‹ ÆnésidèmeChapitre 7 sur 15 · PREMIER ARGUMENT · texte numérisé non relu

PREMIER ARGUMENT

Cet argument comprend la discussion de quatre hypothèses :

A"' et ^ hypotlièses : Le corporel cause du corporel. LMncorporel cause de Tincorporel.

Preuve générale contre ces deux hypothèses. — Si A était cause de B , il le produirait , ou en demeurant en soi j ou en s^unissant à C. Or , s^il demeurait en soi , il ne produirait rien qui différât de soi-même. Car supposez qu^une unité A pût causer une dualité A B , chacun des éléments de cette dualité causerait une dualité nouvelle , et ainsi à Tinfini. — Si au contraire A produisait B en s^unissant à G , alors Tunion de C avec Tun quelconque des deux autres termes en pourrait produire un quatrième , puis un cinquième , et ainsi encore à rinfini.

Preuve spéciale contre la 2™* hypothèse. L'incorpo-

(a) Pour éclaircir quelques parties obscures de rargumentation qui Ta être discutée , nous a?ODS cru pouvoir nous servir avec confiance de deux passages de Sextus ; Tan qui précède immédiatement la citation textuelle du fragment d*i£nésidème ; l'autre , oti la question de la causalité est traitée dans le même esprit et avec des objections tout-à-fait analogues. Voir Sext. Htjp. Pyrr. Li?. III , ch. 2 et 3.

rel est intangible ; il ne peut donc agir ni pfttir en aucune façon.

5™ et 4"^ hypothèses : Le corporel cause de l'incorporel. L^incorporel cause du corporel.

Ces deux hypothèses sont absurdes. Car le corporel n^est pas contenu dans la nature de Tincorporel et réciproquement. Ou bien y si Tun est contenu dans l'autre , il n'est donc pas produit par lui , puisqu'il existe déjà. Donc aucune cause n'est possible.

Dans cette première série d'arguments , deux points méritent seuls un examen attentif. I. La multiplicité ne peut sortir de l'unité , suivant iEnésidème , ce qui renverse les deux premières hypothèses ( et il aurait dû ajouter, toutes les hypothèses possibles ). II. Une cause ne peut produire que ce qui est contenu dans sa nature ; voilà pour les deux dernières hypothèses.

jEnésidème , à la vérité , emploie un argument particulier contre la seconde hypothèse ; mais ce n'est qu'un paralogisme assez grossier qui ne peut nous arrêter longtemps. L'incorporel , dit-il , est intangible. Donc il ne peut ni agir, ni pâtir. Raisonner ainsi , c'est supposer cette majeure : une cause ne peut agir que par contact. Or, qui accorde cette majeure? Personne, que je sache, excepté les matérialistes , c'est-à-dire , les philosophes qui font profession de ne rien admettre qui ne soit corporel. J'avoue qu'il n'est pas malaisé de prouver l'impossibilité des choses corporelles à qui la reconnaît en principe. Arrivons aux arguments sérieux.

I. ^nésidème oppose ce dilemme aux dogmatistes: Ou la cause demeure en soi pour produire son effet, ou elle s^unit à un second terme. La question nous semble bien posée. Deux systèmes en effet partagent les philosophes sur le grave problème du mode d^action des causes. Les uns pensent qu^ une cause ne peut agir sans quelque objet extérieur auquel s^applique son action. Une bille fait mouvoir par le choc une autre bille , voilà le type de la causalité. Ce point de vue est celui des philosophes-physiciens et de la plupart des matérialistes. Suivant d^autres philosophes , une cause n^a besoin pour agir que d^elle seule , c^est-à-dire , de la force qui lui est propre. Cest ainsi que dans le phénomène de la réflexion y le moi , tout en déployant avec énergie son activité , ne l'applique alors qu'à lui-même. Toutes les autres causes , fussentelles privées d'intelligence et de sentiment, peuvent être conçues à l'image de cellcrlà. On reconnaît ici le point de vue de la monadologie et de toute la métaphysique de Leibnitz.

Dans le premier système , l'action de la cause .^t en quelque sorte extérieure , et il semble qu'elle puisse être aisément représentée aux sens et à l'imagination, explir cari imaginabiliter , comme dit Leibnitz (a). Cette action est tout interne au contraire , dans le second système. Mais si elle échappe aux sens , eUe se fait concevoir distinctement, distincte intelligi^ au sein de nous-mêmes par la plus immédiate aperception.

(a) Opéra Leibn. Ed. Datens. Tom. U, 2« partie, p. 49. Deipsanatura sive de vi insita , §. 7.

