‹ Nestorius et EutychèsChapitre 131 sur 279 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

se leva, tenant une requête à la main. « Je demande, dit-il, que cette requête soit lue et insérée aux actes !,»

C'était une dénoncialion contre Eutychès. Elle portait que l'archimandrite Eutychès ne cessait de proférer des blasphèmes contre la foi, qu’il parlait des clercs avec mépris, et accusait Eusèbe lui-même d’être hérétique. Eusèbe priait donc le concile de le faire venir pour répondre à son accusalion. « Je suis surpris de cette plainte, dit Flavien lorsqu'Eusèbe eut fini; prenez la peine de voir l'archimandrite et de l'entretenir, et, si vous trouvez qu'en effet il n'a pas une bonne croyance, le concile le fera appeler pour se défendre. — J'étais son ami auparavant, répondit Eusèbe, et je lui ai parlé sur ce point non pas une ou deux fois, mais vingt; je l'ai instruit, je l'ai averti et il persévère à dire des choses qui blessent la foi. Faites-le venir, je vous en conjure, car il corrompt son monastère®, » Flavien insista dans une pensée de paix. « Retournez vers lui, dit-il paternellement à Eusèbe; parlez-lui encore, et faites qu'il n'éclate pas quelque trouble nouveau dans l'Église.—Je n'y retournerai point, répliqua aigrement l'ancien avocat; je suis trop las d'entendre ses blasphèmes*. » Le con-

1. Exsurgens Eusebius libellos obtulit sancto concilio, cohjurans eos relegi et inferri monumentis actorum. Concil., IV, p. 151,

2. Ego quidem amicus illi eram prius, non semel autem, nec secundo, sed sæpius conveni ad eum pro hac causa : et locutus sum cumeo et inveni eum non recto sapere, et monui, et docui… Conjuro igitur vos ut veniat et respondeat, quia multi ab eo læesi sunt. Goncil., IV, pa 154.

3. Impossibile est, me iterum ad eum accedere, et blasphema verbare, udia Concil., IV, p. 155.

cile décida qu'Eutychès serait mandé devant lui en vertu de la requête.

Six jours après, les évêques se réunissaient de nouveau ; Eusèbe avait pris place au banc des accusateurs. Remarquant qu’ils n’étaient que dix-huit sur quarante présents à ‘Constantinople, il se plaignit de ce petit nombre, et fit observer que probablement on ne les avait pas convoqués : le reproche tombait directement sur Flavien, qui se défenditen promettant de stimuler le zèle des absents. Eusèbe requit la lecture des deux lettres principales de Cyrille sur l’Incarnation, savoir : le tome à Nestorius et une letire adressée par ce patriarche à celui d’Antioche. La lecture achevée, il déclara que c'était là sa croyance et le thème de son accusation contre Eutychès, invitant les membres du concile à faire une semblable déclaration. Flavien fit alors une brève exposition de sa foi, qui fut inscrite au procèsverbal, et que nous donnerons ici tout entière comme une pièce de grande importance dans le procès :

« Je crois, dit-il, que Jésus, fils de Marie, est Dieu parfait et homme parfait, composé d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel à son père selon la divinité et à sa mère selon l'humanité, et que, des deux natures unies en une hypostase et une personne il résulle, après l’Incarnation, un seul Jésus-Christ.» Les

4. Dominus noster Jesus Christus filius Dei unigenitus, Deus perfectus, et homo perfectus est ex anima rationali et corpore, de. Maria virgine natus secundum humanitatem consubstantialis patri secundum deitatem, et consubstantialis matri secundum humanitatem. Etenim ex duabus naturis confitemur Christum esse post-

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