‹ Nestorius et EutychèsChapitre 124 sur 279 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

dans son diocèse avec défense formelle d'en sortir. Son crime était d’avoir dit,en apprenant la mort de Cyrille : « L'Orient et l'Égypte sont désormais unis: l'envie est défunte et l’hérésie ensevelie avec ellet, » Il n’y avait plus de troubles nulle part. L'Eglise orientale reposait de cette lassitude de corps qui simule le calme de l'âme, lorsqu'en 48 la querelle de Marie théotocos se réveilla tout à coup comme la flamme d’un incendie mal éteint.

Dans cetie banlieue monastique de Constantinople, qui formait autour de la seconde Rome comme un pomærium sacré, où retentissait jour et nuit les louanges du Seigneur, vivait un archimandrite déjà sur le déclin de l’âge et quise nommait Eutychès. Le monastère qu’il dirigeait était un des plus considérables, et ne contenait pas moins de trois cents moines. Eutychès y était entré enfant et appartenait à la classe de ces moines qui, à l'instar de Dalmatius, avaient fait vœu de ne jamais sortir vivants de leur cloître?; mais, comme Dalmatius, il en était sorti pour le service de l’Église. Amené au concile d'Éphèse par le désir de défendre la vérité sur l’Incarnation, il y avait combaltu au plus épais des cyrilliens %. Là, il s'était rencontré avec cet ‘ancien avocat de Constantinople, Eusèbe, devenu depuis

4. Oriens et Æzyptus sub uno jugo est. Mortua est invidia et cum ea obruta est contentio. Concil., V, p. 508. :

2. Ego apud me definitum habeo, citra mortis necessitatem non egredi monasterium. Concil., IV, p. 199. | °°

3. Nestorio adversante veritati, pro veritate Eutyches ingressus est. Concil., IV, p. 206.

évêque de Dorylée, qui, après avoir affiché sur les murs de la ville impériale la première dénonciation publique contre l'hérésiarque, était venu coopérer à sa condamnation. |

Eutychès n'était pas savant et ne se piquait guère de l'être’. Il connaissait bien les Écritures; mais, quant à l’exégèse et aux sentiments des Pères, il n’en faisait aucun cas, prétendant que, puisque Dieu avait fait un livre, il avait mis dans celivre tout ce qu'il nous. convient d'apprendre ?, et que c’est à nous de savoir le lire. Malgré cette outrecuidance, qui rappelait beaucoup celle de Nestorius, Eutychès ne revint pas du concile d’Éphèse tel qu'il y était entré: il en revint théologien, et théologien transcendant, à son avis du moins. En repassant dans la solitude du cloître les souvenirs des grandes scènes auxquelles il s’était mêlé avec passion, il lui sembla que le concile n’avait accompli qu’une moilié de sa tâche, et qu’à lui élait réservé le devoir de l’achever. Le concile avait condamné en Nestorius une doctrine qui faisait prévaloir l'humanité dans la personne de Jésus-Christ, mais il n’avait pas défini suffisamment le mystère de l’Incarnation; il n’avait pas dit ‘ quelle part incombait à la divinité dans l’union des deux natures du Sauveur, et surtout il n’avait pas spécifié le caractère de son humanité. Tels étaient les

1. Saint Léon traite, dans une de ses lettres, Eutychès de vieillard ignorant et imprudent. « Eutyches multum imprudens et nimis imperitus. » Leo., Ep. 24, c. 1.

2. Solas autem scripturas scrutari, tanquam firmiores sanctorum patrum expositionibus. Concil., IV, p. 194.

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