— *A\ — Plaçons-nous tour à tour avec ^Enésidème à ces deux points de vue. Si la cause demeure en soi , dit-il , elle ne pourra donner qu^elle-méme et par conséquent ne produira rien. De quelle cause s^agit-il ici, je le demande? D^une cause inerte, destituée par hypothèse de toute énergie intérieure ? Cette cause est assurément une contradiction dans les termes. Mais qui fait une supposition aussi étrange? Ce n^est pas nous, mais bien iEnésidème. Nous supposons, nous, une cause qui demeure en soi, il est vrai , mais qui dans son indépendance de tout terme extérieur, reste une véritable cause, c'est-à-dire, un principe de vie, un principe riche de tout un ordre de développements internes, et capable de les faire passer de la puissance à Tacte par la vertu de sa fécondité propre. Un tel principe , s'il existe , se développera par la condition même de sa nature, et ses effets seront parfaitement distincts de lui-même , quoiqu'ils n'en soient pas séparés. Voilà notre hypothèse, celle qu'il faut combattre et non pas une autre. Mais pourquoi parler d'hypothèse? Est-ce vrainHent une supposition gratuite que l'existence d'une cause , féconde sans sortir d'elle-même ? N'est-ce pas pour l'homme le fait le plus certain , le plus simple , le plus intime , le fait même de son existence morale ? Le moi nous est donné à chaque instant comme une cause. Bien plus, il est la source et le type de toute idée de causalité. Or , n'est-il pas vrai que souvent (un disciple de Leibnitz dirait toujours) cette cause demeure en soi et n'agit que sur soi-même ? Quand notre ame , agitée par une passion violente , lutte pour se contenir , qui pourrait dire que cet effort interne, qui souvent nous coûte

si cher , ce nitus à chaque ÎDgtant Fenouvelé , n^est pas une production , une cau$atian véritable ? La conscience parle ici plus haut que tous les raisonnements.

iEnésidème ne Tavait pas consultée , sans doute. Au lieu d^observer la nature , il raisonne sur des abstractions. Il est absurde , dit il y qu^une unité A produise une autre unité B. Oui certes , cela est absurde, si vous parlez d^une unité abstraite comme celle des mathématiques ; il est trop clair qu^une telle unité ne se multipliera jamais elle-même. Mais il n^est pas question ici d'une unité stérile ni d'une multiplication arithmétique ; il est question d'une exertion de force. Nous n'avons pas affaire à des termes abstraits , à des chiffres ; mais à des causes réelles , à des unités vivantes. Et quand nous supposons qu'une force entre en action , il ne faut pas dire qu'une unité devient deux unités , trois unités. Il faut dire qu'un principe simple , mais fécond , tire de soi ce qu'il contenait en germe ; il faut dire que Tunité se développe en multiplicité , de façon que cette multiplicité n'est au fond que l'unité développée, et que cette unité ne peut être séparée , quoiqu'elle s'en distingue y de la multiplicité qu'elle produit.

Les véritables unités, dit supérieurement Leibnitz , ne sont pas des points mathématiques , ni des atomes de matière, à la façon d'Epicure ; pures abstractions de l'esprit humain. Ce sont des atomes de substance, et pour ainsi dire , des foifUs métaphysiques doués d'activité (a) ;

(a) Leibnit. 0pp. £d. Ënlmann. Pars I, p. 1^6. Système nouveau, de la Nat. et de la Commun, des Substances.

simplieitéê fécondes , unités de substances mais virtuellement infinies, par la multitude de leurs modifications, centres qui expriment une conférence infinie (a).

Voilà , dans sa pureté , la notion de cause qu^^nésidème a totalement méconnue , substituant sans cesse aux causes réelles des termes abstraits et immobiles , et résolvant ainsi la question par la question.

La même confusion revient encore , quand il examine si la cause peut produire quelque effet, en agissant sur un terme extérieur. Il y avait ici matière à de graves objections. iEnésidème se borne à dire que si A produisait B en s^unissant à C , il n^ aurait pas de raison pour que Tunion de C avec B ne donnât D et ainsi à l^infini. Supposez en effet deux unités abstraites, ou même deux unités matérielles analogues aux atomes d^Epicure, iEnésidème a raison. Mais laissez de côté les abstractions mathématiques et les chimères d^une métaphysique matérialiste , mettez en présence deux for^ ces véritables, on aura à prouver non pas que deux unités sont incapables d^en produire trois , mais que le développement d^une certaine force ne peut avoir pour condition Faction d^une autre force , ce qui est parfaitement différent. iEnésidème, cette fois encore, résout donc la question par la question , et en définitive, son dilemme contre les causes n^est qu^une double pétition de principe.

