‹ Nestorius et EutychèsChapitre 149 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

dans les mauvaises années ! : la Libye n’en vit rien.

On rejetterait volontiers de tels faits comme des calomnies, s'ils n’étaient fondés que sur un bruit pu- - blic; mais ils furent affirmés par serment en plein concile sous le gouvernement de l’empereur Marcien. L'impunité que lui valait son alliance avec le grandchambellan lui avait tourné la tête, il ne redoutait rien, il ne respectait rien; les magistrats civils tremblaient devant lui, et un jour qu’on le menaçait de l'Empereur, il répondit avec dédain : « Il n’y a pas ici d'autre Empereur que moi?. » Ses mœurs étaient à l'avenant, et des Égyptiens dignes de foi racontérent au concile de Chalcédoine que son palais épiscopal et même les bains de l'évêché étaient continuellement fréquentés par des femmes de mauvaise vie, et qu’une d'elles, nommée Pansophia, passait dans toute l'Égypte pour la maîtresse en chef du patriarche ?. Tel était le personnage désigné par Chrysaphius au choix de Théodose pour la présidence du futur concile, et l’Empereur lui écrivit de sa main comme pour une mission de confiance. |

Cette mission, qui le mettait en relief, lui et son Église, Dioscore la reçut avec joie. Il allait montrer

4. Dioscorus triticum in tempore famis gravissimis æstimationibus venumdedit. Concil., IV, p. 400.

2. Suam magis provinciam, quam Imperatorum esse dicens. Concil., IV, p. 413. |

3. Lascivia prædicti reverendi Dioscori et luxuria omni illi provinciæ ignorata est, impudicis mulieribus frequenter in episcopio et in balneo ejus aperte deliciantibus, præcipue famosissima Pansophia. Concil., IV, p. 401.

encore une fois un patriarche d'Alexandrie en face d'un patriarche de Constantinople, fonder l’orthodoxie des anathématismes que les Orientaux avaient tant contestée, et faire voir au monde que l'Égypte possé- . dait seule la science des dogmes chrétiens. Peut-être aussi en soutenant une cause où Cyrille était en quelque sorte partie, puisque Eutychès appuyait sur lui le fondement de son système, Dioscore prétendait-il payer sa dette envers le prédécesseur dontil dépouillait la famille. Le règlement du futur concile fut arrêté de concert avec lui.

L'Empereur ordonnait que chaque patriarche ou exarque n'amènerait que dix métropolitains de son ressort, et chaque métropolitain qu’un seul suffragant', ce qui faisait cent vingt députés pour les six grands diocèses de l'empire d’Orient. L’adjonction de quelques Occidentaux et d’autres circonstances élevèrent ce nombre dans la suite, et lors des souscriptions finales le concile se trouva compter 149 votants. ‘La limitation à dix du nombre des métropolitains par diocèse, favorable à l'Égypte, qui en avait peu, était dirigée surtout contre le vaste patriarcat d'Orient. Théodose ordonnaïit en outre que les évêques qui avaient déjà figuré comme juges au concile de Constantinople ne seraient admis dans celui-ci ni à la discussion, ni au vote, et qu’il en serait de même de ceux qui auraient écrit des livres soit contre la doctrine d'Eutychès, soit contre celle des anathématismes, que

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