LIVRE IV
fait pour attirer les convictions ardentes, les imaginations aventureuses, qui embrassent un mystère avec d'autant plus de foi qu'il est plus éloigné du raison nement. à
Ce novateur, enterré dans un couvent, s'était pourtant fait connaître au dehors, eLc'est ce qu'il désirait, car il avait la prétention de devenir un chef de secte. Cette prétention, il finit par la réaliser; mais il en avait une autre aussi dont on parlait beaucoup, celle d'être archevêque de Constantinople, et il avait fait sous main concurrence à l'archevêque d'alors, Flavien, nommé depuis peu à ce siége. Eutychès, riche de patrimeine:, savait placer ses libéralités à propos pour gagner des protecteurs et des amis, S'il ne sortait pas de son monastère, il y altirait de nombreux auditeurs; on lécoutait, on l'applaudissait, on allait le vanter au dehors. De hauts personnages le fréquentaient : un de ses visiteurs assidus élait l'eunuque grand-chambellan Chrysaphius, qui l'appelait son père, parce qu'il avait été relevé par lui de la cuve baptismale*, Cette paternité religieuse, très-respectée dans les premiers temps de l'Église, avait créé, entre le principal mimistre de Théodose et le moine novateur, un trèspuissant lien d'affection. Lorsque Chrysaphius revenait du monastère au palais, il ne tarissail pas d'éloges sur l'homme qu'il venait d'entendre et sur les admirables choses qu'Eutychès lui avait révélées. La cour faisait
1. Eutyches divitis habet, Goncil,, 1V, p. 222. 2. Liber,, c. 12, p. 73.
chorus, et Théodose devint bientôt lui-même un des plus ardents fauteurs de l’eutychianisme. Une telle faveur au palais du prince attira autour d'Eutychès une petite cour de solliciteurs de l’Église ou du monde, et ce moine reclus pour la vie devint un personnage qui pouvait nuire ou protéger.
Un jour de l’année 448 et vers le commeneement de cette année, il reçut la visite d’'Eusèbe de Dorylée, que les affaires de son Église amenaient à Constantinople. Les deux amis reprirent avec abandon leurs conversations d'autrefois sur le mystère de l’Incarnation,.et Eusèbe s’étonna des changements survenus dans la croyance de l’archimandrite. Comme Eusèbe était fort entier dans ses opinions, it diseutait, hochait la tête à chaque mot de son interlocuteur, voulait lui faire comprendre qu'il se trompait et le ramener à la vraie doctrine‘; mais Eutyehès avait l’orgueil du sectaire, et les deux amis ne tardèrent pas à se brouiller.
Sur ces entrefaites, l'archevêque de Constantinople, pris pour arbitre par des évêques de Lydie en discussion sur leurs prérogatives, convoqua l’un de ces synodes qu’on appelait, dans la primitive Église, conciles de ville ou conciles locaux, qui se composaient d’évêques étrangers que le métropolitain trouvait sous sa main. L'archevêque de Constantinople, quoique la question fût de peu d’imporlance, ne voulut pas la résoudre sans consulter, et la soumit au synode où l’évêque de Dorylée, Eusèbe, fut appelé un des premiers; mais avant