II. Voyons s41 raisonne mieux contre ses deux dernières hypothèses: le corporel cause de Tincorporel, et rincorporel cause du corporel.

(a) Repl. de Leibn. à Bayle. Rec. de Des Maiz. Tom. H , p. 438.

Disons d^abord qu^il choisit celte fois son terrain en habile homme y et porte la controverse sur les problèmes les plus embarrassés de la métaphysique. Il ne s V git en effet de rien moins que de savoir si une substance corporelle peut agir sur une substance spirituelle et réciproquement. Toute la question de la communication des substances est là. Ce n^est pas tout ; iBnésidème soulève une question plus épineuse encore, s^il est possible, quand il demande si un être incorporel peut produire un corps. Je ne parle pas de la question inverse , si un corps est capable de produire un esprit ; car il en coûtera peu aux. métaphysiciens de consentir sans discussion à la négative. Mais le débat devient très-sérieux quand on recherche comment une substance matérielle peut être Fouvrage d^un principe immatériel. G^est ici le côté le plus obscur de Fobscur problème de la création. Certes , il faut Tavouer avec humilité , s^il était nécessaire d'expliquer complètement la communication des substances et la création pour répondre aux objections d^iEnésidème , elles pourraient attendre longtemps une solution. Que possède en effet la philosophie sur ces mystères de la métaphysique? Des hypothèses de génie ? Oui sans doute , et en abondance. Mais cette abondance même accuse sa stérilité en lait de solutions définitives.

Est-ce à dire qu^il faille nier la possibilité de Faction de Tesprit sur la matière et de la matière sur Pesprit , parce que nous ne la comprenons pas ? Mais comprenons-nous mieux au fond Faction d'un corps sur un autre corps, d'une ame sur une autre âme? En général ,

— >I45 — l^influence d^une substance sur des substances étrangères n^est-eile pas une énigme dont la nature nous cache le secret ? Jugerons-nous de sa puissance par notre faiblesse?

J^en dis autant, non pas du fait même de la création de la matière , mais de Timpénétrable comment de cette création. Il n^ a rien à conclure de notre ignorance sur cet objet , sinon que Fessence des choses nous surpasse infiniment. A moins qu^on ne dise en prenant le parti contraire, que Tintelligence humaine est la mesure de rintelligible , en d^autres termes , queFhomme sait tout , comprend tout et ne peut rien ignorer, dogmatisme énorme qui dans la bouche d^un sceptique serait le comble de Fextravagance.

Si donc iEnésidème veut établir Fimpossibilité de Faction réciproque et de la création des substances , il iîaut qu'il articule des preuves directes. Voyons ces preuves.

Une cause , dit-il , ne peut produire que ce qui est contenu dans sa nature. Or, le corporel n'est pas contenu dans la nature de l'incorporel et réciproquement. Donc, etc.

Il faut fixer d'abord avec précision le sens du principe qu'on invoque ici. J'ai peine à croire qu'^nésidème ait voulu prétendre qu'une cause n'est capable de produire que ce qui déjà existe en elle , comme une de ses parties ou qualités , ce principe étant une contradiction dans les termes. Ce qu'il a pu raisonnablement vouloir dire , c'est que l'effet , pour être produit , doit exister en puissance dans la cause. Mais alors , quand il ajoute que si l'effet existe dans la cause, il n'est donc pas produit par elle, puisqu'il existe déjà, je ne vois là

Ai)

qu^une confusion sophistique de Pexistence virtuelle et de Texistence réelle , à peine voilée par une sorte de jeu de mots. Je pense que si Ton dégage le principe d^iEnésidème de toute argutie verbale , ce principe signifie au fond que Feffet et la cause doivent être deux choses de nature homogène , et contenues dans la même espèce* Or , je dis qu^il est téméraire de s^appuyer sur un tel principe sans Tavoir démontré ; et ce principe même , je le nie positivement.

Qu41 ne puisse y avoir dans Teffet rien de plus que dans la cause , que certains caractères d'une cause doivent se reconnaître dans ses effets , en un mot , qu^il existe une corespondance et une proportion nécessaires entre ces deux choses , c'est ce que nous ne songeons pas à contester. Mais il y a loin de là à l'absolue homogénéité.

