‹ Nestorius et EutychèsChapitre 16 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Tel est, résumé en quelques mots, le discours de Nestorius ainsi qu’il le publia lui-même. On y trouve plus de subtilité que de profondeur. Au lieu de discuter le sens élevé du mystère de lIncarnation avec des idées nouvelles, il se borne à des oppositions de mots, à la perpétuelle antithèse du créateur qui ne peut naître de sa créature, de la chair qui ne peut enfanter l'esprit, du fini qui ne peut produire l'infini. Si Nestorius, comme on le prétend, avait emprunté ses idées à Théodore de Mopsueste, ou il n’avait pas compris le savant théologien, ou il n’avait conservé de ses raisonnements que la critique de mots faite pour les esprits vulgaires. Thiéodore sans doute avait d’autres raisons à donner pour attaquer l'interprétation commune du dogme de l'Incarnation. Tel qu'on nous le peint, il avait dû s’élever à l'essence même du mystère et, si je puis ainsi parler, à sa philosophie, pour lui trouver une autre formule. Il avait dû aussi s'appuyer dans ses raisonnements sur l'autorité des pères ou les inductions tirées des livres saints. Nestorius ignorait tout cela, et il ne choisit dans ce bagage que des choses capables de frapper les intelligences communes; on remarquera d’ailleurs qu'il restait chrétien au fond, car il reconnaissait dans Jésus le Verbe de Dieu, à la différence de Paul de Samosate, qui ne faisait du fils de Marie qu'un grand prophète. Dans la thèse de Nestorius néanmoins, la question importante était de fixer l’époque où le Verbe s'était incarné dans Jésus; puisque ce n'était ni au moment de la conception ni même de la naissance, quelle période de la vie divine fallait-il

choisir ? L’archevêque refusa longtemps de s’expliquer sur cette difficulté, et quand il l’eut fait un jour dans une discussion familière, poussé par la chaleur de la controverse, sa réponse le perdit.

Je l’ai dit : il y avait dans sa logomachie de quoi séduire des esprits vulgaires, et c’est ce qui arriva. L’auditoire de Nestorius fut partagé : les uns l’approuvèrent, les autres le condamnèrent. Il faut se reporter aux époques de profonde conviction religieuse pour comprendre quel trouble pouvaient jeter dans des intelligences chrétiennes des discours qui, à propos d'un mot, battaient en brèche toute une croyance traditionnelle. Chacun se mit à raisonner, à vouloir sonder dans les limites de son entendement le mystère le plus insondable de la foi chrétienne‘; on disputa partout, dans l’église, dans les maisons, dans les rues. Quatre autres discours que le patriarche ajouta au premier pour l'expliquer, mais qui n’apportaient rien de nouveau en fait de raisonnements, vinrent alimenter par intervalles lincandescence des esprits. « Comme il arrive dans les combats de nuit, où chacun frappe au hasard et ne sait qui il blesse ni qui le blesse, ainsi, dit l'historien Socrate, témoin oculaire des événements, chacun discutait au hasard, parlait tantôt d'une manière, tantôt d’une autre, affirmait et niait presque en même temps les mêmes choses ?. » La dis-

4. Proinde cum hæc questio ab aliis aliter excepta esset, dissidium ortum est in ecclesia. Soci., VII, 32.

2. Ac veluti in nocturna quadam pugna temere dimicantes, modo

Page 1