‹ Nervosisme et névrosesChapitre 5 sur 48 · TROUBLES DU SYSTEME NERVEUX · texte numérisé non relu

TROUBLES DU SYSTEME NERVEUX

sévère qu^à la campagne, des privations plus rigoureuses, des tentations plus pressantes, des excès plus dangereux. L'alcoolisme et la misère sont deux ennemis sous lesquels succombe trop souvent le système nerveux du paysan devenu citadin.

Malgré quelques misères plus profondes et plus noires qu'autrefois, le niveau général du bien-être et du confortable ne s'en est pas moins élevé. Du haut en bas de Téchelle sociale, la vie matérielle est devenue plus facile, plus douce, plus efféminée. Mais l'excès du bien-être amollit; il aiguise la sensibilité d'une façon maladive, et Torganisme devient si impressionnable que les fonctions physiologiques elles-mêmes ne peuvent plus s'accomplir sans éveiller des malaises douloureux et de réelles souffrances. A notre époque plus qu'à aucune autre, la menstruation, la grossesse, Taccouchement, la lactation, pour ne parler que des fonctions spéciales à la femme, sont devenus autant d'occasions de troubles nerveux et même de véritables névroses. « Les femmes, disait déjà au siècle dernier Jean-Jacques Rousseau, ont cessé d'être mères ; elles ne le seront plus *, elles ne veulent plus l'être. » Aujourd'hui il ajouterait : « elles ne le peuvent plus. »

Enfin, l'émancipation de l'esprit, la liberté absolue de penser, qui est le plus grand bienfait dont puisse se recommander l'époque actuelle auprès des gens d'élite, est un fardeau souvent trop lourd pour ceux dont l'intelligence manque de vigueur ou dont la culture est insuffisante.

De là une désorientation complète qui jette tant de cerveaux dans Taffolement, dans l'absurdité, l'incohérence, les fanatismes, et finalement dans les névroses et la folie. De là encore pour bien des esprits qui se sentent pris de regrets au souvenir des traditions, des idées et des croyances du passé, dont la pensée moderne a fait table rase, un sentiment de découragement, de lassitude, de dégoût, et une tendance irrésistible au pessimisme. Je ne sais qui, déjà, en a fait la remarque : notre caractère national est en train de subir des modifications profondes ; nous devenons mélancoliques.

Les névroses d'autrefois et les névroses d'aujourd'hui. — Est-ce à dire que les névroses soient Tapanage exclusif de notre époque et que nos aïeux aient vécu Tâge d'or du sys-tème nerveux ? Ce serait une étrange méprise. Il suffit de rappeler qu'au xvi® siècle, on comptait en France par centaines de mille les individus atteints d'hystérie, d'hallucinations, de convulsions, de folie. Les terribles épidémies de sorcellerie, d'hystéro-démonopathie, de lycanthropie, de vampirisme^ de théomanie, d'extase, de tarentisme qui désolèrent le moyen âge (i) viendraient encore nous dissuader d'une pareille erreur. Je ne sais trop si malgré nos innombrables misères, nous ne devons pas encore nous estimer privilégiés, et nous féliciter de la bénignité de nos névroses comparées à celles

(i) Voy. Calmeil, De la folie sous le point de vue histoique et judiciaire. Paris, (845.

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