‹ Nestorius et EutychèsChapitre 142 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

premier était de l'avoir cilé devant son synode de passage, sachant qu’il était lié par un vœu à ne point quitter son cloître, espérant qu'il ne le quitterait pas, et se proposant de le condamner par contumace. Le second était d’avoir dirigé son interrogatoire avec artifice et mauvaise foi, l'interrompant à chaque instant et lui enlevant la liberté que doit toujours avoir la défense. L'accusé ayant présenté son exposition de foi écrite, le président avait refusé de la faire lire, il avait également refusé de recevoir son appel par écrit avant la sentence et de lui en donner acte lorsque celui-ci l'eut renouvelé oralement en face du concile.

« Au reste, ajoutait Eutychès à l'appui de ses accusations et l'imputant encore au mauvais vouloir du président, il régnait pendant toute la séance un tel désordre, un tel tumulte, qu'on n’entendait ni les demandes ni les réponses. L'accusé d’ailleurs se savait condamné à l'avance, le bruit en ayant couru par toute la ville, et le silentiaire Magnus ayant vu la sentence toute libellée entre les mains d’un clerc de l'archevêque, avant même que l'archimandrite fût encore à l'église !. » Telles étaient les incriminations du moine, et enfin, comme couronnement de ses crimes, il accusait Flavien d’avoir altéré les actes du concile. « J'en ai recueilli une copie, disait-il, je ferai

4, Postulo et hoc, ut profteatur dominus Magnus silentiarius, quia ante synodum damnatio facta est. Magnus devotus silentiarius dixit: Et prius dixi, quod ante synodum damnationem Eutychis mihi ostenderunt, Concil., IV; p. 249.

comparaître des témoins; on interrogera les notaires, on verra qu’il y a eu falsification des notes, et que le faussaire, c'est l'archevêque.»

L'affaire prenait une telle gravité que Théodose voulut l'arrêter. Guidé par le remords peut-être ou plus probablement par la crainte d’un grand scandale, il imagina de réconcilier les deux parties, et, prenant le rôle d’arbitre de la querelle, demanda sa profession de foi à chacun. Eutychès voulut que l'évêque se contentât d’une adhésion au symbole de Nicée sans rien exiger sur la question de l’Incarnation; Flavien s'y refusa. Quant à lui, évêque du premier siége de l'Empire d'Orient, il eût pu regarder comme un outrage cette invitation à donner par écrit son symbole de foi; il céda néanmoins par désir de la paix, et transcrivit la même formule qu’il avait prononcée à l'ouverture du concile, ajoutant seulement, pour complaire à l'Empereur, qu'il admettait l’expression-de Cyrille : « une seule nature incarnée du Verbe divin », en ce sens que la nature humaine et la nature divine ne fissent après l’Incarnation qu'un seul Jésus et un seul sauveur. Les tentatives de rapprochement échouèrent, et le concile æœcuménique fut décidé.

Toutefois Eutychès avait fait tant de bruit des irrégularités de la procédure et de l’altération des actes, qu’on pouvait difficilement se présenter devant un tribunal d'appel sans avoir fait juger préalablement la vérité des faits et la sincérité des procès-verbaux. C'était une affaire préjudicielle à vider avant tout; Théodose le sentit, etil institua une commission d'enquête

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