‹ ÆnésidèmeChapitre 14 sur 15 · SM · texte numérisé non relu

SM

leur et presque le seul ouvrage deSextus. C'est là qu^on peut le mieux saisir le caractère de son talent.

Le premier livre , où le scepticisme est défini (a) et séparé nettementdesautresdoctrines(6). a pour objetpropre Texposition des 701:01 ou rpinoi de Fécole pyrrhonienne (c). Or , on sait que les déna xpoTcoi rriç titoxriç sont de Pyrrhon {d). Les Trévrs et les iùo rpôi:oi reviennent à Agrippa , et les ^xrù rpoTroi à iEnésidème. Que reste-t-il à Sextus, pour Tinvention? Exactement rien. Nous jugerons tout-à-rheure la mise en œuvre.

Le second livre traite deux ordres de questions , celles du critérium et de Texistence du vrai (e)y celles du signe et de la démonstration (f). Si Ton prend deux parts dans ce livre , Tune qui revient à l'Académie (g) , Tautrequ^on ne peut contester à iEnésidème (h) , celle de Sextus sera bien petite en vérité. Ajoutez qu'il reste à débattre les droits des absents , je veux dire ceux de Favorinus , auteur du nvppûjveiuv rpoTrcuv et du Hepi (pavTao'taç xarahinrixriç , ceux de Zeuxis, auteur du nepi Sirrcùv lâym, ceux enfin d'Agrippa et de Ménodote , dont les ouvra-

(a) Duch. I auch. 12.

(b) Du ch. 29 au ch. 34.

(c) Du ch. 13 au cb. 17. Les deux tiers du premier livre enTirou.

(d) Indépendamment des travaux de Pyrrhon et de ses disciples inmiédiats sur les dexa rpônot rfiç è'no)(fiç , Sextus avait encore sous la mam les é* crits d'^^nésidème et de Favorinus où ces lieux communs ^n scepticisme étaient développés.

(e) Du ch. 3 au ch. 10.

(f) Du ch. 10 au ch. 22.

(g) Le di. 7 , par exemple , ainsi que les ch. 10 et 11, très-probablonent. {h) Voir dans notre ch. 4 l'argumentation d'^Enésidème contre le vrai , et celle

qui attaque les signes.

ges se sont fondus dans celui de Sextus , du propre aveu de celui-ci.

Le dernier livre traite de Dieu, des causes, de la matière , du mouvement , et la plupart des questions mé ^ taphysiques et morales. Or , il est certain qiie la controverse sur Fexistence de Dieu appartient à PAcadémie, surtout à Garnéade (a). L'ai^umentation contre les causes revient de droit à iËnésidème {b). Les objections relatives au mouvement remontent à Técole d^Elée , aux Mégariens (c) et aux sceptiques.

Il est inutile de pousser plus loin cette espèce d^inventaire de la fortune philosophique de Sextus. Nous en avons dit assez pour établir que son meilleur ouvrage, celui qu'il a imité ou copié partout ailleurs, est une compilation d'un bout à Fautre.

Au surplus , ceux qui revendiqueraient pour Sextus le mérite de Toriginalité , y tiendraient plus que luimême. Cet homme sincère en fait si bon marché qu'on a de la peine à le surprendre parlant eii son propre nom. C'est toujours son école et jamais Sextus qu'il met en avant (rf); o (ruei^rmôq y dit-il, oi cxeTTTuoi , tî cxerrrixiQ , 01 TTuppûbvioi , oi Tzepi Kivm^iSmi^ov ^ oi lïzplk.ypi'K'noLy. Il est

(a) Comparez avec le ch. i des Hyp, Pyrr. liv. m , VAdv. Phys. 333 à 341 , et particuUèremeDt 339 , D . à 34 1 , B .

(b) iËDésidème n'est pas nommé dans les ch. 2 et 3 ; mais U est clair que Sextus a ses écrits sous les yeux. Cf. Adv. Phys. 345, C. sqq.

(c) Particulièrement à Diodore que Sextus cite souvent, ffyp, Pyr. Ul , 8. p. 125, B.— Cf. Adv, Phys. 394, C. 397 , D. Adv. Math. 62, D.

(d) Je note comme une exception le ch. 1 5 du liv. II des Hyp. Pyrrh. où Sextus dit vojxi^Gt). Je cite ici quelques passages où il est évident que Sextus ne parle pas en son nom.

Nyp. PyrA, 14, 15, 16, 17— .Ib. III 13, 15, \6.^Adv. Math. 147, B.

clair que te rôle modeste d^historien et de collecteur suffît pleinement à son ambition.

