‹ Nestorius et EutychèsChapitre 148 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

nées près du premier en qualité d’archidiacre et puisé dans son exemple la tradition de ces évêques tyrans qu'un saint d'Égypte comparait aux Pharaons.

Dioscore devait toute sa fortune à Cyrille, dont les bienfaits avaient préparé son élévation, et, à peine monté sur le trône des patriarches, il persécuta la famille de son bienfaiteur. Le testament de Cyrille chargeait son successeur, quel qu’il fût, de remettre à ses frères et sœurs, qu'il aimait, une forte somme d'argent sur l’ensemble des biens dont il l’instituait héritier! C'était un fidéicommis, sacré pour les consciences les moins timorées : Dioscore s’en saisit et ne voulut plus le rendre. La famille le poursuivit en justice, il effraya les juges; elle en appela au tribunal de l'Empereur et partit pour Constantinople : Dioscore acheta le ministre en faveur, l’eunuque Chrysaphius, cet homme corrupteur et corrompu qui trafiquait de tout, et entre eux se forma par la complicité du vol une association néfaste dont l'Égypte eut longtemps à gémir.

Ghrysaphius en effet, pour tenir sous sa main les affaires de l'Église, avait besoin d’un instrument puissant tel qu’un patriarche d'Alexandrie, et récompensait cet instrument par l'impunité la plus scandaleuse. Les parents de Cyrille furent les premières victimes de cette alliance. Ils étaient à peine débarqués à Con-

4, Cyrillus moriturus testamentum condens, honoravit Dioscorum plurimis et magnis legatis de propria sua substantia, conjurans eum in scriptis per venerabilia ct terribilia mysteria, ut ipsius foveret genus, et in nullo eis laborem incuteret. Concil., IV, p. 405.

234 NESTORIUS ET EUTYCRÈS.

stantinople qu'ils furent emprisonnés, dépouillés de tout ce qu'ils possédaient! et obligés de regagner l'Égypie, où la vengeance de Dioscore les ressaisit. Les infortunés y périrent presque tous, et nous verrons plus tard ceux qui purent échapper venir demander à un concile dans les termes les plus déchirants la justice qu’un ministre prévaricateur leur déniait.

Dioscore nous est représenté par l’histoire comme un dévastateur de provinces. Ses tournées épiscopales étaient redoutées à l’égal d’une invasion des Maziques et des Blemmyes; les populations émigraient sur son passage, car il trouvait toujours des prétextes pour attribuer à l’Église tout ce qui lui semblait bon. On cite de lui la rapine la plus effrayante qui ait jamais été commise. La Libye, qui dépendait de son ressort, était, comme on sait, une province aride où les récoltes faisaient fréquemment défaut, où l’on se procurait à grand'peine du blé, où les pauvres et les moines mouraient de faim. Les évêques libyens se concertèrent pour obtenir de Théodose une part gratuite dans l’approvisionnement de l’annone, part qui serait distribuée par leurs soins aux nécessiteux de leurs Églises. Dioscore réclama comme supérieur de ces communautés le droit de diriger les distributions ; il se fit délivrer le blé, l’'emmagasina et le vendit à son profit

4. Cum in regiam urbem prervenissemus, sperantes mereri auxi- . lium, sub custodia habiti, diversis sumus pœnis subjecti, quousque omnia quæ in mobilibus habebamus daremus. Concil., IV, p. 408. — Liber., X, p. 50, — Theoph., p. 84.

Page 1