Un cheval ne produira pas un arbre ^ dit iEnésidème, mais bien un animal de son espèce. Cela n'est pas douteux. Mais qui m'assure que les lois de la génération des corps organisés soient les lois universelles de la causalité ? Et puis cette génératiqn n'est pas une véritable production , une causation , au sens métaphysique de ce mot, mais une transformation organique dont les conditions internes sont profondément inconnues.

Mais la conscience va nous fournir des preuves plus directes. C'est là qu'est la source de la notion de cause. C'est toujours là qu'il faut en revenir en fait de causalité. Or, les actes que produit sans relâche la cause personnelle , le moi , ne sont-ils pas multiples et variables

— >I47 — de leur nature ? Et quels sont les caractères de leur principe ? Ce sont les caractères directement opposés à la variabilité et à la multiplicité , savoir Fidentité et Tunité y attributs constitutifs de la personne. Se peutil trouver une preuve plus décisive qu^entre la cause et Teffet y Thomogénité n^est point une condition nécessaire ?

De la cause imparfaite que nous sommes , élevonsnous à la cause suprême qu^adore le genre humain. Je ne cherche pas en ce moment si cette cause existe réellement. Je me borne à constater que le genre humain la conçoit. Or, le genre humain conçoit en même temps , sans aucun doute , que les œuvres du divin Ouvrier doivent porter la trace de sa parfaite sagesse. Mais cette harmonie de Tunivers avec son principe implique-t-elle leur homogénéité ? Elle Texclut tout au contraire. Tout homme conçoit en effet la cause première comme nécessaire et éternelle, Teffet comme contingent et périssable ; Tartiste , comme absolument parfait , Touvrage comme doué d'une perfection relative qui enveloppe une nécessaire imperfection. Qu^iEnésidème conteste maintenant tant quUl voudra la possibilité ou la réalité de la cause suprême, toujours est-il que son principe sur Thomogénéité de la cause et de Teffet est démontré contraire à la conscience individuelle et à la foi du genre humain.

Je conclus que si Faction réciproque de deux substances hétérogènes , et la création de la matière sont deux choses très-difficiles à comprendre , je dirai plus, deux choses impénétrables, nul n'a le droit de soutenir

que ce soient des choses impossibles. Les hautes difficultés de ces deux problèmes , nous Tavouons aisément , restent donc , après ce court débat , dans toute leur force ; mais si l^argumentation d^iEnésidème a perdu la sienne , ce résultat nous suffit.

SEœND ARGUMENT.

Ces deux termes y la cause et Peffet , sont tous deux en mouvement, ou tous deux en repos ; ou bien, Fun est en mouvement et Pautre en repos.

Si la cause et Teffet sont tous deux soit en mouvement, soit en repos, Fun des deux termes n^est pas plus cause que Tautre. Car supposez que celui-ci soit cause en tant qu^il est en mouvement ou en tant qu^il est en repos , celui-là sera cause au même titre.

Si les deux termes sont, Tun en mouvement , Tautre en repos, aucun ne peut être cause. Car une cause ne produit que ce qui est contenu dans sa nature. Donc , dans le premier cas Funiformité de la cause et de Feffet; dans le second , Fhétérogénité de ces deux termes détruit la possibilité de leur rapport.

En jetant un simple coup d^œil sur cette argumentation , on sera frappé , mais sans en être surpris , du caractère matérialiste dont elle est empreinte. Déjà dans

la controverse qui précède , on a vu iEnésidème s'ap-

puyer avec une singulière confiance sur ce principe , d'origine évidemment sensuaiiste, qu'un être ne peut agir sur un autre être que par le contact. Ici , il parait également oublier qu'il y ait une autre philosophie au monde que le sensualisme , et ne pas voir que ses véritables adversaires sont ceux-là précisément qu'il néglige de réfuter. Aussi , ne consent-il pas à considérer d'autres causes que des causes corporelles, et n'y veut-il noter qu'un seul changement possible , le déplacement dans l'espace. Un disciple d'Epicure n'eût pas été plus exclusif.

Toutefois , les arguments d'iEnésidème ont plus de généralité qu'il ne songe à leur en donner, et il n'est pas difficile de les étendre à toutes sortes de causes et d'effets. Voyons ce qu'il faut penser de leur valeur intrinsèque.

