‹ Nestorius et EutychèsChapitre 135 sur 279 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

piscence? Je ne l'ai pas accusé de l'avenir, je l’ai accusé du passé’. Si on lui donne maintenant une confession de foi qu’il souscrive par nécessité, moi, son accusateur, ai-je perdu ma cause ? — Personne ne vous permet de vous désister de l'accusation, lui dit doucement Flavien, ni à lui de ne point se défendre du passé. — Oh! reprit Eusèbe avec exaltation, que ce changement d'opinion ne me cause pas de préjudice, j'ai de bons témoins! Autrement dites aux voleurs qui sont en prison: Ne volez plus désormais! ils le promettront tous?. Cela fera-t-il qu’ils ne seront pas des voleurs et qu'on a eu tort de leur donner ce nom?» L'accusateur poussait le concile par sa violence, tandis que Flavien cherchait à le retenir dans une voie d’indulgence et de bonté.

Le délai demandé par Eutychès pour sa comparution, il l’employa à remuer ciel et terre pour sa défense. 11 obtint, par l'entremise de Chrysaphius, une escorte de soldats sous prétexte qu'on voulait attenter à sa liberté et même à sa vie, l’archevéque, disait-il, ayant soudoyé la populace pour l'enlever au passage et le tuer. L'Empereur voulut en outre être représenté à l'interrogatoire par un de ses officiers, le patrice Florentius, qui lui rendrait compte des choses et interviendrait, s’il en était besoin. On sut aussi qu’une grande fermentation régnait dans les monastères.

4. Nunc venit consentire? Ego eum non de futuris sed de præteritis accusavi. Concil., 1V, p. 207.

2. Nam si dicas his qui in carcere sunt : ex hodie non latrocinemini : omnes promittunt. Concil., IV, p. 207. |

Le lundi 22° de novembre, jour marqué pour la comparution, une foule immense encombrait dès le matin les abords de Sainte-Sophie et les rues que laccusé devait suivre pour y parvenir. L'heure de l'audience était déjà passée depuis longtemps, et le moine ne paraissait pas ; le concile, impatient, envoya à deux reprises des clercs s'assurer, autour de l’église, si Eutychès n’était pas en route. Tout à coup on vint annoncer qu’il arrivait entouré de moines et d'officiers du prétoire et escorté par une troupe considérable de soldats qui firent halte à la porte. Ils disaient tout haut qu'ils étaient chargés de sa garde et ne le laisseraient pas entrer, si le concile ne s’engageait à le leur rendre!. En même temps, un officier des silentiaires, nommé Magnus, pénétrait dans la salle avec un mandement de l'Empereur dont il donna lecture: le mandement portait que le patrice Florentius, d’après la volonté du prince, assislerait au concile pour la conservation de la foi ; c'étaient les termes mêmes du rescrit. Aucune observation ne fut faile, et Florentius introduit alla s'asseoir au premier rang. L’accusateur et l'accusé prirent place au milieu de l'enceinte, suivant l’usage, et tous les deux debout. |

La séance fut animée dès le début. Comme le notaire chargé des actes lisait le compte rendu des séances précédentes, Eusèbe de Dorylée l'interrompit à une citation de Cyrille où était marquée la distinction des

4. Et non aliter cum volunt dimittere, ut ingrediatur in vestrum sanctum concilium, nisi eis promiscrimus restituturos ejus personam. Concil., 1V, p. 218.

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