‹ Nestorius et EutychèsChapitre 108 sur 279 · Zosim., 1]. V, p · texte numérisé non relu

Zosim., 1]. V, p

Bien isolé cette fois, bien retranché des hommes, Nestorius se mit à écrire sa vie; quelques livres de ces mémoires qui nous intéresseraient tant aujourd’hui parvinrent en Égypte et en Syrie, d’où la persécution les fit ensuite disparaître. Nous savons pourtant que l’exilé s’y plaignait des derniers procédés de l'Empereur, qui l'avait encouragé si vivement à son début; il s’y plaignait surtout de Cyrille, qu'il accusait d’avoir falsifié les actes d'Éphèse. Il était absorbé dans ce travail lorsqu’une troupe de nomades Blemmyes fondit tout à coup sur l’oasis d'Ibis, la pilla, et emmena prisonniers les Romains qui semblaient devoir leur procurer quelque riche rançon; Nestorius fut du nombre. La troupe arrivait à travers les sables aux limites de la province de Thèbes quand les Blemmyes furent informés de l'approche d’une armée d’autres nomades avec lesquels ils étaient en guerre : ils se précipitèrent à leur rencontre, laissant sur la place les prisonniers qu'ils traînaientavec eux'. Heureusement qu'on n’était pas loin des terres romaines, et Nestorius put atteindre la petite ville de Panopolis, non pourtant sans de grandes souffrances, car il était vieux et infirme.

De Panopolis, le fugitif s'empressa d'écrire au gouverneur de Thèbes par quelle aventure il se trouvait dans sa province, afin qu'on ne l’accusât pas d’avoir rompu volontairement son ban. A son tour, le gouverneur de Thèbeseut peur; il craignit que, s’illui accordait un asile

4. Sed quandoquidem gravioribus eum suppliciis affici oportebat, dimissus est quidem a Blemmyis, apud quos captivus fuerat. Evagr., I, 7.

sans l’assentiment du gouverneur général de l'Égypte, on ne lesoupçonnât d'être lui-même fauteur des simoniens, Car une loi dictée par la plus étrange des rancunes avait changé le nom de Nestorius en celui de Simon, par assimilation à Simon le Magicien, le plus criminel des hérétiques: ses partisans étaient appelés officiellement simoniens !. En attendant la réponse de son chef, ce magistrat fit partir Nestorius pour l’île d'Éléphantine, le point extrême de l'Égypte et la limite de l'Empire romain vers l’Éthiopie®; mais Nestorius ne put supporter la fatigue d’un si long voyage : il tomba de cheval et se blessa gravement à la main et au côté. On le ramena à Panopolis, d’où pourtant on voulut l’exiler encore. Le malheureux, à bout de forces ct de patience, écrivit au gouverneur une lettre pleine de fierté dans laquelle il invoquait le droit de son âgeet le droit desa condition passée, demandant qu’il en fût référé à l'Empereur; mais, dit l'historien de qui nous tenons ces détails, c'était l'Empereur lui-même qui ordonnait de telles tortures. La mort vint enfin délivrer le vieillard de ses bourreaux. La gangrène qui se mit à son côté s’étendit à l’intérieur du corps, et lui dévora les entrailles; ses membres tombaient en pourriture et sa langue était mangée par les vers, ce qu’on ne manqua pas de présenter comme une juste punition de ses blasphèmes*.

4. Quamobrem hac lege sancimus, quotquot ubicumque excecrandæ opinionis Nestorii sequaces extiterint, cos Simonianorum nomine appel- Jandos esse. Concil., III, p. 1209.

2. Ex Panopoli Elcphantinam, quod oppidum est in finibus provinciæ Thebaïdis, per barbaros milites abducti sumus. Evagr., I, 7.

3. Ego vero scriptorem quemdam legi, de Nestorii morte ita nar-

Nestorius n’était plus, mais le nestorianisme vivait, conservant son vrai nom en dépit de lappellation odieuse par laquelle: la loi essayait de le déshonorer. Il vivait, se propageant par la persécution même et se oreffant sur quiconque faisait opposition au concile d'Éphèse. Or beaucoup d'évêques —- et c'était la grande majorité dans le patriarcat d'Orient — rejetaient le concile d’Éphèse pour des questions particulières sans cesser d’être orthodoxes en ce qui concernait la doctrine de l’Incarnation. On pouvait en effet le rejeter :

A Parce qu’il avait été une assemblée tumultuaire, illégale, incomplète, qui ne pouvait point prétendre au titre de concile œcuménique, une assemblée usur- * patrice qui avait privé de son droit de suffrage la grande Église de Syrie ;

29 On pouvait le rejeter encore en ce qu’il admettait implicitement les anathématismes de Cyrille, c’està-dire l’'hérésie d’Apollinaire ;

3° On pouvait le rejeter, par rapport à la personne de Nestorius, en ce qu'il avait déposé cet archevêque, n’en ayant pas le droit, et que conséquemment Nestorius était présumé innocent;

L° On pouvait le rejeter enfin, quant à sa confirmation par l'Empereur, en ce que cette confirmation avait été faite sans que les réclamants eussent été entendus ni sur la doctrine, ni sur les faits personnels. On pouvait donc, en se retranchant derrière ces motifs, rejeter

rantem : eum lingua vermibus crosa ad graviora et sempiterna migrasse supplicia. Evagr., I, 7.

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