U y a pourtant de certaines choses dans les ouvrages de Sextus qu^il faut bien lui imputer. Je parle des contradictions grossières , des équivoques et des subtilités ridicules qui y abondent (a). Car de deux choses Tune , ou bien il en est Fauteur , et partant , son esprit en est responsable ; ou bien , il les enregistre les yeux fermés , et il faut encore s'en prendre à son esprit , ou si Ton

(à) Je citerai de préférence le ch. 5 du livre H des Bffp. Pyr. destiné à combattre les dififérentes définitions de Thomme, et le ch. 19 du même li?re , sur Timpossibinté de la division aritiiméti(}ae. Voici une des raisons données par Sextus du ton le plus sérieux : si on pouvait diviser le nomlnre 10 en ses parties, il (todrait qu'elles fussent contenues en lui. Or, quelles sont les parties de 10? Ce sont par exemple les nombres 2,3,4,5,6, etc. Maiasi 2, 3, 4, 5, 6 étaient contenus en 10, 10 s^it égal â2 -t-3 + 4'f-54- 6.... Ce qui est absurde.

Après cet exemple , il suffit d'indiquer dans le liv. III des Hyp. Pyr. le ch. 6 sur le mélange , le ch. 10 sur l'addition et la soustraction arithmétiques, le ch. 12 sur le tout et la partie, le ch. 15 sur le repos.

Quant aux contradictions de Sextus, Tennemann (Mon. de Vhi$t. de la phil. I, §. 191 ) et Ritter ( BisL de la phil. anc. IV, p 235 Sqq. ) en ont noté plusieurs. J'en dterai une seule qui me parait remarquable, en ce que Sextus dit le pour et le contre dans U même page. Dans le npoç loyinLOVç 307 , Sqq,il suppose qu'on lui adresse cette objection: — ^Vous venez de démontrer qu'il n'y a pas de démonstration. Or, de deux choses l'une; si votre déraonstration est bonne, il y a donc des démonstrations. Si elle est mauvaise,ellene prou\e rien contre la démonstration. Sextus fait trois réponses consécutives: 1° Nous ne donnons pas nos démonstrations comme bonnes, mais comme probables. 2o Quand nous démontrons qu'on ne peut rien démontrer , nous exceptons notre démonstration , comme quand on dit que Jupiter est le père de tous les Dieux , on excepte Jupiter. 30 En prouvant qu'il n'y a pas de démonstration , notre dé^ monstration se détruit elle-même avec toutes les autres démonstrations. — Sex- ' tus aurait fait un choix entre ces trois réponses , si son scepticisme eût été intelligent, car li est certain que la troisième seule est conséquente avec l'esprit de VèTCoyri pyrrtionienne. Les deux antres sont en contradiction tout à la fois avec la troisième et avec la doctrine sceptique.

veut y à son défaut d^esprit. C'est la triste fortune des compilateurs qui prennent de tous côtés le bien comme le mal , de répondre du mal sans avoir leur part du bien.

Mais pour qu'on ne nous accuse pas de rien exagérer, donnons au moins une preuve sensible du degré de pénétration de notre auteur*, Il développe, comme on sait, dans le premier livre des Hypotyposeê, les iéy.» rponot de Pyrrhon , puis les Tiévre et les $vo zpôi:oi d'Âgrippa. Il ne fallait pas une grande sagacité pour remarquer que les dixazpé'Koi , réduits à un seul, ne doivent pas s'ajouter aux vivre , mais s'y trouvent enveloppés sous une forme plus sévère. Et quant à la réduction des itévre zp&noi au dilemme ingénieux qui les résume , la plus médiocre intelligence suffisait pour l'apercevoir. Sextus semble étranger à tout cela. Il voit dix arguments d'une part , cinq de l'autre , deux d'un autre côté. Il ne lui en faut pas davantage. Il transcrit le tout, et son. chapitre est fait.

Nous avons jugé Sextus comme philosophe et com me critique. Dira-t-on que c'est surtout un érudift(a)?

(a) Je n'ai pas considéré id Sextas oomme médecin. Toutefois , il ne sera point inutile de remarquer que tout attaché qu'il soit à la secte empirique, il n'en soutient pas moins que la secte méthodique a plus d'analogie avec le scepticisme que la secte empirique, et même que toutes les autres sectes médicales (liyp. Pyr, 1 , 34) . Ce passage a fait croire à Daniel Lederc ( Hist. méd, VL , 2) et à Marsilio Cagnati ( Var, Ohs. m, 18) que Sextus était méthodiste» et non empirique, opinion démentie par le témoignage formd de Diogène (Laert. IX. p. 266) et par Sextus lui-même (Adv. Math, 175 , D. Oiid. p. 248, A.~lbid. p. 255, A.), comme Brucker {HUt. crU, U, 631 sq.) et M. Le Clerc (Biog.tmiv. Art. Sextus) l'ont fait remarquer. Cagnati et Daniel Lederc ont craint d'attribuer à Sextus une contradiction ; mais nous en trouvons chez lui asseiE d'autres

