‹ Nestorius et EutychèsChapitre 150 sur 279 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

l’on confondait à plaisir, ce qui frappait directement le patriarche d’Antioche, Domnus, et l’évêque de Cyr, Théodoret. Celui-ci reçut aussi la défense de quitter le territoire de son Église, où il était exilé, à moins d'être réclamé par le concile tout entier'. La même défense fut adressée à Eusèbe de Dorylée, qui voulait se présenter comme accusateur d’Eutychès, et l'archevêque Flavien ne fut admis qu’à titre de partie. Il en résulta que quarante-deux évêques sur ‘cent vingt étaient exclus du droit de parler et de voter. Dioscore fut armé en outre de la faculté d'étendre ces interdictions à sa volonté, et il y comprit quinze autres évêques dont il suspectait les opinions. | Le futur concile n’était donc qu’une assemblée mutilée par avance, sur laquelle devait régner un despote haineux et sans frein. Parmi les assesseurs ou viceprésidents nommés par Théodose lui-même, on remarquait Juvénal de Jérusalem, ancien vice-président de Cyrille, Thalassius de Césarée, président de la commission de révision des actes, Basile de Séleucie et Eustathe de Béryte. Le comte Elpidius, membre du consistoire sacré, et Eulogius, notaire et tribun *?, pouvaient prendre part à la discussion comme représentant l'Empereur, et résoudre au besoin les questions de droit civil qui se méleraient aux questions ecclésias-

4. Theodoretum episcopum Cyri civitatis, quem pridem jussimus suæ soli vacare ecclesiæ, sancimus non prius ad sanctam synodum convenire, nisi universo sancto placuerit convenienti concilio. Concil., IV, p. 102.

2, Concil., IV, p. 106.

tiques. Ils avaient sous leurs ordres le proconsul d’Asie et les troupes de la province.

Tels étaient les arrangements préliminaires : Théodose y ajouta une mesure tout à fait nouvelle et qui ne fut point sans de graves conséquences. Il s'était pris d’une folle admiration pour un archimandrite syrien des frontières de la Perse, moine aux trois quarts sauvage et qui avait façonné les moines de sa contrée, gens aussi sauvages que lui, à la chasse des nestoriens. Il en avait composé une phalange armée d'énormes bâtons, de bêches et de pioches, à la tête de laquelle il désolait les vallées voisines de l'Euphrate, saccageant les églises, brûlant les monastères qui ne lui semblaient pas orthodoxes, expulsant ou tuant les évêques que son grossier jugement lui faisait supposer nestoriens. Barsumas, — ainsi s'appelait ce chef de moines bandits, — s'était fait le grand exécuteur des dernières lois contre lé nestorianisme, et son nom, l’effroi de la Syrie, avait acquis une triste célébrité dans l’Empire.

Le hasard l’ayant amené à Constantinople, l’'Empereur voulut le voir, el Eutychès le prit sous sa protection. Le héros des massacres nestoriens ne parlait que le syriaque et n'entendait pas un mot de grec’; sa robuste allure et son air belliqueux plurent au prince à défaut de sa conversation, et non-seulement Théodose voulut qu’il assistât au concile, mais encore qu’il y pût voter, ce qui n’appartenait jusqu'alors qu’aux

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