LIVRE IV
deux natures. « Voilà ce qué celui-ci conteste, s’écriat-il en montrant du doigt l’accusé, il enseigne précisément le contraire!. » Le patrice Florentius, choqué de la véhémence d’Eusèbe, s'adressa au président, et lui dit: « Je prie votre sainteté de demander au pape Eutychès si ce sont là ses sentiments. »
« Permettez qu'on lise les actes, reprit aigrement Eusèbe ; ils me suffisent pour le convaincre. Quand il changerait de langage actuellement, cela ne fait rien à ma cause. Je l’accuse pour le passé et non pour le présent et l'avenir. Oh !.je crains ses artifices ! Je suis pauvre, il me menace de l'exil; il est riche, il me destine l’oasis?; car, si je suis trouvé calomniateur, je perds tout, mon rang, ma liberté, ma vie peut-être. »
Flavien le rassura, puis il conlinua lui-même l'interrogatoire. « Vous venez d'entendre, dit-il à Eutychès, ce que prétend votre accusateur, parlez; confessezvous l’union de deux natures? — Oui, de deux natures, répondit Eutychès. — Attendez, interrompit Eusèbe. : Seigneur archimandrite, confessez-vous deux natures après l'Incarnation et confessez-vous que Jésus-Christ nous soit consubstantiel selon la chair, ou ne le confessez-vous pas ? »
Comme s’il eût dédaigné de répondre à son accusateur, Eutychès adressa la parole à Flavien, et lui dit:
4. Iste hoc non confitetur, nec his aliquando consensit, sed contraria illis sensit et docuit. Concil., IV, p. 222.
2. Metuo ipsius concussionem. Ego pauper sum, nihil possidens : minatur mihi exilium : divitias habet : desigaat mihi jam nunc Oasim. Concil., IV, p. 222.
« Je ne suis pas venu ici pour disputer, mais pour déclarer à votre sainteté ce que je crois; ce que je crois est écrit sur ce papier, faites-le lire. — Lisez-le vous-même, dit Flavien, si cette exposition est de vous. — Elle est de moi, reprit Eutychès, et conforme à la croyance des Pères. — De quels Pères ? interrompit Flavien. Parlez donc vous-même ; qu'’avezvous besoin de papier? »
L'accusé fit alors une profession de foi orale de laquelle il résultait que la chair de Jésus-Christ était prise de celle de la sainte Vierge. « Ce n’est pas lout, dit Flavien; il faut confesser que le même Jésus-Christ, fils unique de Dieu, est consubstantiel à $on père suivant la divinité, et consubstantiel à sa mère suivant l'humanité, et que, par conséquent, il est de deux natures. — Comme je le reconnais pour mon Dieu et seigneur du ciel et de la terre, repritle moine avec émotion, je ne me suis pas permis jusqu’à présent de raisonner sur sa nature; mais qu'il nous soit consubstantiel, je ne l'ai point dit, je l'avoue. Jusqu'à ce jour, je n’ai point dit que le corps du Seigneur notre Dieu nous soit consubstantiel ; mais je reconnais que la vierge Marie est de même substance que nous, et que notre Dieu a pris d'elle sa chair°. »
Le moine évidemment s'embrouillait dans ses réponses: il disait trop et ne disait pas assez; aussi les
4. Ego non veni disputare, sed veni suggerere sanctitati vestræ quid sentiam. Scriptum est enim in hac chartula, quid sentiam : jubete eam legi. Concil., IV, p. 223.
2. Sanctam autem virginem confiteor nohis esse consubstantialem, et quoniam ex ipsa incarnatus est Deus noster. Concil., IV, p. 226.