LIVRE III
d'esclaves déguisés!. D'un autre côté, l’évêque de Chalcédoine les dénonçait à l'Empereur comme des séditieux qui cherchaient à soulever le peuple et des violateurs des lois canoniques qui célébraient les mystères dans un lieu non consacré. Ce rapport avait ému Théodose, qui cependant était porté d'affection pour eux.
Chaque jour, les Orientaux rendaient compte à leurs mandants d’Éphèse ou à leurs amis des incidents de leur vie à Chalcédoine. Le premier jour, ils écrivaient au synode ces lignes pleines d’espérance : « Tout le peuple de Constantinople accourt vers nous à travers le Bosphore, nous encourageant à défendre la foi, et nous avons bien de la peine à le retenir pour ne point donner prise à nos ennemis?. » Quelques jours après, le tableau avait changé, et Théodoret adressait à son métropolitain d’Hiérapolis cette curieuse lettre où il nous peint si bien son découragement, le mauvais vouloir de la cour et les perplexités de Théodose. On y aperçoit même un triste symptôme de défaite, le commencement d’une désunion dans leurs rangs. « Nous n’avons omis, écrivait-il, ni supplications, ni fermeté pour exciter le prince et le consistoire à sauver la foi qu’on veut corrompre; mais jusqu'ici nous n'avons rien gagné. Nous avons protesté à l’Empereur avec serment qu’il nous est impossible de réta-
4. Et cum lapidaremur a servis monachorum habitu inductis. Concil., III, p. 729. |
2. Ceterum omnis populus Constantinopolitanus jugiter ad nos venit, orans ut strenue pro fide pugnemus : multumque laboramus ad retinendum e0s, ne videamur occasionem dedisse adversariis. Goncil., II, p. 736.
blir Cyrille et Memnon et de communiquer avec les autres s'ils ne rejettent pas leurs articles hérétiques; mais ceux qui cherchent leurs intérêts plutôt que ceux de Jésus-Christ veulent se réconcilier malgré tout. Pour notre ami, — c’est-à-dire Nestorius, — chaque fois que nous en avons fait mention, soit devant le prince, soit devant son consistoire, on l’a pris à injure, et le pis est que l'Empereur a pour lui plus d’aversion que tout le monde; il nous a dit: « Que personne ne m’en parle, son affaire est réglée. » Maintenant nous travaillons à nous tirer d'ici et à vous sauver du chaos, si nous pouvons, car nous n’avons rien de bon à espérer. Tous sont gagnés par l'argent, et soutiennent qu’il n’y a qu’une nature de la Divinité et de l’humanité?.
« Le peuple vaut mieux, grâce à Dieu, et vient à nous incessamment. Nous avons commencé à tenir de grandes assemblées où les fidèles accourent en foule, et ils nous écoutent avec tant de plaisir qu’ils resteraient jusqu'à une heure après midi, si quelque chose les garantissait de l’ardeur du soleil. Ils sont réunis dans une grande cour enfermée de quatre galeries, tandis que nous parlons de l'étage supérieur de la maison; mais le clergé et les moines nous persécutent fortement. Il y a eu combat comme nousrevenions du palais rufinien; plusieurs furent blessés, tant des
4, De hoc mihi nullus loquatur. Concil., III, p. 732.
2. Nihil enim hinc boni sperandum, eo quod judices ipsi omnes auro confidant, et contendant unam esse naturam deitatis et humanitatis. Concil., III, p. 132,