LIVRE VI
Mort de Chrysaphius. — Mariage de Pulchérie. — Marcien Empereur : son: caractère, sa vie, ses aventures, son patriotisme : il s'efforce de rendre la paix à l'Église. — État de l'Orient et de l'Occident à l’avénement du nouvel Empereur. — Le pape Léon réclame un concile œcuménique et demande qu'il se tienne en Italie. — Marcien et Pulchérie s’y opposent et convoquent
. l'assemblée à Nicée. — Les trois légats de l’Église romaine : leurs instructions. — Le corps de l'archevêque Flavien ramené à Constantinople est enterré dans l’église des Apôtres. — Arrivée des évêques à Nicée. — L’Empereur transporte le synode à Chalcédoine. — Description de la basilique de Sainte-Euphémie. — Ouverture du Concile. — Eusèbe dépose une accusation contre le patriarche d'Alexandrie. — Dioscore provoque de:
- nombreuses scènes de tumulte. — Déclarations d'Étienne d’Éphèse et de Théodore de Claudiopolis. — Discussion au sujet des professions de foi d'Eutychès et de Flavien. — Les Orientaux abandonnent Dioscore. — Enquête sur le Brigandage d'Éphèse. — Le Concile demande la déposition de Dioscore.
Rentrée en souveraine dans la demeure de ses pères, Pulchérie Augusta s’empressa d’en chasser d’abord ce troupeau d’eunuques qui l’infestaient et fit mettre à mort Chrysaphius. On dit qu’elle le livra au fils de Jean le Vandale, général barbare, qu'il avait fait tuer traitreusement parce que son crédit près de l'Empereur . l'offusquait : : singulière justice de punir un criminel 4. Jussu Pulcheriæ interfectus Chrysaphius. Theodor. Lect., I. —
Beata porro Pulcheria Chrysaphium eunuchum cunctis exosum Jordani Joannis filio tradidit. Theoph., p. 89.
272 NESTORIUS ET EUTYCHÈES.
public par une vengeance particulière! Au reste, personne ne s’en plaignit : « Chrysaphius mourut, et son ‘avarice avec lui‘, » dit un chroniqueur du temps: ce fut sa seule oraison funèbre. L’'impératrice Eudocie, pensant qu’au milieu de cette réaction contre le règne passé sa place n’était plus au palais, demanda la permission à sa belle-sœur de retourner à Jérusalem, permission que celle-ci luiaccorda de grand cœur. Athénaïs, en témoignage de sa reconnaissance, lui envoya de la Sainte-Cité le portrait de la vierge Marie peint par saint Luc?,reliqueà laquelle toutle mondealors croyait, et qui passait pour opérer des miracles. La pieuse Augusta fit construire pour le recevoir une magnifique église dans un quartier de la ville qui dominaïit la mer, et y fonda un office du jour et de la nuit.
En réfléchissant à son isolement en face de l’Empire, la vaillante fille eut peur. L'Empire d'Orient n’était plus ce qu'elle l'avait connu en 414, lorsque, à peine âgée de seize ans, elle en avait tenu les rênes dans ses mains. À cette époque, le calme régnait à l'intérieur, et l’on n’avait à redouter au dehors que les Perses, faciles à vaincre; mais maintenant tout était changé. Jamais plus formidable tempête n'avait été suspendue sur le monde romain. Attila agglomérait