‹ Nestorius et EutychèsChapitre 174 sur 279 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

condition et il lui dit : « La science de l’aruspicine, — Genséric, comme beaucoup de barbares, la pratiquait ets’y croyait expert, — me révèle que tu seras un jour Empereur; je te donne la liberté, mais promets-moi de ne jamais faire la guerre à ma nation quand tu disposeras de la fortune de ton peuple’. » Marcien pensa sans doute que le roi barbare se moquait, et lui jura ce qu’il voulut; mais le hasard fit qu'il ne déclara point la guerre aux Vandales. Ces contes au fond sont de l'histoire, et c'est à ce titre que je leur donne place ici. Ils montrent que ce siècle si dévot, où les plus délicates questions de la théologie devenaient des causes populaires, n’en était pas moins superstilieux à l'excès; il$ fout voir en outre que Marcien, malgré tant de sollicitations surnaturelles, fut toujours trop honnête pour vouloir aider à son destin. Il n'en fut d’ailleurs que mieux accepié quand ce destin s'accomplit.

Marcien se montra digne de son élévation , et ne dépara point cette pourpre sous laquelle il fallait un soldat. La sévérité de ses habitudes un peu rudes, son désintéressement, son caractère franc et aini de la justice , rappelaient ces vieilles mœurs romaines perdues dans la corruption des villes, mais qui florissaient encore sous la tente, prolégées par la discipline des

1. Quo miraculo obstupefactus Gensericus, statim quid eventurum esset coujecit : accitum ad se Marcianum libertate donavit, gravibus prius sacramentis eum adstringens, ut postquam imperium adeptus essct, fidem servaret Vandalis, nec adversus eos expeditionem moveret. Evagr., 11, 1, — Procop., Bell. Vand., 1, 4. — Prisc., Exc., p. 209.

camps. Il était peu lettré, mais on estimait son sens droit, et sa bravoure était proverbiale. Toutefois, l’intrigue et le savoir-faire n'étant point yenus à son secours, l'Empereur prédestiné n’était encore que tribun lorsque Théodose II, en considération de ses services, le fit entrer au sénat, où Pulchérie l'avait connu. Il était dans sa cinquante-huitième année, veuf d’un premier mariage, d’où provenait.une fille qu’il maria au petit-fils du patrice Anthémius, lequel devint Empereur d'Occident après les bouleversements qui firent disparaître de cette autre moitié de l’Empire la famille du grand Théodose t.

L'occasion se présenta comme à souhaït pour le nouvel Empereur de montrer sa fermeté d'âme et son patriotisme romain. A peine proclamé, il reçut d’Attila un ambassadeur chargé de lui réclamer le tribut que Théodose, dans l’abaissement de ses dernières années, avait consenti à payer au roi des Huns.—Marcien recut au milieu de sa cour l’ambassadeur barbare, et lui répondit par ces mots restés fameux : « Retournez vers votre maître, et dites-lui que, s’il s'adresse à moi comme à un ami, je lui enverrai des présents; que si c’est comme à un tributaire, j'ai pour lui du fer et des armées qui valent les siennes ?. »

Cette fière parole mit Attila en fureur, et il déclara qu'il ferait payer aux Romains, outre le tribut qu'ils

4. Sidon. Apoll., Carm., IT, — Evagr., 11, 16. — Theodor. Lect., I. — Theoph., p. 91.

2. Quiescenti muncra largiturur, bellum minanti viros et arma abjecturum. Prisc., Exc. leg., p. 39. — Consulter à ce sujet mon Histoire d’Attila, t. 1, p. 126.

Page 1