Mais d'abord ^ qu'est-ce que rérudition sans la critique qui Téclaire et la féconde ? Et puis , ne fautril pas rabattre beaucoup , même de cette érudition stérile dont on yeut faire un titre à Sextus ? En réalité , il ne connaît bien que deux écoles, avec la sienne, Técole Stoïcienne et Técole Académique. Et j'avoue que sur ces trois parties de l'histoire de la philosophie , ses livres sont du plus grand prix. Mais il but ajouter qu'il connaît à peine Platon , et semble tout à fait étranger aux écrits d'Âristote (a). Un homme qui aurait lu et médité le premier livre de la Métaphysique ^ eût-il exposé à la bçon de Sextus les opinions des philosophes grecs sur les principes. De Phérécyde et Thaïes, il va à Onomacrite , revient à Empédocle , puis il court à Aristote pour remonter à Démocrite et à Anaxagore , descendre à Diodore Cronus et finir par les Pythagoriciens (c). Qu'est-ce qu'un tel chaos? Estrce de l'histoire? Est-ce de la critique ? Est-ce de l'érudition ?

Je ne dirai qu'un mot du style de Sextus. On n'en a

pour étouffer oe flcrupule.— ( Sur la secte médicale de Sextus , voyez vassiÀdv. Math. 171 , Â. Ibid, 248 , B. 254 , C. 255 , £. 256 , B. 259 » 6. 266, Â. 280, C. 461, C.

(a) \oyeiHyp,Pyrrh, III, 17. CtÀdv.Math, 419, A. II résulte du commencernent de ce chapitre que Sextus n'ayait qu'une connaissance très-vague et trèsindirecte de Platon , d'Aristote , et même d'Epicure. Cf. Adv. Math, 437 . c. ) La lecture des écrits de Sextus m'a convaincu que la plupart de ses expositions historiques ne sont pas faites sur les textes mêmes, mais sur des renseignements de seconde et troisième main. Voyez Pyr. Byp. m. p. 124, c. p. 131 , D. p. 133 , A. p. 334 , B. p. 136 , D. p. 147 . B. Cf. Adv. Math. 133 , A. Ibid. 148 , D. 149, C. 156, E. 159 , B. 160, D. 226 , A. 436 , C. 437 , C. 457, B.

(b) ffyp, Pyrrh. III , 4.

Cf. Adv. Math. p. 367.

— 2<9~ guère, vanté que la clarté. Et il est vrai que Sextus , exœpté en de certaines rencontres , où il a bien Tair de rapporter des opinions qu'il ne comprend pas , Sextus , dis-je j est généralement fort clair ; mais au lieu de cette clarté supérieure qui nait de la force et de Tenchainemaoït des pensées , il n'a guère que la stérile clarté que le style emprunte d'ordinaire à la pauvreté d'un esprit diffus. En général , tel esprit, tel style. L'esprit de Sextus est celui d'un compilateur, et son style est digne de son esprit.

Du reste , il y aurait de l'injustice à lui contester les qualités estimables d'un commentateur studieux. Sa mémoire est exercée et sûre. Aucun soin ne lui coûte pour débrouiller et classer les matières. Il distingue , divise , résume. De peur que le fil de sa laborieuse exposition ne vienne à échapper , il prend la peine de le montrer sans cesse , sauf les cas , rares il est vrai , où lui-même l'a perdu.

Ainsi y des cinq principaux disciples d'iEnésidème , savoir, Zeuxis , Favorinus , Agrippa , Ménodote et Sextus Empiricus , tous , hormis Sextus , paraissent avoir contribué pour leur part , et Agrippa plus qu'aucun autre , à donner au scepticisme une organisation plus complète, et tout ensemble plus étendue et plus simple. Quant à Sextus , si de son chef il a peu ajouté aux travaux philosophiques de ses devanciers , il a su du moins , en les

(a) « La manière dont Sextas rapporte quelque cliose de oomplèfement ininfelligible est en général remarquable. » Ritter Hist de la phil. anc. IV p. 225 , not. 1 .

recueillant a^ec un zèle et une patience dignes d'éloges, nous en faire connaître le résultat définitif , et par là , autant que la nature particulière de son esprit le comportait , il s'est créé des droits à la reconnaissance des amis de la philosophie ancienne.

Vu et lu,

% yart0| en SSoxbonntf

Le 8 juin 1840, Par le Doyen de la Faculté des Lettres de Paris ,

PerroU d'imprimer.

Vimpectemr général des études y chargé de Vadministraiion

de V Académie de Paris ,

Cette Thèse sera soutenue par Emile SAISSET, ancien élèTe de Técole nornaale, agrégé de philosopliie, lioendé^lettres , aspirant au grade de docteur.

TABLI flERES

Ihtroduction m

Chapitre I. De la vie et des écrits d*J)nésidèine. 9 Chapitre IL Du Scepticisme en Grèce avant JEné-

sidème 26

Page 1