délire de la folie. Ce n'est pas le moins important des aspects de la grande névrose, que cette perversion presque constante du caractère, cette mobilité excessive des idées et des sentiments, ce relâchement de la volonté et ces tendances impulsives qu'on rencontre peu ou prou chez toutes les femmes entachées d'hystérie.

Plus une maladie nerveuse est grave et atteint profondément le système nerveux, et plus il y a de chances pour qu'elle prenne sa source dans une prédisposition fatale de l'organisme. L'hystérie n'échappe pas à cette règle. Parmi les parents d'une hystérique, dit Briquet, il y a douze fois plus d'hystériques que chez les parents des sujets sains. On trouve également dans ces familles les autres grandes névroses, répilepsie, la folie, ou même la névropathie générale ; car il n'est pas rare qu'une mère neurasthénique donne le jour à une fille franchement hystérique.

Après la prédisposition héréditaire, nous retrouvons celles que créent les maladies chroniques, et en particulier Tarthritisme. Les hystériques sont sujettes au rhumatisme articulaire aigu et on rencontre fréquemment cette maladie chez leurs ascendants ou leurs collatéraux. Les anciens médecins, Sydenham en particulier, avaient déjà fait cette remarque, et n'hésitaient pas à rattacher l'hystérie à la diathèse arthritique.

Cliorée. — La chorée est une maladie nerveuse qui frappe principalement les enfants ; elle atteint quelquefois cependant les adultes et les vieillards. Elle s'annonce par certaines modifications du caractère, par un affaiblissement marqué de l'intelligence et surtout de la mémoire et par des mouvements spasmodiques des membres, qui d'abord discrets et limités, finissent par acquérir une grande violence, et par s'étendre à tout un côté du corps, et parfois au système musculaire tout entier. Chez les enfants, elle a une certaine tendance à la guérison, mais il y a souvent des récidives. Chez les adultes et les vieillards, elle est plus grave et souvent incurable.

Gettemaladie est étroitement unie à la diathèse rhumatismale, et n'échappe par conséquent pas à la règle que nous avons posée. D'après M. G. Sée (i), sur deux enfants rhumatisants, on en trouve un choréique. M. Henri Roger es arrivé, par de savantes considérations, à iden-

(i) G. Sée, De la chorée {Mém. de l'Acad. de méd., j85o).

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tifier les deux maladies et à faire de la chorée une simple manifestation de la maladie rhumatismale au même titre que Tinflammation des membranes interne et externe du cœur.

La frayeur, la colère, la contagion morale ou plutôt l'imitation président à son éclosion. Elle appartient plus spécialement aux climats froids et débute de préférence pendant les mois les plus froids et les plus humides de Tannée. Le sexe féminin y est plus sujet ; et, en fait de prédisposition héréditaire, elle reconnaît non seulement le rhumatisme , mais encore les diverses névroses et surtout la chorée ellemême.

Epilepsie .— Pas plus que la précédente, cette maladie ne doit nous arrêter longtemps ; les affections de ce genre n'intéressent Thygiène que par leurs origines, par leurs liens avec les névroses moins fatales, que les moyens prophylactiques peuvent avantageusement combattre. Mais quels moyens aurions-nous à proposer pour arrêter chez quelqu'un l'éclosion du mal sacré ? S'il est un mal inéluctable, c'est bien celuilà. 11 choisit ses victimes au sortir de Tenfance, les frappe de sa massue, et en vertu de l'impulsion donnée, Taccès convulsif une fois produit reparaîtra désormais à des époques indéterminées, défiant toute prévision, toute hygiène, toute thérapeutique.

Un fait cependant, qu'il est bon de spécifier, c'est qu'il existe un groupe d'épilepsies qui sont provoquées par des infractions aux lois de l'hygiène. Telles sont les épilepsies consécutives

aux diverses intoxications, principalement à Fabsinthismeet àralcoolisme.

L'épilepsie est une forme de la dégénérescence. Dans certains cas, elle semble causée par une compression du cerveau que produit un développement imparfait de la boîte crânienne (i). Elle coïncide dans les familles avec les maladies chroniques les plus graves, la scrofule, le rachitisme, la tuberculisation. Un médecin, le D'' Garrimond, a soutenu qu'elle pouvait être une simple manifestation des maladies arthritiques, rhumatismales et herpétiques. (2) Elle se transmet dans certains cas, par voie directe ; elle est le fruit de Talcoolisme des parents, et les enfants conçus en état d'ivresse, sont presque fatalement voués à ses atteintes.

Psycliopatliies. — ■ Les aliénistes les plus éminents se sont appliqués à montrer par quels liens les désordres de Tintelligence se rattachent aux autres maladies chroniques, et sont subordonnés aux causes multiples qui déterminent les dégénérescences de l'espèce humaine. « Que sont, dit Morel, les asiles d'aliénés, sinon la concentration des principales dégénérescences de Tespèce humaine ? De ce qu^un malade est placé dans ce milieu avec le certificat de maniaque ou de lypéoianiaque, d'épileptique dangereux, de dément paralysé, d'idiot ou d'imbécile, il n'en est pas moins dans la plupart des cas,

(i) Lasègue, De l'épilepsie par malformation du crdne. {Ann. méd psychol , 1877.)

