LIVRE VI
siens. À peine donc avait-il atteint l’âge de servir, qu’il était allé se présenter à Philippopolis', où stationnait une légion. Les officiers de recrutement, charmés de sa bonne mine, de sa haute taille, de son air décidé, non-seulement l’admirent sans hésitation, mais au lieu de l'inscrire à la suite sur le registre matricule du corps, comme le voulait la règle pour tous les nouveaux arrivants, ils lui donnèrent une place d’un rang supérieur, laissée vide par la mort récente d’un soldat.
Alors commença la série de pronostics dans lesquels on se plut à lire la fortune du jeune Marcien, quand l'événement eut prononcé. Le soldat qu’il remplacça par faveur sur le registre matricule se nommait Auguste, de sorte qu’il fut désigné dans la légion sous l’appellation de Marcien, dit Auguste, rapprochement fortuit qui sans doute alors ne frappa personne, mais. devint plus tard une annonce manifeste de son avenir?,.
Les indices les plus étranges semblaient suivre pas à pas ce favori de la destinée comme pour le signaler à son insu à de plus clairvoyants que lui. On raconte qu’étant encore simple soldat, et voyageant de Grèce en Asie pour rejoindre l’armée envoyée en 421 contre: les Perses, il tomba malade et fut logé chez deux frères. qui étaient devins. Ceux-ci ne tardèrent pas à décou-
4. Qui quum paternum vivendi genus se qui cuperet, Philippo-polim perexit : ibi militaribus numeris adscribi se posse confidens. Evagr., II, 1.
9. In quodam gradu militis recens defuncti, cui nomen erat Augus-
tus, Marcianum qui et Augustus, adscripserunt in albo militari. Evag., U, L
vrir en lui des signes de la plus haute fortune. « Quand vous serez Empereur, lui dirent-ils un jour, quelle récompense nous donnerez-vous? — Je vous ferai patrices, répondit en riant le soldat ‘, comme pour continuer une plaisanterie. — Partez donc, reprirent sérieusement ses hôtes : allez où le sort vous appelle, et souvenez-vous de nous.'» L’histoire ne dit pas ce qu’il. arriva des deux devins.
La plus célèbre de ces aventures prophétiques est celle qui le mit en rapport avec le roi des Vandales, Genséric, alors maître de Carthage. Il avait fait, en qualité d’assesseur d’Aspar, la désastreuse campagne de 434, où la flotte romaine fut entièrement détruite, et, tombé au pouvoir du vainqueur, il attendait avec une foule de captifs ce qu’on déciderait de sa vie. À l’heure de midi, ces malheureux se trouvaient dans une plaine sans arbres, et un soleil perpendiculaire dardait sur leur tête. Sous l'influence de cette chaleur accablante et de la fatigue de la route, Marcien s’étendit par terre et s’endormit. On vit alors se passer une scène extraordinaire rapportée par les historiens.
Un aigle, qui planaïit au haut du ciel, s’abattit sur Marcien assoupi, et le couvrit de ses ailes qu’il agitait en volant comme pour lui procurer de la fraîcheur ?. De la terrasse de sa maison Genséric vit ce spectacle et en fut frappé : il fit venir le Romain, l’interrogea sur sa