LIVRE V
On passait aux opinions, et déjà Juvénal de Jérusalem prenait la parole, lorsqu'un tumulte sans exemple éclata dans l’assemblée. Onésiphore d’Icone, Marinianus de Synnades et Nunecius de Laodicée en Phrygie, coururent à l’estrade où siégeait le président, et, embrassant ses genoux à la manière des suppliants, ils le conjurèrent de réfléchir à ce qu’il faisait. « Flavien, disaient-ils, n’a pas mérité une déposition, il n’était pas coupable pour avoir condamné un de ses prêtres — car personne ne se méprenait sur la vraie raison de la sentence; — lui-même, Dioscore, n’avait-il pas des prêtres qu’il pouvait être obligé de condamner quelque jour? » Basile de Séleucie, qui s'était joint aux premiers, le conjurait de ne point offenser le sentiment de toute la terre. « J’ai fait mon devoir, s'écriait Dioscore en les repoussant, et, quand on devrait me couper la langue, je ne dirai pas autre chose que ce que j'ai dit!. »
Les évêques insistaient, le serrant toujours de leurs bras, et d’autres encore accouraient pour voir ce que signifiait cette scène. Dioscore, soit qu’il eût peur de quelque complot contre lui, soit qu’il songeñt uniquement à se dégager, se dressa tout à coup sur l'estrade, et d’une voix animée par la colère : « Qu'est-ce que cela? dit-il, je crois que c’est une sédition! Où sont les comtes’? » Les comtes Elpidius et Eulogius étaient là et
4, Etiam si lingua mihi præcidatur, aliam vocem non emitto. Concil., IV, p. 253.
2. Dioscorus exsurgens de throno, stans super scabellum suum dixit : Seditionem.mihi movetis? Da comites. Concil., IV, p. 253.
accoururent à son appel; puis, le supposant en péril, ils firent ouvrir à deux battants les portes de l’église, et appelèrent à leur tour le proconsul Proclus. Celui-ci se précipita dans l'enceinte avec une troupe de soldats, les uns armés de leurs épées nues ou de leurs lances, les autres portant des chaînes comme s’il y eût eu des criminels à emprisonner. Conduits par leur chef vers l'estrade du président, ces hommes se jetèrent sur les évêques qui continuaient à supplier Dioscore de retirer la sentence, et les écartèrent avec brutalité.
La basilique était pleine de tumulte. Des soldats parcouraient les bas côtés en brandissant Jeurs armes, et une foule de peuple, de parabolans et de moines, entrés à leur suite, portaient le désordre à son comble. On n’entendait que cris féroces ou menaces. « Il faut chasser d’ici, criait-on, il faut tuer ceux qui n’obéissent pas à Dioscore. » Les moines de Barsumas étaient là, faisant montre de ces massues avec lesquelles ils avaient assommé tant de nestoriens, évêques ou clercs, et pour eux tout opposant à Dioscore était un nestorient,
L'enquête faite plus tard donne une idée du désarroi qui se mit parmi les membres du concile. Ils fuyaient à la débandade dans les recoins les plus écartés de l’église, car Dioscore fit fermer les portes pour empécher l'assemblée de se dissoudre. On en trouva qui s'étaient blottis sous leurs bancs. Étienne d’Éphèse s'étant caché dans sa sacristie, on en ferma la porte à clef et on le tint prisonnier jusqu’à ce-qu’il eût souscrit
4, Concil., 1V, p. 129, 251. — Liber., AIL, p. 75,