(2) Garnmond, Contribution à l'histoire de Vépîlepsie. {Arm. méd. psychol.)

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sinon dans tous, le produit d'une des causes de dégénérescences qui nous occupent. Nous pouvons mieux que personne apprécier, dans le centre où nous agissons, l'influence des excès alcooliques et de l'hérédité, les conditions fâcheuses antérieures faites à nos malades par la misère, les privations de toutes sortes, les professions insalubres, les milieux malsains où s'est développée l'existence de plusieurs (i). »

D'autres ont étudié la désastreuse influence, sur la santé des générations, des privilèges de l'ordre social et intellectuel, du pouvoir, de la richesse, du talent lui-même. P. Jacobi a démontré avec évidence — et des exemples récents de ce fait sont encore présents à toutes les mémoires — que les races royales et princières finissaient dans le crime, la folieet l'imbécillité, et que les familles des gens éminents par l'intelligence et le talent payaient de leur dégénérescence physique et morale Félévation d'un des leurs. Rien n'est plus vrai que cette sentence de l'Ecriture: Quiconque s'élève sera abaissé (2).

D'autres enfin se sont plus particulièrement attachés à mettre en lumière les parentés des maladies mentales avec la goutte, le rhumatisme , les calculs biliaires, Therpétisme, les faisant ainsi rentrer dans le vaste cadre des maladies chroniques dont nous avons précédemment éta-

(i) Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellec tiielles et morales de l'espèce humaine. Paris, iSôy.

(2) P. Jacobi, Etudes sur la sélection dans ses rapports avec V hérédité che^ l'homme, Paris, 1881.

bli les rapports avec les autres maladies da système nerveux (i).

Les affections psychiques ne forment donc pas un groupe distinct des autres névropathies. Elles y sont si étroitement unies, au contraire, que l'état mental qui accompagne certaines d'entre elles se confond de la façon la plus naturelle avec les psychopathies véritables. Cellesci d'ailleurs sont excessivement variées dans leurs manifestations depuis le trouble le plus léger des idées, compatible avec le fonctionnement régulier des facultés intellectuelles, jusqu'à la déchéance complète et irrémédiable de la raison.

Parmi les formes les moins graves de lapsychopathie nous rangerons les désordres intellectuels qui ont pour caractéristique la conservation de la conscience : ce sont les folies avec conscience, les psychopathies avec lucidité d'esprit. Elles constituent en quelque sorte la forme psychique de la neurasthénie.

Ses victimes sont toutes marquées d'une tare psychique uniforme : c'est l'affaiblissement du pouvoir de contrôle de l'intelligence sur ellemême, c'est la paralysie de la volonté, des centres d'arrêt, laissant le champ libre à l'automatisme de certaines parties du cerveau ; de telle sorte que, sans délirer à proprement parler, sans cesser de pouvoir vivre de la vie commune, ces névropathes sont les esclaves de tics psychiques plus ou moins graves : tantôt ils sont obsédés par certaines idées ridicules, certains

(i) p. Berthier, Des névroses diathésiqiies. Paris, iSyô.

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scrupules, certaines craintes absurdes accompagnées parfois d'angoisse, de vertige, de tendance à la syncope ; tantôt ils éprouvent des impulsions irrésistibles au suicide, à l'homicide, au vol, à l'incendie, aux excès alcooliques, aux abus vénériens, ou plus communément à des actes bizarres ou extravagants sans portée dangereuse. Ces psychopathes ne sont pas des fous proprement dits ; d'une part, ils ont, comme nous Tavons dit, conscience de leur état ; de l'autre, ils ne tombent jamais dans la démence.

Ensuite viennent les psychopathies associées aux autres maladies nerveuses. Certaines névroses, en effet, non-seulement s'accompagnent de désordres de l'intelligence, mais encore ont ce que Ton pourrait appeler leur équivalent psychique : ainsi l'accès convulsif de Tépileptique peut être remplacé par un accès de délire facilement reconnaissable à ses caractères propres. A la crise hystérique se substituent parfois des explosions délirantes plus ou moins bruyantes. Tous les aliénistes enfin connaissent les étroites relations qui unissent la folie im.pulsive avec l'hystérie.

A côté de ces psychopathies formant suite aux névroses viennent se placer les diverses formes de la folie proprement dite, dont le nombre est considérable. Nous n'en ferons pas l'énumération, ce qui, au point de vue où nous nous plaçons, serait dénué d'intérêt. Qu'il nous suffise de dire qu'avec l'hystérie et la neurasthénie, la folie forme un domaine immense qui grâce aux causes multiples que nous avons passées en re-

vue au début de ce chapitre, menace de s'étendre déplus en plus. Nous ne pouvons pas changer les mœurs, arrêter le courant qui nous entraîne à Tabîme ; mais du moins, nous pouvons, par une prophylaxie bien entendue, par une hygiène bien réglée, en modérer les désastreuses conséquences. C'est ce que nous nous efforcerons de démontrer dans la suite de ce travail.

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