LIVRE III
mulée dans leurs instructions de la mise en liberté de Cyrille ; « il faut, disaient-ils, qu’il assiste à la conférence pour S'y défendre lui-même ! ». Les Orientaux soutenaient que la chose importante avant tout était d’éclaircir pour chacun des partis la question de foi. Vous avez raison, répliqua l'Empereur : remettez-moi donc une exposition de votre croyance. » — « Nous n’en avons pas d'autre, répondirent les Orientaux, que le symbole de Nicée?, et il suffit à tout, puisqu'il est la règle de l’Église: » puis Jean présenta la copie de ce symbole qu'ils avaient tous souscrit à Éphèse. Théodose ne leur fit aucune observation. Cette première audience terminée, ils rentrèrent chez eux le cœur plein de joie; mais cette joie était prématurée, ils ne tardèrent pas à s'en apercevoir.
L’évêque de Chalcédoine, gagné au parti de Cyrille, s'était fait son instrument dévoué: on eût dit un autre Memnon pour les vexations tyranniques et les perfidies. Il excluait les Orientaux de ses églises, où leurs adversaires se pavanaient en maîtres, tenaient des assemblées et préchaient contre eux. Traités en païens, excommuniés par le caprice de cet homme, Jean et ses collègues louèrent un local pour y faire leurs prières, y délibérer sur les événements et y prêcher au besoin. Cette chapelle improvisée consistait en un grand préau
4. Orabant Cyrillum accersiri, ut ipse pro seipso rationem redderet. Concil., III, p. 736.
2. Respondimus autem nos, quod impossibile est fieri aliam expositionem, quam eam quæ in Nicæa a beatissimis patribus facta est. Concil., III, p. 736.
156 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
sans toit, entouré de portiques, que surmontait une galerie.
Dès que l’on sut que les évêques d'Orient discouraient sur la foi, on accourut en foule dans la nouvelle église pour entendre leur parole. Chaque matin le préau était rempli d’auditeurs venus non-seulement de Chalcédoïine, mais même de Constantinople ; Théodoret y parla plusieurs fois, Jean d’Antioche aussi. Ils n'avaient su qu'à leur arrivée à Chalcédoine l'arrêt de bannissement rendu contre Nestorius; cette nouvelle les avait attristés et irrités tout à la fois : ils ne le cachèrent point dans leurs sermons. Théodoret disait courageusement aux fidèles de Constantinople : « Nestorius est toujours votre évêque; frappé par une assemblée illégale et hérétique, mais non jugé, il doit être réputé innocent, et n’a point cessé d’être votre pasteur. On parle déjà de le remplacer ; mais je déclare ici au nom de l'Église que son successeur, quoi qu’on fasse, ne sera jamais qu’un usurpateur et un instrus; s’il est ordonné par les partisans de l’hérésie avant le règlement de la doctrine, il sera un schismatique et un hérétique. » Ces protestations, reportées à Constantinople, n’y étaient pas sans écho, et les Orientaux à leur sortie du prêche trouvaient des clercs, des moines et de misérables mercenaires apostés pour tomber sur eux à coups de pierres ou de bâton. Théodoret prétend que parmi les moines on constata la présence
4. In aula enim maxima, et quatuor habente porticus, multitudo congregata fuit, et nos superne concionabamur e suggestu. Concil., HI, p. 132.