‹ Nestorius et EutychèsChapitre 176 sur 279 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

tout prêts à le secouer; quelques-uns même donnaient l'exemple d’une fermeté courageuse sous les sévices et les menaces. Tous au fond invoquaient l'instant de leur délivrance, la tyrannie de Dioscore étant insupportable même à ceux qui professaient comme lui les opinions eutychiennes. Ces opinions, malgré l'aversion générale pour l’homme qui les personnifiait alors, n'avaient pas laissé de faire des progrès dans une partie de l'Empire, et un schisme semblait prochain , où l’eutychianisme pourrait presque balancer les forces de l’orthodoxie.

Les monastères étaient généralement eutychiens fanatiques. Les magistrats des villes, les préfets des provinces, les personnages considérables tenant à la cour, se rangeaient en vertu de leur dignité sous les décrets d'Éphèse comme sous la religion officielle, et y entrafnaient leurs subordonnés. Le catholicisme se trouvait peu à peu relégué de l’autre côté de la mer, dans les provinces de Syrie, d'Asie, et dans les Églises qui gravitaient comme des satellites autour de ces grands centres religieux. On verra , par les récits qui vont suivre, que la Grèce continentale et l'Illyrie en Europe, l'Égypte et la Palestine à l'extrémité opposée de l'Empire, formaient le domaine de l'eutychianisme, ou du moins des opinions eutychiennes à divers degrés de pureté, — la Syrie et ses annexes, celui de l’orthodoxie traditionnelle penchant parfois vers le nestorianisme. Antioche était le foyer de celle-ci, Alexandrie le foyer de l’autre : on retrouvait encore là l’antagonisme séculaire de ces deux métropoles du monde oriental chrétien.

Tel on peut se figurer l'état de l'Orient. Une seule Opinion régnait en Occident, celle de la foi traditionnelle orthodoxe; elle y régnait non-seulement par la <onscience de sa vérité, mais encore par l’indignation qu’inspiraient Dioscore et son synode tyrannique. Mortellement blessée des procédés dont cette assemblée avait usé contre les légats du pape et contre le pape lui-même, dont elle avait refusé de recevoir la lettre, l'Église romaine ne trouva pas de meilleure justification pour elle-même, de meilleure condamnation pour ses adversaires, que de publier cette lettre, où la foi catholique sur le mystère de l’Incarnation était résumée en termes concis d’une nettelé et d’une élégance qu’on pouvait dire admirables. Répandue dans toutes les Églises, elle fut souscrite par toutes et devint en Oecident la règle de la foi opposée aux fausses doctrines d'Éphèse. Les laïques eux-mêmes en sollicitaient des copies et se faisaient gloire de l’approuver par l’apposilion de leur signature !.

Une des causes de la colère des Occidentaux contre l'Orient provenait du mépris qu'on avait montré à Éphèse pour leurs représentants et pour eux. Les légats envoyés par la grande Église romaine avaient été traités comme les derniers des clercs; on avait élouffé leurs réclamations, et ils avaient eu peine à sauver même leur vie. La personne du pape avait été exposée aux plus incroyables outrages. L’évêque de la vieille Rome, le successeur de Pierre, avait été excommunié par une

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