La première hypothèse à discuter est celle-ci : la cause et l'effet en mouvement tous deux , ou tous deux en repos. Dans ce cas-là , dit iEnésidème , la cause n'est pas plus la cause qu'elle n'est l'effet. Car pourquoi dirait-on que la roue se meut à cause du conducteur , plutôt que le conducteur à cause de la roue ? En général , supposez deux corps A et B en mouvement ou en repos sur un plan. J'aperçois le mouvement ou le repos de A. J'aperçois de même le mouvement ou le repos de B ; mais que A soit cause du mouvement ou du repos de B , voilà ce que je n'aperçois pas. Deux phénomènes distincts , la simultanéité ou la succession de ces deux phénomènes , les sens me donnent bien tout cela. Mais ils ne me donnent rien de semblable à un rapport de dépendance nécessaire ou de causalité.

N Vst-ce pas là trait pour trait le célèbre raisonnement de David Hume contre la notion de cause?

Le conducteur et la roue , dirait le sceptique anglais, le mouvement de A et le mouvement de B , en général , la cause et Teffet sont physiquement unis , mais ils ne sont pas nécessairement liés, theff seem cmjained, but neverconnected (Hume, Essais and Trealises. vol. II, p. 79). N Y a-t-il pas quelque chose de singulièrement frappant dans cet accord de deux esprits d^ailleurs si différents qui, à dix-huit siècles de distance, ont été frappés delà même idée en discutant le même problème, et sontvenus tous deux à leur insçu, remplir la même mission.Car on ne saurait trop le répéter , après Maine de Biran (Edit. Cousin, p. 568) Targument de Hume est un coup mortelpour le sensualisme. Il n^y a pas un seul mot à y répliquer tant qu^on reste dans la philosophie des sens. Et on est réduit , de deux choses Tune , ou à abjurer cette triste philosophie, ou à tomber dans le scepticisme absolu , ce qui est Tabjurer encore.

Entre ces deux alternatives, notre choix, comme on pense , n^est pas douteux. Nous croyons que la relation de causalité est de celles que les sens ne peuvent saisir. Mais la conscience nous la découvre , dès Torigine de la vie psychologique , dans le premier déploiement de notre activité propre, et c'est la raison qui l'élevant bientôt au caractère d'une loi universelle, la transporte dans la région des choses matérielles où les sens ne l'eussent jamais soupçonnée. Donc jusqu'à ce qu'jEnésidème et Hume aient établi que la conscience est un témoin trompeur ; jusqu'à ce que leur subtile dialectique

ait triomphé de l'autorité d'un fait qui éclate instant aux yeux de l'homme ou plutôt qui esl lui-même , nous maintiendrons que la notion cipe de causalité ne sont embarrassants que po sualisme dont ils accusent irrésistiblement sance.

Les raisonnements d'iEnésidème contre I hypothèse quMl a posée ne peuvent pas nous ser davantage. Il se borne en effet à ramen principe de l'homogénéité nécessaire des d( du rapport de causalité , afin de prouver qi en mouvement ne peut faire passer un autr< repos , et réciproquement ; ou en généralisa substance qui change ne peut arrêter le c!

d'une autre substance.

On a vu dans quelles limites le princip< dème peut être accepté. Oui sans doute , il e: sairement entre un effet et sa cause une corr étroite , une certaine proportion. Mais l'h< parfaite n'est point du tout nécessaire. Or , cette réserve, Pargument d'iEnésidème ne su — ^Mais quoi ? réplique-t-il , le mouvemen donc le repos , et le repos le mouvement, alors , le froid naitra du chaud , le doux de le plus petit sera cause du plus grand, ce qui dictoire. — ^Nous répondrons que ce sont là tés purement verbales. Car le mouvement s'excluent sans doute dans une même substan moment du temps et sous le même point c le mouvement dans un corps , et le repos <

tre corps , qu^y a-t-illà de conlradicloire? L'expérience est ici d'accord avec Ja logique. Que deux projectiles soient lancés avec la même force et en sens contraire. Ils se heurtent et restent immobiles. Voilà le mouvement d'un corps qui produit , de fait , le repos d'un autre corps. Qu'on nous montre , dans un phénomène aussi simple , l'ombre d'une sérieuse difficulté ?

Il est inutile d'insister. Un seul point reste parfaitement établi par iEnésidème, c'est que la notion de cause et le principe de causalité sont inexplicables dans la philosophie des sens. Sur ce point , iEnésidème a deyaoeé Hume et ruiné sans s'en douter y la doctrine d'Epicure et d'Heraclite, comme celui-ci a fait depuis la doctrine de Locke. Un instinct admirable semble les avoir poussés tous les deux à se placer au point de vue du sensualisme dans leurs attaques contre l'idée de cause ; de sorte que cela même qui fait la faiblesse de leur argumentation , en fait en même temps l'intérêt et la force , invincibles tout deux contre le matérialisme , impuissants contre la saine métaphysique.

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